‹ Le Canada et la Doctrine de MonroeChapitre 23 sur 29 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

quand la vérité fut connue, la rumeur courut qu’un certain magnat de la presse américaine, particulièrement hostile au Canada — il a été le dernier à lancer dans-ses journaux une campagne en faveur de l'annexion — se trouvait à l’origine 1u scandale. Tout cela pouvait parfaitement déchaîner au Canada une crise d’hostilité contre les États- Unis, et par conséquent provoquer dans ses rapports avec Londres une attitude moins soumise, dictée par le désir de vengeance contre l’Amérique.

Il n’en fut rien. Le Canada laissa le cabinet britannique agir et jeter le plus rapidement possible un voile sur cette pénible affaire, sans en chercher les responsables. Il fut satisfait de voir comment la majeure partie de l’opinion américaine compatit à la douleur ressentie par les populations britanniques et le fit voir.

Dans cette affaire, le Canada a montré sa volonté de ne plus chercher à apporter des innovations dans la constitution de l’Empire, il a prouvé en même temps combien il tenait au point de vue politique,à éviter toute tension entre

l'Empire et l'Amérique. La Couronne, principe du lien im-

périal, n’est pas sortie trop diminuée de cette aventure, grâce au loyalisme des peuples britanniques. Et même,on peut se demander si la solidarité qui s’est révélée entre les gouvernements et les parlements britanniques n’indique pas l'existence, parmi les éléments constitutifs du lien impérial, d’un esprit politique commun, reposant sur la fidélité au vieux régime parlementaire anglais, ce serait encore là un de ces éléments moraux, dont la force et la vitalité n’est plus à démontrer.

Le Canada réussira-t-il, dans l’avenir à conserver la position d’équilibre qu’il occupe actuellement et qui le défend contre l'impérialisme américain et contre les vicissitudes de la politique européenne, nous le croyons. Réussira-t-il, comme il le désire, à réunir dans un bloc d’alliances formidables les deux grandes puissances anglo-saxonnes, espérons le pour la paix du monde, mais constatons que c’est là un idéal bien lointain.

Et, s’il nous est permis de terminer cette étude par une

Pierre Sebilleau. 14

citation d’un grand humoriste anglais, un jour, peut-être, comme dans la « Charette aux pommes » de Bernard Shaw, un roi d'Angleterre verrra-t-il un ambassadeur des États- Unis se précipiter chez lui sans demander audience pour lui dire, triomphalement : «Sire, la déclaration d’Indépendance est abrogée. Les traités qui la confirment sont déchirés. Nous avons décidé de rentrer au sein de l'Empire Britannique. Nous jouirons naturellement du statut accordé aux Dominions, sous la présidence de notre Président actuel. Je reviendrai vous rendre visite sous peu, non plus à titre d’ambassadeur d’un pays étranger, mais à titre de Haut Commissaire de la plus grande de vos Domimions, et à celui de sujet très loyal et dévoué de Votre Majesré ».

Ce jour là, l’œuvre politique et constitutionnelle du Canada dans l’histoire de l’Empire Britannique sera achevée.

Cambridge, novembre 1935.

Paris, janvier 1937.

Vu : Le Présideï:i, Vu : Le Doyen, GILBERT GIDEL. EDGARD ALLIX

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