‹ Le Canada et la Doctrine de MonroeChapitre 22 sur 29 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Si nous avons cru pouvoir, dans l’état actuel des choses, retracer l’évolution de la lutte entre le Canada: et la Doctrine de Monroe, c’est que nous avons pensé que, du point de vue juridique, cette lutte était à peu près terminée.

Notre but, en effet, n’était pas de retracer l’évolution juridique de l’Empire britannique, aujourd’hui parfaitement connue grâce aux travaux anglais, canadiens, américains et français, que nous avons si souvent utilisés, il était seulement de mettre en valeur une série de facteurs;quiont croyons-nous, profondément influé sur cette évolution juridique.

Nous ambitionnions d'éclairer, avons-nous dit dans notre introduction, l’étrange problème suivant : comment se faitil que ce soit sur le sol du nouveau continent, sol qui tend à devenir la propriété exclusive de la grande colonie britannique devenue totalement indépendante, les États-Unis, que soit née le premier Dominion, base de l’Empire britannique actuel ?

Nous avons répondu à cette question par une théorie : à savoir que c’était l'influence active de l'impérialisme américain, la pression continue de la Doctrine de Monroe, sous ses différences formes, qui avait poussé le Canada à obtenir de l'Angleterre, sans toutefois perdre son appui, un statut de nation libre, qu’il pouvait opposer aux États-Unis ?

Nous avons exposé les faits qui, à notre avis, apportent à cette théorie des éléments de confirmation. Nous'en avons examiné beaucoup et avons essayé de montrer leur répercussion. directe ou lointaine sur l’évolution constitutionnelle du’ Canada, et partant, sur celle de l’Empire.

Nous avons vu ces précédents peu à peu se raréfier, à mesure que les États-Unis se rendaient mieux compte de la solidité de la volonté nationale canadienne.

Actuellement, il semble que cette longue chaine de précédents soit proche de toucher à sa fin. La contribution du Canada à l’évolution constitutionnelle de l'Empire est à peu près terminée. Il est satisfait de son sort, il se sent respecté par son puissant voisin, il est fier d’avoir été le « laboratoire de l’Empire. « C’est au tour des autres pays britanniques de relever le flambeau et d'apporter au système impérial les perfectionnements que nécessite l’évolution des choses humaines et en particulier, celle des choses britanniques. »

Mais le Canada continuera à exercer une influence politique capitale. Nous avons vu comment il a trouvé sa voie de ce coté, comment il se sent destiné à servir de trait d'union entre l’Empire britannique et l’Empire américain.

Dès le début de notre travail, nous avions aperçu cet affaiblissement du rôle constitutionnel du Canada, et voici qu’au moment où nous le terminons, les faits nous apportent une preuve nouvelle de ce que nous avançons.

On sait quelle attitude a pris le Canada dans la crise pénible que l’Empire a eu à traverser à la fin de l’année 1936. Le gouvernement d'Ottawa et la population canadienne ont loyalement appuyé le gouvernement de Londres et l’opinion anglaise, dans la position qu’ils avaient prise dans la grave crise constitutionnelle de décembre dernier. Le Canada n’a pas profité de cette crise pour acquérir de nouveau avantages, ni même pour adopter une attitude indépendante, il s’est solidarisé avec les autres pays de l’Empire et a partagé leurs inquiétudes et leurs appréhensions.

Et pourtant la crise présentait pour le Canada une importance particulière. Non seulement le roi Edouard VIIT éta t très populaire dans le Dominion, mais les États-Unis se trouvaient indirectement mêlés à l'affaire : une ressortissante américaine était la cause de tout le mal. Dès le mois d'octobre, certains journaux américains avaient fait état de bruits qui couraient sur la vie privée du Roi, soulevant les protestations de l'opinion canadienne. Plus tard,

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