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LES DÉCOUVREURS DU CANADA

De même qu’il est aujourd’hui bien connu, par des documents historiques incontestables, que les peuples du nord de l’Europe ont visité le nord-est du continent américain bien longtemps avant le premier voyage de Colomb en Amérique, de même nous avons aussi constaté que les Basques, les Bretons et les Normands fréquentaient le golfe et le fleuve Saint-Laurent bien des années avant que Cartier eût révélé et donné le Canada à la France. Ce qui n'empéche pas, toutefois, que, par la profondeur de son génie, par la beauté de son caractère et par sa couronne de martyr, la grande figure de Colomb ne domine celle de tous les découvreurs anciens et modernes, comme, sur un échelon moins élevé, Jacques-Cartier se trouve bien au-dessus des pêcheurs et des aventuriers qui visitèrent avant lui les pays qu'il a l'honneur d'avoir fait connaître au monde civilisé.

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Mais, tont en accordant à ces deux grands hommes la vénération à laquelle ils ont droit, nous n’en devons pas moins constater et admirer l'esprit entreprenant et hardi de ces obscurs marins qui, sur des barques de pêcheurs, traversaient l'océan pour aller ravir leurs richesses aux eaux qui baignent les rivages alors ignorés de l'Amérique du Nord.

Dès 1504, suivant Lescarbot, les Basques, les Normands et les Bretons faisaient la pêche de la baleine et de la morue sur le grand banc de Terre-Neuve. Les Basques vont plus loin et réclament même l'honneur d'avoir, dès le quatorzième siècle, découvert Terre- Neuve et les côtes du Labrador dont le nom, qui signifie en espagnol laboureur, semble indiquer en effet que les Basques durent les premiers nommer ainsi le Labrador, en souvenir d’une partie de leur patrie appelée Terre de Labour. Quant à Terre-Neuve, les noms de plusieurs points de cette île viennent, à n’en pas douter, du pays basque. Ainsi le nom de Rognouse serait celui d'un bourg désigné sous le nom d'Orrongne, à une demi-lieue de Saint-Jean-de-Luz. Le nom du cap de Raye (Pointe-Riche) a pour étymologie le mot basque arraico qui veut dire poursuites ou approches. Par ce mot, selon M. Margry, l'on signifiait qu'il fallait ranger les bords de cet endroit de près, de crainte d’être emportés sur les battures des îles aux Oiseaux, par les courants qui sont très-forts dans ces parages. Le nom de cap Breton donné à la pointe méridionale de Terre-Neuve est le même que celui d'un bourg voisin du Boucaut-Vieux de Bayonne, tandis que celui d'Amuyts vient du premier cap occidental que l’on trouve en partant de $aint-Jean-de-Luz, et que l'appellation du cap de Gratz dérive de grata, mot basque qui signifie établissement pour les trava de la pêche à la morue.

Les Basques furent dans l'ouest les premiers ba-

leiniers de l'Europe, comme les Normands le furent dans le Nord. Ceux qui se distinguaient le plus étaient les pêcheurs de San Sebastian, de Deba, d'Irun, du cap Breton, du Plech ou vieux Boucaut, ceux de Biarritz, de Guetteria, de Saint-Jean-de-Luz et de Siboure. Les baleines, dont ils faisaient la pêche de temp: mmémorial, devenant de plus en plus rares sur la côte d’Espagne, les Basques se mirent à leur donner la chasse sur la haute mer. L'expérience ayant bientôt démontré que ce genre de cétacés se montrait de plus en plus nombreux, à mesure qu'on avançait dans l’ouest, ils poussèrent hardiment jusque sur les bancs de Terre-Neuve, où les baleines vivaient par troupes. Ce fut aussi là qu'ils trouvèrent ces légions de morues qui alimentent aujourd'hui le monde entier. D'abord, il apparaît qu'ils firent la pêche de la morue pour la nourriture de leurs équipages baleiniers. En ayant ensuite salé pour l’apporter à leurs familles, ils trouvèrent que ce poisson se conservaient bien ainsi, même après avoir été importé en Europe, et ils en firent un article de commerce. Ce fut sur la côte-est de Terre-Neuve qu'ils inventèrent et placèrent leurs premiers établissements pour la sécherie des morues, Cette sécherie se faisait sur des échafauds qu’ils nommaient pignalac.

M. Pierre Margry, à qui j'emprunte une partie de ces curieux détails, cite un mémoire manuscrit, où il puise lui-même la plupart des renseignements qu'il nous donne à ce sujet dans ses Navigalions Françaises. C'est un mémoire soumis, en ms 1710, par les négociants de Saint-Jean-de-Luz et de Siboure. Il y est dit que les Basques, après avoir fréquenté la côte-est, lui préférèrent plus tard Plaisance et les autres ports de la rive méridionale. Ce fut, prétend toujours ce mémoire, dans let nps qu'ils poursuivaient les baleines sur les

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bancs et sur les côtes de Terre-Neuve, qu'ils entrèrent dans le golfe Saint-Laurent, qu'ils nommèrent Gran- Baya, et où ils trouvèrent une espèce de baleine supérieure, qu'ils appelèrent granbayaco baléac. Ils découvrirent alors les côtes du Canada qu'ils nommèrent ainsi, sans doute, à cause du grand fleuve qu'ils voyaient s'enfoncer dans les terres, car ce mot veut dire canal. Cette étymologie du nom donné au Canada, suivant ce mémoire, me paraît du reste tout aussi raisonnable que les autres qu’on lui donne généralement *. A peu près dans le même temps que les Basques, leurs voisins des côtes de Normandie et de Bretagne,

* Mon ami, M. Marmette, est, je crois, le premier qui ait émis au Canada cette idée sur l’étymologie du nom de son pays.

N. P. Willis, dans les Paysages Canadiens, tout en donnant comme son opinion à lui que le mot Canada vient de Kanala, qui signifie en iroquois un ensemble de cabanes, dit ce qui suit : ‘ On est encore dans l'incertitude sur le nom du Canada, cet anneau brillant de la chaine coloniale que l’Angleterre a jetée autour du globe. On a cru cette question digne de recherches et d'explications ingénieuses. ” M. Willis donne la plupart des interprétations auxquelles on est arrivé, en ia,ssant au lecteur de choisir entre elles. =Sur ce point, Hennepin a écrit, en faisant référence aux Basques, qu'ils “ont foit la première découverte au Canada. Ayant mis pied à terre,” ajoute:t-il, ‘ils n’y trouvèrent rien de considérable, et cette raison les obligea d'abandonner ce pays, qu’ils appelèrent le cabo de nada, c'est-à-dire le Cap de rien, d'où est venu par corruption le nom de Canada. ” = La Potherie aflirme et soutient la mème chose, en ajoutant que si les Basques crurent le pays de peu d'importance, c'est parce qu'il était couvert de neige, et qu’à l’arrivée de Jacques-Cartier, les sauvages répétaient souvent, peut-être pour décourager les intrus, les mêmes paroles qu’ils avaient probablement apprises des premiers Européens, aca nada trien ici) : étymologie qua Willis trouve très-probable. IL dit cu’en toute probabilité les sauvages avaient appris ces mots des Basques qui les prononçaient en explorant la Baïe-des-Chaleurs, parce qu'ils n'y trouvaient ni mines d'or ni mines d’argent.= Naturellement, m'est avis que si les Basques sont arrivés au Canada dans la saison des neiges, par exemple à l’ile Anticosti, aujourd'hui encore terre que nada da (qui ne donne rien), ils ont souvent répété ces mots qui, dans mon opinion, sont exactement ceux qui, par contraction, ont servi à baptiser le pays Ca-na-da. EL C. De P-R.

qui eurent, sans aucun doute, bientôt vent des précieuses découvertes que les premiers venaient de faire par delà les mers, se mirent à fréquenter Terreneuve, le golfe Saint-Laurent et les côtes du Labrador. Lt c’est des bords de la Normandie que devaient s'élancer plus tard ces deux marins distingués qui allaient, l’un faire connaître à l'Europe l'existence du Canada, et l’autre jeter sur cette nouvelle terre le grain de sénevé de l'Evangile et de la civilisation.

Il appert de cette courte étude que les Basques étaient fort hardis navigateurs *, qu'en matière de pêche ils étaient les modèles et les maîtres des autres peuples de l'Europe, et qu'ils furent les premiers découvreurs du Canada.

JosErH MARMETTE.

* Jlsl'ont toujours été et le sont encore.—EL OC, pe P-R.

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