LETTRE CIRCULAIRE
Evêché de St. Hyacinthe, 1 1 janvier 1868.
Monsieur le Curé,
J'éprouve un véritable bonheur à vous transmettre les documents qui accompagnent la présente, et qui vous mettront en rapport avec le Comité formé à Montréal, sous l'inspiration et les auspices du vénérable évêque de cette ville, dans le but de procurer au Canada l'insigne honneur d'envoyer quelques-uns de ses enfants au secours du Père ''ommun de la grande famille cotholique, qui vient de faire entendre un appel qui a retenti jusqu'aux extrémités du monde. Déjà cet appel a réveillé dans un très-grand nombre de cœurs le sentiment du dévouement le plus chrétien comme le plus héroïque. Tous les journaux nous ont appris le mouvement digne des plus beaux âges de la Foi qui se fait en ce moment en Europe, et qui pousse vers la Ville Eternelle, pour y défendre son Pontife-Roi, l'élite de la jeunesse de toutes les classes de la société. Quel honneur et quel bonheur pour nous, s'il peut nous être donné de nous associer à ce sublime élan, qui vient en plein di.x-neiivième siècle manifester et prouver encore une fois au monde étonné toute la vitalité du principe catholique, qui n'a tant de force et de puissance que parce qu'il est la vérité ! Quelle noble satisfaction pour nos cœurs de Canadiens-Français, de savoir que les enfants de la Nouvelle-France se trouveraient ainsi réunis sur le champ de bataille avec les preux et vaillants fils de la Vieille-France, la patrie de nos ancêtres, pour y combattre côte à côte et y verser leur sang avec eux pour la plus juste et la plus sainte des causes, la cause de Dieu lui-même, puisque c'est celle de son Eglise! Quelle gloire pour nous, si notre nom allait quelque jour s« trouver inscrit aux plus glorieuses annales du monde, celle des Faits de Dieu par ces Francs {Gesla Dei per Francns), dont nous sommes fiers d'être les descendants ! Les quelques gouttes de notre sang qui ont coulé comme contribution au beau fait d'armes de Mentana, ont suffi pour réveiller en nos àmcs le feu de cette ardeur militaire qui a dans tous les temps et tous les âges caractérisé nos ancêtres! Il est permis d'espérer que ce noble feu ne manquera pas do produire une plus large immolation ; et que bientôt notre religieux Canada aura le mérite et la gloire d'avoir ajouté des hécatombes aux deux intéressantes victimes dont le souvenir
est désormais imi)éns5able parmi leurs compatriotes. Les noms des courageux Larocque et Murray sont pravés au Temple de Mémoire en lettres dorées ou plutôt empourprées du sang du martyre !
Je n'ai aucun doute, M. le Curé, que jiarmi la belle.jeunesse de votre paroisse il ne se trouve plus d'un émule do ces dignes et valeureux champions de l'honneur et do la Foi, à qui Dieu inspirera la pensée et donnera le courage de quitter patrie, parents et amis, pour s'aller enrôler dans cette armée do nouveaux Machabées, qui, sous le nom de Zouaves Pontificaux, combat aujourd'hui les combats du Seigneur, aussi vaillamment que les héros (|ui, autrefois, versaient courageusement et joyeusement leur sang pour leurs autels et leur patrie. Pro legibus et patriâ mori parati ! (i Mac, 8, 21.)
Votre zèle s'évertuera sans doute, M. le Curé, à pousser vos jeunes gens à imiter de si beaux exemjies , et naturellement vous aimeriez à diriger vers Montréal des imitateurs aussi nombreux que possible. Je me permettrai néanmoins de conseiller à votre prudence do bien faire attention que le Comité me parait avec raison désirer qu'il ne lui soit adressé que dos hommes choisis sous tous les rapports. Pour en être convaincu, il vous suffira de lire attentivement la lettre, dont copie ci-jointe, adressée par les membres du Ccmité à Messieurs les Curés, auxquels ils font appel, pour les intéresser dans leur grand et catholique projet.
J'ai la confiance que le Comité n'aura pas vainement compté sur votre concours; et autant qu'il peut m'être permis de le faire, je vous exhorte, M. le Curé, à déployer tous les ellbrts de votre bonne volonté en faveur d'une œuvre évidemment chère au cœur de tous les catholiques ; mais qui doit l'être surtout aux ministres de la religion, parce qu'il est de leur état de sympathiser plus vivement aux douleurs et aux besoins de l'Eglise ! — Grâce donc à votre dévouement et à celui des catholiques du monde entier, l'auguste Pie IX n'aura point à répéter la plainte que le jirophète Isaïe mettait à la bouche de la grande victime du Calvaire : lorcuJar calcavi sohts, et degenlibus non est vir mecwn. (Isaïe, 63-3.) J'ai été seul à fouler le pressoir, sans que personne soit venu à mon secours : c'est-à-dire, j'ai combattu seul les ennemis du Christ et de son Eglise! Non ! Non ! Pie IX ne sera pas seul ! Déjà tous les esprits et les cœurs vraiment catholiques sont avec lui : et les bras ne lui feront point défaut!
Et puis un autre devoir que nous avons à remplir, c'est que l'association au Denier de St. Pierre n'étant pas régulièrement établie dans le diocèse, il serait plus convenable que nous profitassions de cette occasion pour faire aux besoins du St. Père une ofiTrande spéciale. Si légère qu'elle soit, cette offrande lui sera agréable ; et Dieu la bénira, si elle est proportionnée à nos moyens, et si nous la faisons de bon cœur: HUarem datorem diligit Deus. L'histoire de la pauvre veuve qui dépose avec foi son obole au tronc du temple, et que Jésus loue et bénit, parce que ayant donné de son indigence elle a donné plus que tous les autres, rappelée au souvenir de nos bons peuples, les portera à ne pas rougir du peu qu'ils pourraient faire; et le sou du pauvre joint à l'écu du riche, pourrait encore former un tribut de respect, d'amour et de piété liliale, que le cœur si bon et si paternel de Pie IX agréerait, en versant sur nous l'une de ces bénédictions qui enfantent des miracles!
Un moyen facile de collecter dans le diocèse ce tribut que chacun se fera sans doute un devoir de payer à Dieu en le payant à son Repré-
sentant, serait de faire une quèlc à chacun des exercices du Trldiium que nous nous préparons à célébrer ; et je crois vraiment, M. le Curé, qu'il vous suffira d'un mot d'exhortation pour intéresser vos paroissiens à cette belle œuvre, et les porter à y contribuer de grand cœur!
Je profiterai de cette occasion pour vous dire que bien que j'aie accordé l'année qu'accordait l'Encyclique elle-même pour la célébration du Triduum, je désire cependant qu'il soit célébré aussitôt qu'il sera po ssible de le faire commodément.
Vous remarquerez que le Comité des zouaves pontificaux avec lequel vous aurez à vous mettre en correspondance en vous adressant aux Secrétaires, MM. Royal et Rivard, demandait une réponse pour le 15 courant. Je dois vous dire que j'ai écrit à ce sujet au Comité, et il m'a été répondu que la date du 15 n'est point absolue. Il suffira que vous fassiez votre rapport avant la fin du mois. Les fonds collectés pendant le Diduiim devront être déposés entre les mains de M. le Secrétaire de lEvêché, aussitôt que possible après le Triduum.
Agréez, M. le Curé, que je renouvelle l'assurance de l'estime et de l'afTection que je vous porte , et que je me souscrive en toute sincérité
Votre très-humble serviteur,
t C, EVÊQUE DE St. Hvaci.n'the.
Le 28 décembre 1867, la circulaire suivante fut adressée par le Comité à tous les curés du Bas-Canada, avec deux rôles en blanc, l'un marqué A (1) pour les noms des hommes offrant leurs services, et l'autre marqué B, (2) pour y'inscrire le chiffre des souscriptions. Dans le diocèse de Montréal, ces circulaires furent envoyées directement aux curés ; dans les diocèses étrangers, elles leur furent communiquées par la bienveillante entremise des évoques
Montréal, 28 décembre 18G7.
Rue St. Vincent, No. 41.
Monsieur le Ccrk,
Le Comité de Montréal, formé dans le but de régulariser et protéger le mouvement des jeunes gens qui veulent aller à Rome se joindre aux troupes pontificales pour défendre le Saint-Siège menacé, nous charge de vous prier de vouloir bien unir vos clforts aux siens pour assurer la réussite d'un si noble projet.
Ne serait-il pas très-désirable que chaque paroisse du Canada fût représentée dans le corps qui est en voie de formation, et qui probablement partira vers la fin de janvier prochain.
Si l'on ne peut fournir des hommes, on peut toujours contribuer ù la même œuvre par sa souscription ; et d-i fait les hommes ne manquent pas. Il s'en est déjà olfert plus de deux cents dans les environs
(1) Voir à l'Appendice le document No. !.
(2) Voir à l'Appendice le document No. 2
de Montréal, et si le mouvement devient général dans le pays, nous ne croyons rien exagérer en disant que plus de mille hommes sont prêts à ofTrir leurs services. G^s excellentes dispositions permettront de faire un choix judicieux ; car il est de la plus haute importance que tous ceux qui partiront soient en tous points propres à faire honheur à la cause qu'ils veulent défendre et à la nation qu'ils représenteront.
C'est pourquoi nul ne sera admis dans les Zouaves Canadiens sans les meilleures recommandations ; et toutes les demandes de service devront être faites par l'entremise du Curé de la Paroisse oîi est domicilié le candidat.
Nous osons donc vous prier, Monsieur, de faire connaître les conditions du service à qui de droit, et surtout de bien faire comprendre aux candidats les sacrilices qu'ils auront à faire et les risques insépables d'une expédition aussi loin' aine que pénible.
Ces conditions sont :
l» Un engagement d'un an qui pourra se renouveler au besoin ; cependant, ceux dont le pays requierrait les services, soit pour l'organisation de la milice, soit pour la défense du sol, seraient libres de revenir, au gré du Comité
2° Se contenter du plus strict nécessaire. Les Zouaves Canadiens devront être à tous égards sur le même pied que les autres Troupes Pontificales.
3° S'obliger à remplir fidèlement ses devoirs religieux et obéir aveuglément ù ses chefs.
4» S'attendre à des privations, à des déceptions et misères imprévues considérables.
5" Etre prêts à partir sous quelques heures d'avis.
6" Commencer de suite en particulier, si les circonstances ne s'y opposent pas, les exercices militaires, afin de se mieux préparer au service. Il va sans dire que les cadets et les hommes déjà exercés devront,avoir la préférence, toutes choses égales d'ailleurs.
On assurera à ceux qui partiront, le retour au pays après la durée du service. Un prêtre accompagnera le corps, et le Comité ainsi que tous les bons catholique ne manqueront pas d'encourager de touf^s les manières, au retour, ceux qui s'en seront rendus dignes.
Permettez-nous, Monsieur, de vous prier instamment d'inscrire sur le Rôle marqué A ci-inclus, et d'après les instructions qui y sont détaillées, les noms de tous ceux qui s'offriront. Ce rôle devra nous être renvoyé le 15 janvier prochain. Veuillez également nous renvoyer au plus tôt l'estimation, marquée B, du nombre d'hommes et de contributions que votre parois io pourra probablement fournir au mouvement
Nous avons l'honneur d'être.
Monsieur le Curé, Vos très-humbles et obéissants serviteurs,
Joseph Roy.\l,
SÉVÈRE RlV.\RD,
Secrétaires du Comité Canadien des Zouaves Pontificaux.
En même temps que la circulaire aux curés le Comité adressa aux évêques des diocèse de la Confédération, situés hors le Bas-Canada, la lettre suivante, afin de leur faire connaître l'existence, le but et les opérations rHi Comité jusqu'à cette date.
Monlreal, 28lh December 1867.
41, St. Vincent Street.
Right Révérend Sir.
We, the undersigneiJ, hâve been instructed lo inform Your Lordship, that at a meeting of Calhoiic citizens of Montréal, convened for the purpose of giving pecuniary assistance lo thosc who are anxious to fonn a military corps, for the defence of Ihe Holy See, a Commitlee was formed with Mr. Olivier Berlhelet as Président, Messrs. Louis Beaudry and Dr. Kingston, (1) Vice-Presidenls, Mr. Alfred LaRocque, Treasurer,, and the most influential Gatholics of this City as members.
Although the aim and object of the said Gommittee is to give ail the assistance in its power to those who hâve determined lo make the necessary sacrifices, lo carry ont Iheir religions object, and whose character is a guarantee that they will fullil, in an honorable way, Iheir self-imposed duties, yet il is not our intention to sollicit enrolments in this movement. Our aim is to furlher, to our' utmost, the interests of those who hâve decided to leave, by securing for thena the following advantages, viz
1» The greatest economy as lo the e.xpenses to Ro ne and back lo Canada, by making proper arrangements to thaï effect.
2» Sending Ihem logether, under a carefuUy selected chief, who could, during Iheir voyage, take the a Ivantage of Iheir leisure moments to prépare them for Iheir military duties.
3° Obtaining the services of a Canadian Chaplain who would guide them and encourage the fuU performance of Iheir obligations.
4» By watching Iheir interesl during Iheir absence, and securing for those who deserve il, a certain protection on Iheir return to this country.
More than two hundred young men, from the vicinity of Montréal, hâve already e.xpressed their willigness to leave immediately, to join in this holy cause ; and we may with safely count on many more olfers of services ; so that what we désire to do, wilhout loss of lime, is lo interesl the whole calhoiic élément of Canada in favor of the movement, and to make every possible effort to oblain, from every calhoiic, a small sum for its encouragement. The aggregale amount ihus secured would allow the realizalion of a démonstration which, if generally supporled, must be useful to the Holy See, as well as prove of advantage to Religion and be glorious for Canada.
Il is also intended to sond the number of men only who could be supporled enlirely, during their service, with the means coUected in this country. We eslimate that ail the expenses for one years' service, voyages, etc., included, need not cost more than $400 per man.
(1) Le Dr. HingHton, pour des raisons personnelles, résigna son titre d» Tlce-présldcnt du Comité et n'a Jamais agi comme tel.
Is il not désirable ihat each Diocèse in our New Dominion be represented in the corps which, we hâve every reason te expect, will soon loave this counlry for the Elernal City, to défend Our Holy Father's possessions ?
We hâve been directed to submit this project, with the hope that Your Lordship will kindly approve it ; in which case^we flatter ourselves, it shouid be oomparatively easy to form a committee, in Your Lordship"s Diocèse, which would help to promote Ihe object we hâve in view ; and shouid our humble services be of some use, they wiil be given most cheerfully.
We also beg leave to inclose a few papers which further explain our project, and we also beg to add, that we hâve good reason to believe, that no légal objection can be or will be taken to our proceedings.
We hâve the honor to subscribe surselves
Your Lordship's most obedient, humble rervan^s,
, (Signed, J. Royal,
S. RiVARD,
Secrelaries to the Montréal Committee to assist the Canadian Papal Zouaves.
Vers le même temps la circulaire suivante fut adressée aux Evoques des Etats-Unis, pour répondre à la multitude des questions que recevait le Comité.
Montréal, décember 1867.
Right Révérend Sir,
As we hâve already received, from différent parts of the States, several offers of service for the Corps which the Catholios of Canada will send, about the end of January nexl, to assist in the Défense of the Holy See, we beg leave to inclose, for Your Lordship's information and that of the Catholics of the States, différent papers which. fully explain our project.
Il will be easily seen that our object is to give facilities to young men desirous of joining the noble defenders of Our Common Falher, but that we by no means insist on their being recognized as a dislmct Corps in the Papal Troops, although shouid our organisation be sufliciently numerous, we would consider it a particular favor if His Holiness would allow it to serve as such. But in ail cases it is intented to put thèse men under the command of the ofïicers whom His Holiness will recommend as most useful. Your Lordship will also remark one of the essential conditions of service is the performance of ail religions duties and also enlire obédience to superior authority.
We moreover expect to arm, equip and support thèse men, during the whole of their service, with funds raised hère for that purpose.
We are convinced that our means will not allow us to send more than about one third of those who will press for the acceptance of
Iheir services ; so thaï the answer to ail american applicants, is that, unless Ihey are supplied with the necessary means (aboul $400 in gold) and with the very best 7'ecommendalions, they cannot be admitled.
We of course would feel very happy to give to ali those so provided, ail the advantages of our organization and they would be sure of a •\velcome amongst our friends.
We hâve the honor to be, Your Lordship's most obedient humble servants,
Joseph Royal.
SeVERE RlVARD.
We inclose lo a copy of a letter addressed to the Bishops of Canada ;
2o " " " to the Cw?'e5 of the Diocèse
of Montréal ;
3o a copy of a Pastoral Letter of the Bishop of Montréal, specially recommending our project to the faithful ;
4o a copy of a circular letter of the same, giving advice as to the mode of obtaining necessary means ;
5o a copy of The Gazette, a prolestant paper, in which favorable notice is laken of our proposed organization.