ORGANISATION DU PREMIER DÉTACHEMENT
A partir de la publication du premier avis officiel du Comité, savoir, du 14 janvier, le Comité put commencer à travailler avec l'espérance d'obtenir un résultat favorable. Chaque soir, il y avait réunion à la résidencede M.Alfred LaRocque, trésorier du Comité, pour vaquer à l'expédition et au règlement de tous les détails que présentait l'organisation d'une œuvre aussi considérable en ellemême, et d'une nature entièrement nouvelle pour tous. Depuis le 10 janvier 1868, il y eut plus de trente-cinq
séances ordinaires du Comité, pour préparer le premier détachement des zouaves pontificaux. C'est dans ces assemblées que se faisait le dépouillement de la correspondance ; que l'on arrêtait les réponses à faire à la multitude de questions posées au Comité, tant verbalement que par écrit; que l'on réglait tous les détails du mouvement, voyage, transport des hommes, costumes, nourriture, questions financières, et particulièrement l'organisation des fêles qui devaient avoir lieu lors du départ du premier détachement. Enfin, c'est dans ces assemblées qu'avait lieu le choix des hommes.
Peu de temps après la publication de sa première circulaire, le Comité eut bientôt sur ses listes les noms de plus de cinq cents jeunes gens désirant tous ardemment s'enrôler dans les troupes pontificales. Sur ces cinq cents noms, plusieurs n'étaient pas acceptables pour diverses considérations; il fallait donc faire une première élimination. Parmi ceux qui restaient, tous ne pouvaient pas être acceptés ; d'abord, parce que les moyens dont disposait le Comité ne le permettaient pas, et ensuite, raison péremptoire, parce que M. McKenzie, l'agent de la ligne française à New-York, avait déclaré ne pas pouvoir prendre plus de 150 hommes à la fois, et avait môme désiré en prendre un peu moins. Un choix, et un choix important, devait donc être fait, et c'était ici la partie la plus difficile et la plus délicate des attributions du Comité. Trois considérations devaient guider ce dernier dans ses opérations :
lo. La qualification morale du candidat ; 2o. Sa qualification physique ; 3o. Sa qualification financière.
Le New-York Herald^ parlant des zouaves canadiens, lors de leur passage dans la grande cité, a fait la remarque suivante au sujet de leur organisation : «Les règlements qui gouvernent les membres de ce corps sont en quelque sorte particuliers et nouveaux. Partout, dans le choix des soldats, on ne regarde guère au caractère moral des recrues. La dissolution et le vice dans ses formes les plus hideuses et les plus révoltantes peuvent obtenir admission dans n'importe quelle organisation militaire, pourvu que la santé physique et L; développement musculaire des recrues soient passables. Mais pour se procurer une place dans les rangs des zouaves du Pape, la règle a été changée, et personne, à moins qu'il ne produise une excellente
recommandation quant au caractère et à la réputation, par le curé de la paroisse où il réside, ne peut être reçu dans ce corps.»
Cette remarque du grand journal de New-York est très-vraie.
En procédant au choix des hommes, en effet, le Comité examinait tout d'abord le certificat donné au candidat par son curé ou son confesseur. Pour qu'un jeune homme fut accepté, il fallait invariablement que ce certificat fut des plus favorables ; car on voulait former un corps d'élite, non-seulement sous le rapport dns forces physiques, mais aussi et primordialement quant aux mœurs et à la morahté de ses membres. Le Comité, satisfait sur ce point, passait à l'examen du certificat du médecin produit par le candidat, et constatait ainsi si l'homme était propre au service militaire. Sur toutes ces diverses questions, le Comité délibérait consciencieusement, ayant toujours présent à l'esprit cette grande pensée, qu'il choisissait les hommes qui allaient être chargés de défendre la plus noble et la plus sainte des causes, la cause de la Papauté, la cause de l'Eglise catholique. Quel honneur pour ces hommes et quelles qualités ne leur fallait-il pas pour être dignes de faire partie de cette phalange d'élite ! Cette pensée soutenait le Comité dans la tâche difficile qu'il s'était imposée; bien plus, elle jetait une vive lumière sur la nature et l'importance de ses devoirs.
Le Comité satisfait sur les qualifications morales et physiques du candidat, n'avait pas encore fini l'exercice de "sa discrétion et de sa prudence ; une dernière considération restait à examiner, la plus délicate, peut-être, celle sur laquelle il était le plus difficile de satisfaire tout le monde. Il fallait que le nombre des hommes acceptés fut en proportion avec le chiffre des argents reçus, en prenant pour base la somme de SlOO par homme; bien plus, la paroisse, qui envoyait une souscription et offrait plusieurs hommes, semblait avoir le droit de demander que Fun d'eux fut accepté. Souvent même, en envoyant sa somme d'argent, le curé exprimait le désir que cette somme fut affectée aux dépenses d'un jeune homme en particulier, qu'il indiquait comme le candidat de la paroisse. D'un autre côté, parmi les candidats, plusieurs offraient le chiflre fixé par le Comité pour les dépenses du voyage, savoir SlOO, et un grand nombre en offraient une partie. Enfin, il fallait garder une proportion exacte entre les souscriptions envoyées par chaque diocèse, et les hommes de chaque
diocèse acceptés par le Comité. C'est au milieu de toutes ces difficultés, et entre le conflit de toutes ces exigences, justes en elles-mêmes, que le Comité dut procéder au choix de ceux qui devaient avoir l'honneur de former partie dn premier détachement. Dès le 28 janvier, vingt hommes furent acceptés, et à chaque séance subséquente le Comité continua à en accepter d'autres, jusqu'à ce qu'il fut arrivé au chiffre de 145, auquel il crut devoir arrêter, afin de se conformer aux désirs des agents de la Compagnie Générale Transatlantique. Sur ce nombre, comme on le verra par la liste corrigée qui se trouve plus loin, quelques-uns ont fait défaut, sans avertir le Comité de leur changement de décision. Plusieurs ont été remplacés par des hommes recommandés qui ont été acceptés à la dernière heure, lorsqu'on a vu que les autres n'arrivaient pas; cependant, dix n'ont pas été remplacés, et le premier détachement ne s'est composé que ûe 135 hommes, outre les aumôniers.