PREMIERE LUTTE DE L'ÉGLISE.— LE PAGANISME
La première et la plus terrible des luttes que l'Eglise ait jamais eu à soutenir fut, sans contredit, celle qui se livra autour de son berceau. Il s'agissait pour l'Eglise de proclamer en face du polythéisme ou de l'idolâtrie, le dogme fondamental de V unité d'un Dieu créateur et conservaleur de toutes choses. Elle l'avait ainsi formulée en tôle de son Credo :
Je croîs en Dieu le Ph-e tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre.
S'il y a une vérité qui s'impose à notre intelligence avec toute l'évidence du soleil en plein midi, c'est assurément celle de l'unité de Dieu. Mais ce dogme fondamental renversait de fond en comble tout le système du polythéisme païen, et faisait crouler sur leur base même tous ces dieux de métal, de pierre et de bois ; il faisait descendre des autels et renvoyait à la pùture tous ces animaux plus ou moins slupides, cruels ou immondes, devant lesquels Satan avait iirosterné le genre humain. Et, honte à la nature humaine ! les nations frémirent à cette
nouvelle, elles formèrent des complots insensés contre le Seigneur qui voulait, dans son infinie miséricorde, les arrachera cette épouvantable tyrannie. "Voilà, mes frères, voilà qui nous parait incroyable à nous, à nous enfants heureux de l'Eglise, qui avons appris, sur les genoux de nos bonnes et'pieuses mères, cette vérité primordiale de l'unité de Dieu.
Mais l'ancien serpent l'avait compris. L'établissement du royaume de Dieu sur la terre, c'était la ruine de son tyrannique empire. L'Église, à son début, ne lui apparaissant que comme un faible enfant dans son berceau, il crut que la force brutale était le moyen le plus sûr de s'en défaire. Il entreprit de l'étouffer, de la noyer dans son sang. Et voilà la persécution qui s'organise et la bataille qui s'engage. Il lance contre l'Eglise le plus puissant despotisme qui ait jamais fait gémir l'humanité sous un joug de fer. Les édits sanguinaires succèdent aux édils, la chasse aux lions fait place à la chasse aux chrétiens ; la persécution poursuit, elle atteint les infortunés chrétiens jusqu'aux extrémités du monde. Dans ces heureux temps de V omnipolence humaine, plus de place à la lumière du soleil pour les adorateurs du vrai Dieu : il leur faut quitter leurs demeures, abandonner la société de leurs frères, pour aller demander un asile aux sépulcres et aux ténèbres des Catacombes. C'est là que nos pères dans la foi purent trouver un refuge et se dérober au fer de leurs persécuteurs. Là, à la lumière tremblante de quelques flambeaux, ils vont offrir la Victime adorable qui doit bientôt arracher le monde à cette épouvantable tyrannie. Dans les théâtres, sur les places publiques, dans les cirques, partout des lions, partout des bûchers, partout des bourreaux ; le sang chrétien coule à grands flots. Mais, ô prodige étonnant ! ce sang devient une semence féconde de nouveaux chrétiens! plus on persécute les disciples du Christ, plus on les torture, plus ils se multiplient ! La mort perd pour eux ses horreurs, elle leur semble même avoir des charmes irrésistibles. Le ciel les encourage ; la nature, l'enfer même obéit à leur voix. Au nom du Dieu du Calvaire, à l'approche des chrétiens, les idoles tombent dans la poussière, les démons prennent la fuite ; les lions adoucis s'approchent timidement des martyrs, le feu change en rosée ses ardeurs. De tendres enfants, par leur courage surnaturel en présence des tourments, font trembler les juges et les préfets sur leurs sièges ; et les puissants empereurs eux-mêmes en sont épouvantés. « Il est grand le Dieu des chrétiens,» dit l'un. «Tu as vaincu Galiléen, » dit l'autre. Enfin, après une lutte et une boucherie de trois siècles, la victoire la plus complète demeure à l'Eglise. Le colosse romain, gorgé de sang, n'en peut plus ; il s'affaisse sur lui-même et s'abat. Les chrétiens remplissent maintenant l'empire ; les Papos sor'cnt enfin des Catacombes et la croix domine la couronne du prince. Les idoles et tous les dieux des nations ont disparu au souffle puissant ilu christianisme, comme le nuage chargé de foudre devant l'aquilon, pour laisser le soleil répandre à flots, sans obstacles, sur la nature réjouie, les rayons vivifiants de sa lumière et de sa chaleur. C'est ainsi que l'humanité régénérée par l'Eglise n'a cessé dejniis lors/le chanter avec bonheur dans ses solennités et de répéter au sein de la famille :
Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre.
Ici, rappelons-le, mes frères, l'enseignement de celte vérité a coûté à l'Eglise son premier sang, le sang de ses itius illuslros enfants, le sang de plus de doii/e millions de martyrs, de tout âge, de tout sexe.
de tout rang, et de la plupart des Souverains Pontifes qui l'ont gouvernée pendant la sanglante période de ces trois siècles. Rappelons aussi l'enseignement social important qui ressort de ce que nous avons déjà dit; c'est que l'Eglise, en présence d'un pouvoir légitimement constitué, mais qui se fait persécuteur, ne fait généralement la guerre qu'en lui opposant une résistance passive. C'est la grande leçon du respect dii à 1 autorité, qu'elle n'a cessé de donner à l'univers i)endant toute cette longue et douloureuse période. Jamais elle n'a fait appel à la révolte qu'elle condamne absolument ; toujours elle a prêché à ses enfants le respect, la soumission aux personnes revêtues de l'autorité, rappelant selon les jjaroles du grand Apôtre, qu'ils sont les ministres de Dieu.
YIII.
DEUXIÈME LXTTTE DE L'ÉGLILE.— L'ARIAXISME.
Le prophète royal avait annoncé que les méchants feraient la guerre au Seigneur : c'est ce que nous venons de voir, et qu'ils la feraient aussi à son Christ, c'est ce que nous allons présentement e.\aminer.
Pour accomplir la grande restauration du règne de Dieu sur la terre, l'Eglise devait, avec k dogme del'unilc de Dieu, affirmer et établir dans les âmes le dogme de la filiation divine du Christ et de la maternité de la bienheureuse Vierge Marie. C'était le second et le troisième article de son symbole:
Je crois en Jêsus-Christ son Fils unique Notre-Seigneur, qui a été conçu du St. Esprit, est né de la Vierge Marie.
Satan, vaincu et humilié dans la guerre sacrilège et atroce qu'il venait de faire au Seigneur, jura dans sa haine infernale de s'en venger contre son Christ. L'expérience venait de lui apprendre que la violence était impuissante ù renverser et même à ralentir le déveloi> pement de l'Eglise. Il se ])ersuada sans peine qu'il fallait, dans cette seconde guerre, changer de tactique et reprendre son ancien rôle de serpent, c'est-à-dire attaquer et combattre par la ruse, l'hypocrisie et la plus insigne mauvaise foi. Il porta donc sournoisement la guerre au sein même de l'Eglise et sur le terrain du raisonnement. Le peuple grec, remarquable entre tous par le nombre de ses sophistes, lui parait être le mieux qualilié pour le seconder dans son projet impie.
Arius, prêtre orgueilleux d'Alexandrie, sous l'impulsion du souffle haineux de l'ancien serpent, se leva et osa audacieusement proférer ce blasphème : «Jésus-Christ n'est pas Dieu. « Un peu plus lard, Nestorius, également impie et esclave du même orgueil, répéta la même erreur en termes un peu plus détournés, et dit : « La Vierge Marie, mère de Jésus-Christ, n'est pas la mère de Dieu. » Comme on le voit, la guerre est déclarée au Christ, vrai Fils du Dieu vivant. Il est attaqué dans sa personne humano-divine ou théandrique.
Mais le Seigneur ne tarda pas à susciter de nouveaux défenseurs à son Eglise, pour la gloire de son Christ. Au témoignage du sang succède le témoignage de la science et de l'intellig'ence, et l'époque des martyrs fut suivie de l'époque des grands docteurs de l'Eglise, dont les immortels écrits sont encore là comme des phares brillants qui éclairant les générations. Toutes les ruses et l'astuce de l'ancien serpent
furent déjouées, ses plis et ses replis ne purent dérober sa tête à la puissante massue des Pères de rEglisc. Cette tête fut écrasée, et la tiliation divine de N. S. Jésus-Christ fut solennellement proclamée dans le Concile de Nicée. Le Concile la définit par ces paroles : Je le crois Dieu de Dieu ; lumière de lumière ; vrai Dieu de vrai Dieu ! Le Concile d'Ephèse vengea de même devant Tunivers la maternité divine de Marie toujours Vierge. Le monde catholique s'était ému des blasphèmes d'Arius et de Nestorius ; aussi reçut-il avec enthousiasme la décision du Concile. Ces paroles des Pères : i Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, > accueilliesavec amour, se sont trouvées depuis sur toutes les bouches et dans tous les cœurs catholiques.
Satan, démasqué et honteusement vaincu sur ce nouveau terrain, furieu.\ comme un lion blessé que la colère emporte, eut encore recours à la force brutale et à la persécution contre TÉglise ; le sang chrétien coula de nouveau en plusieurs endroits. Mais ce nouveau témoignage du sang ne lit que donner plus d'éclat au triomphe de l'Eglise, qui n'a cessé depuis lors de proclamer chaque jour à la face du ciel et de la terre la divinité du Christ son fondateur, et la maternité divine de sa sainte Mère.
Je crois en Jtsus^Chi-ist son Fils unique Xotre-Seigneur, qui a été conçu du SI. Esprit, est né de la Vierge Marie.
COILMEXT SOXT CHÂTIÉES LES NATIONS PRÉVARICATRICES.
Arrêtons-nous un instant pour cueillir un autre enseignement précieux ; voyons comment Dieu châtie les nations persécutrices et rebelles. Le peuple romain, dont la loi suprême était la force, avait voulu étouffer l'Eglise dans son berceau et noyer les chrétiens dans leur sang. Mais Dieu sait punir par où l'on a péché. Dans sa justice inexorable, le Seigneur ouvre les portes du septentrion, il lance sur le colossal empire les peuples innombrables de la barbarie du nord, avec la mission de porter partout le fer et le feu, le ravage et la mort. Ces barbares frappent en effet à coups redoublés ; ils brisent comme un vase d'argile cette gigantesque monarchie qui écrasait le monde sous son joug de fer. C'est ce que le royal prophète avait prédit : Et tanouam vas figuli confringes eos. «Et tu les briseras comme un vase a'argile. i
Le Grec orgueilleux, lui, n'avait pas voulu soumettre sa faible raison à l'autorité de la foi ; les pales lueurs de sa philosophie nuageuse, à la lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde. Pour le punir. Dieu le soumet au terrible régime du cimeterre des Mahométans. Ceux-ci n'avaient dans toute leur philosophie que ce syllogisme brutal : « Dieu est Dieu et Mahomet est son prophète ; crois ou meurs. » Et depuis des siècles la nation orgueilleuse et raisonneuse par excellence, se traîne profondément humiliée sous le joug abrutissant de l'islamisme. C'est aussi ce que le même prophète avait annoncé : Regcs eos in virga ferea. « Tu les gouverneras avec un sceptre de fer.» Cette verge de fer ressemble assez au cimeterre des Califes ; on ne s'y méprendra pas.
Grande et terrible leçon pour les peuples rebelles à l'autorité de l'Eglise de Jcsus-Chrisl et persécuteurs de ses enfants.
TROISIÈME LXJTTK DE L'ÉGLISE.— LE HAIIOMÉTISUE QUI VBUT RAVIK L'HÉRITAGE DE JESU8-CHRIET.
Postula a me cl dabo lihi génies haredilalam luam. (Ps. 2-8). i Demande-moi et .je te donnerai les nations en héritage. • Voilà la promesse que le Père Eternel avait faite à son fils, Rédempteur du genre humain. L'Apôtre St Paul nous apprend que la prière qui monta au ciel à cet effet, fut la voix puissante du sang, par lequel il a fait l'acquisition légitime de son Eglise. Ecclesiam qiiam acquisivil sanguine suo. (Act. Ap. 20-23). Ce titre est incontestable. Les nations, arrachées à la tyrannie de Satan et des hommes, appartiennent de plein droit à Jesus-Christ, qui les a acquises au prix du plus grand sacrifice possible ici-bas, celui du sang et de la vie. Delens quod adversus nos eral chirograplitim decreli, quoderal conlrarium nobis, cl ipsmn lulit de média, a/fligens illud cruci. • Ayant effacé la cédule qui nous était contraire, il a entièrement aboli le décret de notre condamnation, en l'attachant à sa croix. . (Coioss. 2-14). Aussi l'Eglise a-t-elle consigné ce titre à l'héritage des nations dans son symbole, par les articles qui rappellent la rédemption, le rachat du monde,, et les droits glorieux du Sauveur, de siéger comme juge souverain des vivants et des morts.
Quia souffert sous Ponce- Pilote, a Été cruciflf, est mort, a été enseveli, est descendu aux en/ers. Le troisième jour est ressuscité des morts, est manié aux deux, est assis à la droite de Dieu, d'oil il viendra juger les vivants et les morts.
Satan, honteusement défait dans les deux grandes batailles qu'il venait de livrer contre le Seigneur et son Christ, osa faire encore une tentative désespérée. Puisque je n'ai pu, s'est-il dit, dans sa fureur, puisque je n'ai pu empêcher la filiation divine du Christ d'être solennellement reconnue, au moins je veux porter le ravage et la désolation dans son héritage ; je le lui ravirai. C'est ainsi, c'est dans ces dispositions, que nous le montre le prophète de l'ile de Pathmos, quand il nous révèle la fureur du Dragon qui esl irrité, qui séduit tout te monde, qui l'a faire la guerre aux enfants de la femme, c'est-à-dire de l'Eglise. Or cet héritage du Christ, que l'enfer voulait lui ravir, c'était la chrétienté toute entière, c'étaient ces nations barbares elles-mêmes dont le Seigneur avait voulu se servir pour briser, comme un vase d'argile, l'empire païen de Rome.
Après avoir accompli l'œuvre de destruction et de justice qui était l'objet de leur mission, ces nombreux enfants de la barbarie se trouvèrent en présence de l'Eglise, qui les adopta comme une bonne mère, et se chargea de faire leur éducation chrétienne et sociale. Et pendant que ces nations se régénéraient, qu'une nouvelle humanité, pour ainsi parler, se formait, que le grand empire chrétien se développait, marchant d'un pas assuré dans la voie du véritable progrès, Satan rôdait dans les déserts de l'Arabie, et y jetait les fondements d'un empire impie qu'il devait bientôt lancer en gros bataillons, contre l'héritage du Christ. Mahomet fut son homme et le chef de ses escadrons. Mahomet, du reste, avait tout le fanatisme, toute la ruse et l'astuce qu'il fallait au lieutenant de Lucifer, le véritable chef de cet empira
anti-chrétien ; aussi sa sauvagerie saura-t-eile égaler la fureur de celui qui l'inspire. Voici donc venir une nouvelle lutte plus épouvantable -encore que tout ce qui s'était vu jusqu'alors; elle s'engagea sur un terrain brûlant et qui demandait du sang. Bientôt le sang coula du Bosphore jusqu'au Gange, du Gange jusqu'au Maroc. L'Espagne même fut envahie et cette terre évangélisée par St. Jacques, l'un des douze Apôtres, vit la mosquée avec le croissant remplacer le temple et la croi.x.
L'Eglise se trouve ici, constatons-le, en face d'un injuste agresseur, d'un pouvoir qui n'agit aucunement d'une manière légitime Elle proclame, en conséquence, le droit qu'elle a de repousser la force par la force. Toute l'Europe chrétienne, à sa voix, se lève comme un seul homme, pour combattre, les combats du Seigneur et de son Christ, et ■elle marche contre l'ennemi commun C'est l'époque des croisades ; «poque pleine d'enseignements, où Dieu montra bien qu'il n'abdique jamais le gouvernement de sa Providence. Il usa d'abord de la verge de fer pour châtier les mauvais chrétiens ; et comme parmi les nombreu.\ croisés qui s'enrôlèrent sous l'étendard du Christ, plusieurs n'étaient pas tels que doivent être ceux que Dieu daigne appeler à défendre sa cause. Dieu ne voulut pas toujours seconder leurs efforts ; de là, les échecs partiels que plusieurs de ces grandes ex])éditions éprouvèrent. Mais il faut, certes, le dire, le résultat tinal et incontestable de ces grandes luttes, fut le salut de l'Europe chrétienne et le triomphe de la civilisation sur la barbarie.
Parmi les nations dont le Seigneur voulut se servir pour arriver à cet immense résultat, tout Canadien aime à le reconnaître, il y en a une qui nous fut toujours chère, et qui a joué entre toutes un rôle proéminent. C'est celle qui a eu, la première, l'insigne honneur d'opposer une digue infranchissable au torrent dévastateur du Mahométisme. C'était au moment oîi il venait de franchir les Pyrénées, pour envahir les Gaules et le reste de l'Europe. C'en était fait de la grande république chrétienne et de l'héritage du Christ, sans la valeur et le courage indomptable des Francs. Le moment était solennel, les barbares étaient déjà au cœur même des Gaules et menaçaient de tout anéantir. Ce fut dans les environs de Tours que se livra entre l'armée de Dieu et l'armée de Satan, cette bataille à jamais mémorable où, à la tète de ses Francs, Charles-Martel martela l'Islamisme, étendit sur le champ de bataille plus de trois cent mille Mahométans et posa enfin une limite que cet empire monstrueux ne devait pas franchir.
Toutefois, ce ne fut que longtemps après, dans le golfe de Lépante, d'un côté, et sous les murs de Vienne, de l'autre, que le Mahométisme reçut les blessures mortelles qui ont définitivement amené l'ère de sa décadence et de sa chute.
EXPAXSIOS PACIFIQUE DE LA VIE SOCIALE CIIRÊTIE>'NE, VRAIE CIVILISATION.
Pendant que l'Eglise défendait par la valeur de ses enfants l'héritage du Christ et refoulait, d'une main, la barbarie musulmane vers l'Afrique et l'Asie ; de l'autre, elle cultivait avec soin son héritage. Par sa douceur et sa charité, elle avait déjà su calmer peu à peu l'ardeur
guerrière de ses terribles enfants, elle avait su infiltrer doucement, mais sûrement dans leurs usages et leurs mœurs ces principes de justice et d'équité qui procurent la i)aix et la tranquillité aux populations lidèles à les observer. Cette transformation Jemanda sans doute do bien longues années, et ne put s'accomplir sans que l'Eglise ne reçut de temps à autre de cruelles blessures ; la fougue de cette barbarie ne laissait pas de faire çii et là de violentes explosions. Cependant le courant catholique refoulontpeu à peu, mais constamment, le courant dp la barbarie, a lini par l'emporter complètement, et par doter l'Europe de cette civilisation cliréticnne, qui lui donne une si grande supériorité sur toutes les nations qui n'ont point ressenti le souille viviliant du christianisme. Ces nations barbares d'alors sont devenues, vous le savez, les peuples qui marchent aujourd'hui à la tète de l'humanité ; faut-il nommer les Français, les Anglais, les Allemands, les Espagnols, etc., etc.
Ce grand fait de la con\ersion des jjouples barbares et de leur civilisation graduelle, par les soins et la direction de l'Eglise catholique, est, sans contredit, l'un des plus étonnants de l'histoire du genre humain et l'une des preuves les plus frappantes de la divinité de sa mission. Ces hommes farouches, sortis des mimenses forêts du Nord et de l'Est de l'Europe, n'avaient connu d'autres droits que celui de la force, d'aulre législation que celle de leur épée. C'était leur unique code. Ils le portaient à leur ceinture et il était là toujours prêt à trancher les diflic altés qui pouvaient s'élever entre eux et leurs voisins. Quel contraste avec la France de St. Louis et de St. Vincent de Paul ! A ceux qui auraient quelques doutes sur la cause véritable de cette étonnante transformation, et qui seraient tentés de croire qu'elle n'est pas absolument due à l'influence des doctrines sociales de l'Eglise et à l'action paternelle de" la Papauté, nous demanderons seulement de nous dire et de nous expliquer pourquoi, en dehors de cette action salutaire des Papes sur les peuples et les souverains, et de celte influence vitale des principes catholiques sur la société, pourquoi toutes les autres nations sont demeurées dans les ténèbres et assises à l'ombre de la mort, suivant l'expression du prophète'^
Oui, répétons-le bien haut, toutes ces nations barbares auxquelles Dieu avait donné en héritage les débris du colosse romain, avaient grandi sous le regard et la direction paternelle des Papes, et toute l'Europe, devenue chrétienne, présentait le spectacle dune grande famille que l'on appelait si bien la république chrétienne. Les guerres entre ces nations avaient perdu leur caractère de férocité et de barbarie ; leurs dilférends n'étaient plus guère que des querelles de famille, tantôt pour une limite de territoire, tantôt pour une dispute de dynastie. Presque toujours, l'intervention paternelle du Pape, en précisant les droits légitimes de chacun. Unissait par ramener la paix et raffermir de plus en jilus le règne de la justice. Et, ajoutons à la gloire de l'action civilisatrice de l'Eglise, pendant que les nobles chevaliers, ce beau type du soldat chrétien, pendant que les valeureux croisés soutenaient, l'épée à la main, le combat du Seigneur, l'Eglise avait organisé une armée d'un autre genre pour combattre un autre ennemi. Sur les différents points de l'Europe et au sein même des plus sombres forêts, on vit surgir les institutions monastiques, si lâchement calomniées au siècle dernier par l'ignorance et la mauvaise foi ; mais si noblement vengées de nos jours par l'illustre auteur des Moines d'Occident. Cette milice d'un nouveau genre avait pour mission de lutter contre l'igno-
rance et les difficultés d'un double défrichement, le défrichement des terres et le défrichement des âmes. C'était au milieu de ces soldats du travail, de la vertu et de la science, c'était dans les monastères, dans ces asiles bénis, que l'on distribuait gratuitement aux indigents le pain matériel, aux ignorants le pain de la science, à tous, le pain qui nourrit l'âme et fortiQe le cœur.
Ce fut encore dans ces temps que l'on alTecte parfois de méconnaître et de couvrir de mépris, que l'on vit s'élever comme par enchantement ces monuments impérissables de l'architecture chrétienne, ces magnifiques cathédrales du moyen-âge qu'on ne peut encore se lasser d'admirer. La littérature, l'éloquence, la philosophie, la théologie produisirent dos hommes dont quelques-uns s'appellent St. Bernard, St. Thomas d'Aquin, St. Bonaventure, le Dante, et qui apparaissent encore aujourd'hui dans le champ oili ils travaillèrent, comme les grands pins au milieu des forêts ; la Providence semble les avoir placés là comme dimposantes colonnes qui indiquent la roule au voyageur.
C'est ainsi que l'Eglise catholique, toujours et partout semblable à une armée rangée en bataille, remportait partout la victoire. La lutte cinq ou six fois séculaire qu'elle eût à soutenir contre le Turc et I°s disciples de Mohomet, pour délendre son héritage, no fit qu'en établir les titres avec plus d'évidence, et pondant ce temps Dieu semblait se plaire à la faire fructifier d'une manière merveilleuse.
Au moment donc oii Satan encore vaincu dut renoncer à son noir projet de ravir par la force l'héritage du Christ, l'Eglise, par ses victoires et ses bienfaits, était devenue semblable à un grand arbre qui é'endait sur toute l'Europe ses rameaux vigoureux chargés de fruits. Toutes les nations y cueillaient avec bonheur les délicieux fruits de la paix et de la justice. Mais l'ennemi du genre humain ne sait jamais rester dans l'inaction après la défaite. Dévoré par l'envie et la vengeance, il voulut donc tenter de nouveau les chances d'une autre bataille, comme nous allons l'exposer.
QUATRikSIE LUTTE, LE PROTESTANTISME.
Le Sauveur avait promis à son Eglise l'assistance spéciale du Saint- Esprit, il avait laissé à ses pasteurs l'assurance que cet Esprit de lumière leur enseignerait toute vérité : El docehil vos omnem veritalem ; que cet Esprit de force les soutiendrait et les rendrait capables de lui rendre témoignage jusqu'aux extrémités de la terre. Sed accipietis
virtulemsupcrvenienlis Spirilus Sancli in vns,erilis ynilii testes
usqice ad ullimum tcrr:c. C'est la vérité que les Apôtres consignaient avec soin dans le symbole par ces paroles :
Je O'oii au S(ii>U-Esp7-U, la sainte Eglise calJwliq^ie.',
Au chef de cette Eglise sainte avait été accordé un privilège admirable, celui de ne point errer dans la foi. Une prière spéciale du Sauveur i son Père lui assurait celte faveur: Ego pro le rogavi, ut non deficiat fîdes lua (Luc 22, 32.) avait dit JéFUs-Christ. « J'ai prié pour toi, Pierre, afin que la foi ne défaille point. • Le divin fondateur du christianisme
avait également conféré au chef visible de son Eglise un pouvoir souverain : El libi dabo claves regni cxltrum etc., (Math 16, !9.) « Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre, sera aussi délié dans les cieux. > Qui dit tout n'excepte rien.
Dans ce royaume de Dieu sur la terre tout est soumis à ce pouvoir sans limite : grands et petits, savants et ignorants, rois et peuples, pasteurs et troupeaux, tous, sans exception, doivent obéir à ce pouvoir unique dans le monde, sous peine d'être mis hors de la société de l'homme avec Dieu : Die Ecclesix, si aulein Ecclesiam non audieril, sil libi sicul elhnicus cl publicanus. (Math 18, 17.) e|Dites-le, à l'Eglise, et s'il n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit pour vous, comme un païen et un publicain. » Tel est le tribunal en dernier ressort qui décidera finalement et infailliblement de toutes les difficultés qui peuvent surgir dans ie royaume du Christ.
Voilà aussi ce que les chrétiens avaient toujours cru, touchant l'autorité doctrinale et juridictionnelle de l'Eglise ; voilà ce qu'ils avaient pratiqué, quant au respect et à la soumission qu'ils lui doivent, conformément à ces paroles du Sauveur : Qui vos audit, me audil ; qui vos spernil, me spernil. «Qui vous écoute, m'écoute; qui vous méprise, me méprise. »
C'est cette foi inébranlable aux décisions dogmatiques et ce respect pour les ordonnances de l'Eglise ; c'est cette soumission pleine et entière à ses pasteurs et surtout au Pasteur suprême, le Pontife Romain, qui avait fait la force du catholicisme. C'est par l'union intime de tous ces membres entre eux et avec leur chef, qu'il avait pu sortir victorieux des luttes terribles sur lesquelles nous venons de jeter un coup-d'œil rapide, et accomplir la transformation admirable que nous venons de constater chez les nations qu'il s'était incorporées.
Satan le comprenait ; et il était désormais convaincu de l'impuissance des attaques ou des pressions extérieures, pour renverser le royaume du Christ et s'emparer de l'héritage qui lui était échu. Donc, briser celte puissante organisation, renverser ce tribunal, paralyser l'exercice de cette autorité salutaire, ) arut, à l'ancien serpent", le moyen infaillible de diviser d'abord et de ruiner ensuite l'Eglise; il savait depuis longtemps que tout royaume divisé contre lui-même ne peut subsister. Voilà le projet de l'enfer, après la défaite du mahométisme, c'est-à-dire, anéantir l'autorité de l'Eglise.
Mais pour en venir à Texécution, il fallait entrer dans le royaume et trouver des instruments dociles. Dans un couvent d'Allemagne vivait un moine en qui Satan trouva une àme dévorée d'envie ; cette âme ne pouvait manquer di3 céder facilement à l'esprit de ré\'olte. Luther, personne n'ignore son nom, se lève donc en face de l'Eglise, et pose audacieusement, comme des vérités acquises, ces trois grandes négations que Satan lui suggère: lo. négation de l'autorité doctrinale de l'Eglise; 2o. négation de son autorité juridictionnelle et souveraine; 3o. négation de son universalité ou de sa catholicité. C'était nier directement les articles du symbole que nous venons de citer ; c'était nier du même coup l'assistance spéciale de l'Esprit Saint, qui préside à toutes les délibérations et décisions de l'Eglise, et l'Eglise elle-même, qui ne devenait plus qu'un mot et un mot vifJe de sens : car qu'est-ce qu'une société qui n'a plus ni pouvoir.législatif, ni pouvoir judiciaire, ni pouvoir exécutif. Methodius et Photius n'avaient été que de timides ergoteurs, Luther se fera démolisseur; il tentera de saper l'Eglise par
la base. Niant donc à lEglise sa divine autorité, il s'en arroge elTrontémenl les droits. Puis, se prenant à dogmatiser, il érige en principe indubitable la doctrine du libre examen et la libre interprétation des Ecritures, par le jugement privé dechrque individu; c'est là, personne ne rignore, le principe fondamental et l'essence même du protestantisme. La triple négation luthérienne, qui précéda pour la forme, n'était au fond que l'une des innombrables conséquentes qui découlent du principe faux de la souveraineté du jugement privé, source féconde de toute esjpèce d'erreurs.
Henri VIII, en Angleterre, et Calvin, en France, donnèrent main-forte au moine révolté d'Allemagne. Le terrain du libre examen devint naturellement le rendez-vous de ces esprits impatients du joug. L'Evangile devait cesser pour eux d'être sans accommodement ; toutes les aspirations pouvaient y chercher désormais la possibilité d'être satisfaites; chacun serait son juge et devait avoir pour soi, avec la liberté du jugement privé, la liberté de morale ou la liberté de mœurs. Quitte à ce^- bons apôtres à s'anathématiser mutuellement, pourvu qu'on fût d'accord à faire rigoureusement la guerre au Pape.
Voilà les trois porte-étendards de l'erreur, auxquels l'ancien serpent voulait conlier les rôles les plus importants, dans la nouvelle lutte qu'il entreprit contre l'Eglise, ain-cs la défaite du mahométisme.
L'appel aux passions qui llallenl le plus insidieusement, qui remuent le plus puissamment le cœur humain, fut le grand levier dont ils se servirent pour surprendre et soulever les populations. Aux savants orgueilleux, on donnait la liberlé de loul penser el de tout dire, sans contrôle aucun. Ils étaient établis juges en dernier ressort du vrai et du faux. Aux puissants, on présentait les riches dépouilles des ordres religieux, on accordait la liberté de loul faire, en les constituant juges en dernier ressort du juste et de l'injuste. Enfin à tous, on concédait le droit de la libre morale, chacun jugeant pour soi de la règle des mœurs.
C'était la [larfaite réalisation des paroles remarquables du royal prophète, quand il voyait d'avance les rois de la terre et les princes se liguer contre le Seigneur et contre son Christ, i Brisons, disaient-ils, brisons leurs liens et jetons loin de nous leur joug. » Dirumpamus vincula eorum el projiciamus a nobisjugum ipsorum. (Ps. 2-2.)
'Oui, les puissants de la terre, les princes de la science, qui se sont rangés dans le camjide la soi-disant réforme, ont dit : i Brisons les liens que l'Eglise, au nom du Seigneur et de son Christ, veut imposera notre intelligence, par son enseignement dogmatique : à notre puissance, par la force du droit et de l'équité ; jetons loin de nous ce joug insupportable, qu'elle nous impose par la sévérité de sa morale »
Une étude quelque peu attentive des commencements de la rf>formo religieuse du seizième siècle, convaincra sans peine que le souille brûlant des passions, que Satan déchaîna avec tant de fureur contre l'Eglise, faisait une notable partie de l'ouvrage de sa perlide tactique. On procéda toutefois avec précaution, on se contenta pour lors de ne porter la lutte (juc sur le terrain religieux. Les populations profondément chrétiennes de ce temps, n'étaient pas encore pn'?parées à tirer les dernières conséquences du libre examen ; le terrain social restait intact et dans la paix.
Cependant, de la région des idées et des principes où la lutte s'engagea d'abord, elle ne larda pas à descendre dans le domaine des faits. Des guerres longues et sanglantes s'en suivirent, et les champs de
bataille virent bientôt périr des milliers de chrétiens. Le grand arbre du catholicisme, alors si magnilique de vigueur, parut tout-à-coup agité comme par une violente tempête ; et si son tronc profondément enraciné dans le sol, que le sang des martyrs avait arrosé, tint bon contre tous les ofTorts de l'orage, l'on n'en vit pas moins de nombreux rameaux se rompre et se détacher. Des nations entières furent arrachées du giron de l'Eglise : l'Angleterre, jadis l'Isle des Saints, l'Allemagne avec la moitié de sa population, emportées par les violences de l'orgueil ou les fureurs d'un libertinage effréné, roulèrent toutes meurtries dans les abîmes du schisme et de l'hérésie. La France, cette noble fille ainée de l'Eglise, grâce à une protection toute spéciale de la divine Providence, résista avec plus d'avantages ; l'hypocrisie et l'audace de Calvin y furent comparativement sans effet. L'Espagne, la Sicile, l'Italie, l'Autriche, etc., etc., échappèrent à la contagion des fausses doctrines.
Cependant, il n'est pas inutile de le remarquer, toutes les nations européennes d'alors étaient constituées chrétiennement. Leur droit public, leur législation particulière étaient en harmonie avec les lois de Dieu, dont la garde et l'interprétation étaient confiées à l'épiscopat et à la papauté. Pendant les guerres sanglantes de la réforme, guerres qui ne furent dues qu'à l'orgueil, qu'au libertinage et à. l'ambition, l'Eglise se tint toujours dans les limites d'une juste et légitime défense. Nous devons être équitable et ajouter que les excès déplorables qui eurent lieu alors ont été amenés i)ar des intérêts qui n'étaient pas ceux de la Religion, et que la responsabilité en revient de droit à ceux qui les ont commis, et non pas à TEgliso qui n'a jamais manqua de les réprouver et de les condamner.
Les hardis réformateurs, en posant le principe du libre examen et de la libre interprétation vis-à-vis de l'Eglise, entendaient bien s"en réserver exclusivement le bénéfice, à eux, vis-à-vis de leurs adeptes. Aussi n'hésitèrent-ils pas à se donner à eux-mêmes la mission divine et l'autorité qu'ils refusaient de reconnaître dans l'Eglise catholique et dans son Chef suprême, N. S. P. le Pape. Aucun des principaux réformateurs n'oublia de se constituer modestement, de par son autorité privée, chef, c'est-à-dire, pape de la nouvelle secte qu'il avait formée. Cette autorité de fait, si directement en opposition avec le principe fondamental de la réforme, contribua certainement et dans une grande mesure, à conserver chez les peuples accoutumés depuis des siècles au régime chrétien du respect et de la soumission à l'autorité légitime, à conserver, disons-nous, un reste de cette vie chrétienne dont ils étaient imprégnés.
Les populations que les violences de celte tempête avait détachées de l'Eglise caUiolique étaient encore saturées, pour ainsi parler, de la sève chrétienne; leurs croyances, leurs usages, leure mœurs, leurs institutions étaient pénétrées de Fesprit chrétien. Et voilà, nous le répétons, voilà ce qui nous explique pourquoi ces sectes diverses conservèrent encore assez longtemps le reste de vie que l'on a observé chez les nations protestantes qui s'éloignèrent le moins des formes catholiques.
Cependant le Seigneur, touché des maux sans nombre que la réforme causait au milieu de son peuple, vint au secours de son Eglise. Satan s'était servi de l'orgueil d'un moine et de l'épée des princes pour lever l'étendard de la révolte, le Seigneur, qui se rit des projets des puissants et des impics, fait, pour les confondre, arborer Tétendard de l'humilité et du dévouement ; et son choix appelle irrésistiblement un
soldai blessé de la catholique Espagne, et une vierge obscure du Milanais. Au libertinage et à la dissolution si ignoblement autorisés par les paroles et les exemples des réformateurs, Dieu opposa l'exemple et les enseignements si purs des lllles dAngèle de Mérici, les Ursulines ; elles seront les gardiennes et les guides, les secondes mères de la plus délicate portion du troujieau de Jésus-Christ. L'orgueil et la révolte viendront se heurter contre rhumililé, le dévouement et l'obéissance des enfants d'Ignace de Loyola. Ce sont ces humbles croisés qui sont chargés par la divine Providence de résister aux efforts et à la fureur de l'hérésie, de mettre un terme à ses envahissements et de dédommager l'Eglise des pertes qu'elle vient de faire.
Aussi, pendant que d'un coté les premiers soldats de l'illustre compagnie de Jésus opposaient, par leurs vertus, leur science profonde et leur zèle, une digue que la réforme ne put jamais franchir, de l'autre ils reculaient les limites du royaume de Jésus-Christ jusqu'aux extrémités du monde, depuis les Isles du Japon, à l'Orient, jusqu'aux rivages du Pacifique, à l'Occident, faisant entrer dans le sein de l'Eglise de nombreuses nations qui venaient ainsi remplacer celles qu'on avait vues en sortir. En même temps, l'Eglise voyait croître sans inquiétude à l'ombre des monastères de Ste. Ursule les fleurs des plus belles vertus , la famille fut régénérée dans sa source, et la chrétienté fut sauvée. Le saint Concile de Trente surtout, dans le domaine des principes, en condamnant et anathémalisant le principe fondamental des réformateurs, la libre interprétation et toutes les conséquences funestes qu'ils en avaient déduites, arrêta pour toujours l'expansion de ces fausses doctrines. Depuis lors, le protestantisme, comme un malade qu'un mal secret consume, sentit s'épuiser peu à peu la sève chrétienne qu'il avait emportée avec lui en se détachant de l'arbre catholique A force de nier les unes après les autres les vérités révélées, les plus logiques des fils de la réforme arrivent à l'infidélité complète. C'est ainsi que de nos jours nous voyons la grande hérésie du protestantisme se débattre dans les convulsions de l'agonie emportée par deux courants contraires, l'un qui la pousse vers le catholicisme, et l'autre qui l'entraine dans les abîmes du rationalisme contemporain.
Ici donc la victoire est encore du cùté de l'Eglise catholique, le véritable héritage de Jésus-Christ. Tandis que la plupart des sectes protestantes, semblables à des branches tombées éparses sur le sol, n'ont plus aucune liaison entr'elles, et perdent dans les abîmes du doAte ce reste de vie chrétienne qui semblait d'abord les animer ; l'Eglise catholique, au ^contraire, plus vigoureuse et plus compacte que jamais, continue sa marche victorieuse vers l'avenir en se préparant à de nouveaux combats et à de nouvelles victoires. Elle continuera de répéter chaque jour, malgré les négations de l'hérésie qui succombe :
Je crois au Saint Esprit, la Sainte Eglise catholique, la Communion des SainiSf la rémission des péchés.
Il n'est pas sans intérêt de remarquer, ici, la conduite de l'ancien serpent, pour mieux faire saisir le plan dont il poursuivait la rt-alisation contre l'Eglise de Jésus-Christ. Satan voulait détacher de Dieu son Eglise sainte, il lui refusait l'autorité et l'assistance divine ; il voulait la rendre toute naturelle et terrestre, il lui nia la communion avec les saints de la gloire et avec l'Eglise souffrante dans l'expiation ; il voulait enfin, après l'avoir arrachée au ciel, la tenir dans les liens de son
esclavago, il lui ix-fusa la puissance do délier, le pouvoir de la rémission des pf.'chés.
Nous sommes présentement arrivés à la grande lutte contemporaine. Nos pères en ont vu le début, peut-èlreen verrons-nous le dénouement. La révolution s'avance, et la lutte tond à se faire désormais sur le terrain social ; c'est là aussi que l'enfer veut montrer sa haine de Dieu,, comme nous Talions voir dans la seconde partie de ce discours.