‹ Le Canada et les Zouaves PontificauxChapitre 27 sur 68 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

OKIGINE DE LA GfZRRE QUE L'ÉGLISE CONTINUE A SOUTENIB.

La méthode la plus facile pour mettre en évidence le caractère militant de l'Eglise, est de l'étudier dans sa vie propre et, pour ainsi dire, personnelle ; c'est de la voir à l'œuvre : A fruclibus eorum cognoscelis eos. On juge les institutions, aussi bien que les hommes, par leurs fruits. Suivons donc rapiilement l'Eglise dans sa marche à travers les siècles, et nous nous convaincrons, par l'évidence même des faits, que son existence dix-huit fois séculaire n'a été qu'une suite de combats et de guerre gigantesques, dans lesquels non-seulement l'esprit, mais encore les bras ont pris une large part et où le sang de ses enfants a coulé en abondance. Il est facile de la suivre à la trace de ce sang généreux, qui a sans cesse arrosé et fécondé le sillon profond qu'elle a si laborieusement tracé dans les champs de l'espace et du temps. Mais si nous voulons avoir l'intelligence parfaite, saisir le sens véritable de cette existence phénoménale de l'Eglise militante, il est nécessaire de ne point perdre do vue, l'origine, le principe de cette guerre commencée avant elle, continuée par elle, et qui ne finira qu'à la fin des temps. Voici ce que nous en dit l'Apôtre St. Jean, dans la révélation qui lui en fut faite dans l'ilc de Pathmos : El faclum est prœlium magmnn ificœlo; Michacl el aiujcli ejus pra-liabanlur cum draconc el draco pugnabal d lUKjeli ejus. (.Vpoc. 12, 7.) i Alors il y eut un grand combat dans le ciel, Michel el ses anges combattaient contre le dragon, el le dragon avec ses anges comballuient contre lui. > C'est dans le ciel même que la guerre a trouvé son origine; c'est dans ce séjour, alors de douce épreuve, que l'étendard de la révolte a été pour

la première fois arboré contre le plus Icgilime et le plus juste des souverains, Dieu lui-même ; contre le plus sage et le plus doux des gouvernements, le gouvernement de celui de qui découle toute paternité!

Oui, mes chers frères, c'est là, à l'ombre du léger voile qui dérobait temporairement les splendeurs et les richesses de la divinité, que le cri de révolte a été poussé pour la première fois. Aon serviam, je n'obéirai point. C'est là, et pour la première fois, que la guerre a éclaté. De la part de Satan, cette guerre sacrilège a été une injuste et outrageante agression ; mais de la part de Dieu, qui a combattu et défait Lucifer, i)ar le chef de ses milices célestes, cette guerre fut une juste et légitime défense.

On peut remarquer, en passant, que le combat qui eut lieu entre l'archange Michel et le Dragon, ne fut pas seulement un combat de pensées et purement dans l'ordre intellectuel, mais bien un combat réel et personnel ; puisque le Dragon ne fut pas convaincu, mais véritablement chassé du ciel, et précipité sur la terre.

Après cette grande victoire du bien sur le mal, la paix fut rétablie pour toujours dans les régions célestes ; mais la guerre descendit sur la terre. «Et, continue le prophète de la loi évangélique, à qui ces choses furent révéb'îos, le dragon et ses anges f'urenl les plus faibles el depuis ce temps ils ne parurent plus dans le ciel. Et ce grand dragon, cet ancien serpent, qui est appelé le diable et Satan, qui séduit tout le monde, fut précipité en terre et ses anges avec lui. Le dragon irrité contre la femme, c'est-à-dire contre l'Eglise, alla faire la guerre à ses autres enfants, qui gardent les commandements de Dieu, et qui demeurent fermes dans la confession de Jésus-Christ ; c'est-à-dire, aux chrétiens de l'Eglise militante, à nos pères, à nous, à nos descendants. C'est ainsi que la guerre commencée dans le ciel par Lucifer contre Dieu et ses anges, se poursuit sur la terre par le dragon, cet ancien «erpent, contre les enfants de Dieu, contre son Eglise.

KTAT DE I/IIUMANITÉ BLESSÉE DANS LA GUERRE DU MAL, AU MOMENT OU L'ÉGLISE FAIT SON APPARITION DANS CE MONDE.

Constatons maintenant, avant d'aller plus loin, dans quel état de dégradation et d'abrutissement les hommes étaient descendus, au moment où Dieu, dans sa miséricorde, envoya son Eglise leur tendre une main secourable contre le prince du mal. Ce fait de l'abaissement prodigieux de tous les peuples, sous le rapport moral et religieux, se pose devant nous comme une preuve frappante de l' impuissance radicale de la raison humaine, à relever l'homme tombé sous les efforts de Satan, à le désabuser des erreurs de la plus grossière idolâtrie, et à le détourner de la violation des lois les plus sacrées de notre nature. Voyons plutôt... Déjà depuis cinq ou six cents ans, dos nations remarquables par le degré de civilisation matérielle où elles s'étaient élevées, voyaient fleurir dans leur sein des hommes de génie, dont les productions intellectuelles n'ont pas encore cessé de faire l'admiration du monde entier. Los arts et la littérature, l'éloquence et la philosophie, avaient brillé de l'éclat le plus vif, chez les Grecs et les Romains, chez les Egyptiens et les Chaldéens ; et je le demande à cette nombreuse

assemblée, esl-il un seul homme qui puisse dire que la raison humaine n"eut alors chez ces peuples un grand nombre de ses plus illustres représentants. Or ces artistes et ces littérateurs, ces grands orateurs et ces profonds philosophes, si richement doués des dons les plus précieux de l'intelligence, qu'en ont-ils faits ? Où ont-ils conduit ces peuples dont ils étaient naturellement alors les guides ? Ecoutez, s'il vous plait : voici ce que nous en dit un contemporain, un témoin oculaire, l'Apotre St. Paul, dans son Epilre aux Romains : i Ces hommes sont inexcusables, parce qu'ayant connu Dieu, ils ne l'ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces ; mais ils se sont égarés dans leurs vains raisonnements, et leur cœur insensé a été rempli de ténèbres. Ils sont devenus fous en s'attribuant le nom de sages. Ils ont transféré l'honneur qui n'est dû qu'au Dieu incorruptible, à l'image d'un homme corruptible et à des figures d'oiseau, de bêles à quatre pieds et de reptiles.^

Voilà, mes chers frères, oiî en était le genre humain dans sa plus noble représentation, chez les peuples les plus éclairés. Au moment où l'Eglise vient à lui pour le relever de cette profonde dégradation, elle trouve le sage Egyptien prosterné en adoration devant un bœuf stupide, le Grec orgueilleux célébrant avec grand tapage ses bacchanales, adorant sur ses autels un bouc impur, une Vénus impudique. Les fiers Romains, ce peuple qu'on appelait avec complaisance le peuple-roi, olfraient gravement leurs adorations à un Jupiter adultère, à un Mars sanguinaire, à un Mercure voleur. En un mot, chez ces peuples élevés à l'école du rationalisme antique, tout était Dieu, e<rcepté Dieu même. Satan, l'ancien serpent, avait si bien réussi dans sa lutte infernale contre notre pauvre humanité, abandonnée à ses propres lumières, à ses propres forces, qu'il avait fini par la soustraire complètement au règne de Dieu, dont il lui avait fait oublier jusqu'au nom, pour la soumettre à son cruel et déshonorant empire ; car tous ces dieux féroces, vicieux, impurs ou stupides, tous ces animaux plus ou moins immondes, devant lesquels Satan avait appris au genre humain à se prosterner en tremblant ; c'étaient des démons. — Omnes dii gentium dœmonia, dit le prophète.

Voilà ce que la pauvre raison humaine, abandonnée à elle-même, n'avait pu empêcher! L'éloquence et la philosophie de la Grèce et de Rome, bien loin d'y mettre obstacle, n'avaient fait qu'aggraver le mal, ainsi que le constate l'Apôtre St. Paul, quand il nous dit de ces philosophes libres-penseurs, que Dieu, par un juste châtiment, les abandonna à la corruption de leurs cœurs et au plus profond aveuglement de leur esprit, pour avoir mis le mensonge à la place de la vérité, et rendu à la créature l'adoration et le culte souverain qui n'appartiennent qu'au Créateur. Et nous, dans nos courses de missionnaires, permetteznous ici de le dire, nous avons été dans un grand étonnement, de trouver qu'au milieu de leur infidélité, les pauvres sauvages de notre Amérique avaient conservé dos notions bien imparfaites, il est vrai, sur Dieu, sur le monde et sur les lois morales ; mais certainement plus claires que celles dont se vantent ces savants des antiques sociétés du paganisme.

Les savants suivaient 1ns enseignements de la seule raison qui les égaraient, et les sauvages, un reste des traditions primitives qui les éclairaient encore. 0 humanité, où cs-lu descendue? O raison, que ta force est donc impuissante ! Que ne guérissais-tu les nations !

En constatant la dégradation inconcevable où se trouvait l'huma-

nilé, avant l'apparition do l'Egliso sur la terre, j'attire votre attention d'une manière toute spéciale sur ce fait saisissant de l'impuissance radicale de la raison humaine à maintenir l'humanité à la hauteur de sa dignité, et à lacon<luirc dans les voies de la véritable civilisation et du bonheur social. Ce fait, ù lui seul, pour des esprits droits et sans préjugés, est une réfutation péromptoiro do l'une des grandes erreurs do notre temps, le rationalisme, qui voudrait encore une fois soustraire l'homme et la société au contrôle de la Religion et au règne de Dieu.

Or la mission de l'Eglise était de relever l'humanité de la profondeur de toutes les dégrndalions, où elle croupissait en dépit de sa raison, l't de rétablir l'homme dans la justice et la vérité, dans sa dignité d'enfant de Dieu, dans ses droits de roi do la création. Car Dieu avait dit : a Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance; qu'il commande aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux bêtes et à toute la terre. » (Gén. I. 2G.) Mais une pareille restauration ne pouvait se faire sans lutte, et c'est l'ensemble, la suite de ces combats gigantesques que nous allons examiner rapidement à présent.

On sait qu'il importait grandement de bien fixer, de bien constater le point de départ, afin de rendre plus sensibles, dans l'intérêt de la vérité, les progrès immenses que l'Eglise a fait accomplir aux sociétés qui ont ressenti la douce et vivifiante influence des lumières de sa doctrine et de la pureté de sa morale.

En demandant ainsi aux grandes époques du passé de nous expliquer le présent et de nous éclairer sur l'avenir, nous faisons comme le voyageur arrivé, après une longue marche, au sommet de quelque haute montagne. Il s'arrête pour contempler la magnificence et l'étendue du panorama qui se déroule à ses regards avides. Cette vue générale des plaines et des collines qu'il a franchies, lui fournit le meilleur moyen de juger du pays qu'il a parcouru. Les cimes élevées qui se dessinent à grande distance dans l'azur du ciel, lui servent encore de jalons pour bien reconnaître la position où il se trouve et la route qu'il doit suivre, pour arriver heureusement au terme de son voyage.

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