‹ Le Canada et les Zouaves PontificauxChapitre 32 sur 68 · EMPÊCHER L'ÉGLISE D'ÊTRE ÉCOUTÉE · texte numérisé non relu

EMPÊCHER L'ÉGLISE D'ÊTRE ÉCOUTÉE

Les maladies de l'âme ont leurs phases diverses, comme les maladies du corps. On peut donc être libéral à plusieurs degrés. Aux libéraux avancés qui n'ont plus aucun respect pour l'Eglise, leur mère, l'ennemi apprend la liberté de penser dans toute sa plénitude. Pour ceux-ci cela suffit, ils sont des soldats déjà prêts à toute éventualité. Mais pour le grand nombre do ceux qui écoutent encore l'épouse de Jésus-Christ, il faut recourir à une autre tactique. C'est pour eux spécialement, c'est pour les surprendre que le démon se glisse insidieusement dans un ordre de choses en apparence tout-à-fail inolfensif, dans l'ordre politique. Ces hommes, sans défiance du côté du libéralisme, n'osent pas rejeter privément et individuellement l'autorité de l'Eglise, celte pensée-là seule leur fait horreur; le démon les amène pourtant à la rejeter de fait sans qu'ils s'en doutent, en leur faisant, à leur insu, servir ses intérêts, collectivement avec leurs frères dans les affaires de l'Etat. Le gouvernement de la chose publique, d'après la forme des constitutions modernes, regarde tout le monde ; le libéral modéré recueille

souvent, à titre de citoyen, le fruit défendu qu'il n'osait toucher, à titre de simple fidèle, la liberté de se conduire en dehors des enseignements de l'Eglise. Et cette tactique est-elle autre chose qu'une ruse du serpent pour tromper les imprévoyants et les présomptueux, et arriver au môme résultat ? C'est pourtant à l'aide de cet anneau monstrueux que Satan menace d'entraîner une partie des enfants de l'Eglise hors de son sein, et de bouleverser toute la société. Oui, veuillez particulièrement le remarquer, nous l'avons déjà dit en d'autres termes, mes frères, considérer la société comme une chose purement terrestre et sons aucun rapport avec la destinée dos êtres qu'elle renferme, voilà l'erreur fondamentale que l'ennemi s'eiïorce d'inculquer dans les esprits, et c'est le pur libéralisme. De cotte erreur, comme d'une source, découle une multitude d'autres opinions fausses, qui inondent le monde, pervertissent les intelligences, ébranlent Tordre social. C'est de là que viennent les doctrines erronées de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, de la suprématie de l'Etat sur l'Eglise, de la liberté de l'Etat vis-à-vis de l'Evangile, de la liberté d'enseignement indépendamment de l'Eglise, de la liberté des cultes sans égard à la vérité, de la liberté de la pensée et de la parole, de la liberté illimitée de la presse, de la liberté de gouverner sans tenir compte de la lin de l'homme, de la liberté de s'associer sans considération du but, de la légitimité des faits accomplis, le socialisme, le communisme, enfin toutes les libertés que l'homme animal ou terrestre, dont parle St. Paul, peut désirer; libertés dont le bruit remplit l'univers et qui ne sont autres que des liberlés de perdition... Oui, celui qui admet que la société doit être dirigée par le pouvoir civil, sans égard à la vie éternelle destinée à l'homme, est un libéral, dans le sens propre du mot, et, s'il est logique, il doit accepter les libertés funestes que je viens de nommer avec leurs conséquences jusqu'à la dernière. Ce travail ne s'accomplit pas toutefois en un instant dans les intelligences, il demande le temps et les circonstances. Mais il est diverses idées qui ne tardent pas à se fixer dans les esprits prévenus, la doctrine libéraliste, c'est-à-dire, celle qui veut une société pnrement terrestre et sans rapport avec la fin de l'homme ; telles sont les opinions fausses qui prétendent que l'autorité vient du peuple, que l'homme est libre de ses actes en matière politique et que le prêtre n'a pas droit d'intervenir dans cet ordre de choses, etc., etc. De ce moment, il se forme dans l'âme du fidèle, pour ces idées, si agréables à l'orgueil humain, une sorte d'engouement, une opiniâtreté semblable à celle que produit l'hérésie dans Tàme de ses adeptes. La lumière se retire de l'intelligence devant les ténèbres de l'erreur, et s'il n'y a pas au cœur une grande vertu d'obéissance, l'âme chrétienne est désormais soustraite à l'action de l'Eglise. Le catholique n'entend plus la voix de sa mère. Il est aux mains du libéralisme et aux mains de Satan C'est ainsi que s'opère la surdité d'une société chrétienne en matière sociale, que la puissance salutaire de l'Eglise est arrêtée par ces doctrines sj)écieuses et perverses, impediatur salularis illa vis, comme dit le St. Père, et que la catholicité perd le cœur et les bras de ses enfants. Et encore une fois, que devient le règne de Dieu au milieu de cette indépendance de l'orgueil fomenté par l'innocent libéralisme!

Mais qu'y a-t-il donc de vraisemblable dans les doctrines libérales,

pour qu'on s'y laisse prendre si facilement? La société serait-elle

donc une chose purement terrestre, où rien ne doit entraver les passions? Serait-il vrai que le pouvoir civil, qu'on honore tant en ce

monde, ne fût pas là pour aider à conduire les hommes à une fin plus noble que celle des animaux, vivre, boire et manger? O doctrine dégradante du libéralisme, que tu es méprisable ! Comment des enfants de Dieu que tu détournes des cieux et que tu prosternes dans la poussière, peuvent-ils se gloriGer de toi et t'appeler progrès! A quoi peuvent tendre, en oITet, les sociétés qui ne regardent plus au ciel, si ce n'est à se courber vers la terre, à poursuivre exclusivement les faux biens du monde, à se repaitre de sensuelles jouissances? 0 libéraux, qui ne voulez législaler que pour la patrie terrestre, vous oubliez l'avertissement de la sagesse éternelle qui dit : e Vous n'avez point ici-bas de cité permanente, mais vous en cherchez une dans un temps à venir. > L'homme n'est pas seulement un corps, sachez-le donc ; mais il est surtout une âme, une âme immortelle, et c'est à ce titre qu'il mérite principalement vos respects et votre attention.

Maintenant, comment l'Eglise peut-elle être séparée de l'Etat, comme dit le libéralisme ? Les hommes forment l'Etat, et ce sont les hommes que l'Eglise est chargée de conduire à Dieu, et on veut qu'ils soient séparés ! N'est-il pas évident que c'est là une grossière utopie? L'Eglise est l'âme, l'Etat le corps de la société humaine. Ces deux choses, quoique parfaitement distinctes, doivent cependant être parfaitement unies, pour donner la vie aux nations et aux peuples. L'union de l'âme et du corps est une loi primordiale de la nature ; elle s'applique aussi bien à la vie sociale des peuples qu'à la vie naturelle des individus. L'Etat sans religion n'est pas viable ; la séparation dans cet ordre de chose, c'est la mort. Et quel peuple si sauvage, quelle nation si barbare, ont jamais méconnu cette grande vérité : l'ordre religieux est la base de Vordre social ? Les peuples pa'iens, quoique assis dans les ténèbres, l'avaient vue, ils la proclamaient bien haut. Une de leurs célébrités disait : t On bâtirait plutôt une ville en l'air que de fonder un Etat sans religion. • Les révolutionnaires de 93 ont essayé, dans leur égarement, de réaliser celte utopie. Vous savez à quels résultats ils arrivèrent : après avoir renversé l'autel du vrai Dieu, ils ont adoré une idole, et en arrachant le peuple français des bras de l'Eglise, ils l'ont prosterné aux pieds de la déesse raison. Voilà, redisons-le, la leçon qu'ils nous ont donnée.

Mais l'Eglise ne peut-elle pas rester libre dans l'Etat libre? Question insidieuse, erreur fatale dont l'ennemi se plaît à bercer les libéraux qui ne veulent pas faire complètement divorce avec la religion. Qui sera libre quand l'Eglise et l'Etat législateront en sens inverse sur une même matière? et qui cédera? Sera-ce la force ou la vérité? Et quand l'Etat défendra ce que l'Eglise ordonne, et que l'Eglise ordonnera ce que l'Etat défend, que feront les sujets ? Il n'est peut-être rien de plus subversif de tout ordre et de plus anti-social que ces doctrines libérales, en apparence si modestes. Qu'on le remarque bien. Lorsque l'Etat, car il veut désormais enseigner en vertu de la grande liberté d'enseignement, aura appris aux sujets à ne plus écouter l'Eglise, ceux-ci ne trouveront plus rien dans leur conscience qui les oblige d'obéir à l'Etat. Du même coup, les sujets s'affranchiront des deux autorités protectrices de l'ordre et no reconnaîtront plus d'autres maîtres que leurs passions. Voilà pourquoi il faut aujourd'hui des millions de soldats et des milliers de canons, dans les contrées où l'on débite depuis longtemps ces belles doctrines.

Le peuple, cependant, n'est-il pas vraiment souverain, selon la formule sacramentelle du libéralisme, et le pouvoir n'a-t-il pas en lui sa

source? La foi nous enseigne absolument le contraire, en nous disant

aue l'autorité vient de Dieu : Omnis poleslas a Deo. Indépendamment e cette parole sacrée, aux yeux de la simple raison, cette doctrine est pleine d'absurdités. Un homme ne peut être appelé à ordonner et à obéir en môme temps Le cœur humain étant ce qu'il est, quand la chose serait possible, elle ne serait pas praticable. D'ailleurs, si celui qui doit être gouverné commande, où sera l'obéissance ? Une seule chose s'explique raisonnablement dans cette formule subversive, c'est l'ambition de ceux qui la proclament. Oui, l'ambitieux seul peut dire avec un certain sens au peuple de commander et d'obéir à la fois, de commander, pour l'élever; et d'obéir, pour le servir. Jamais néanmoins le caractère monstrueux de la révolution n'apparaît mieux que dans ces projets étranges où le laïque est assis dans la chaire de Moïse, le sujet au timon de l'Etat, le Pontife et le Prince debout dans la foule, et où l'on veut obliger la société de marcher la tète en bas.

Mais arrêtons-nous, c'en est assez sur ces doctrines. Qui ne voit combien elles sont folles, absurdes, contradictoires, on même temps que pernicieuses ! Non-seulement elles font le danger des états, mais la honte de la raison. C'est pourtant à l'aide de ces erreurs et d'autres semblables que le libéi*alisme s'efforce de paralyser l'action bienfaisante de l'Eglise sur la société. Que de libéraux cesseraient de l'être s'ils réfléchissaient !

Revenons à la seconde et dernière période de la lutte actuelle, caractérisée par cette parole du St. Père, i</ amoveatiir, faire disparaître la puissance salutaire de l'Eglise.

Ce n'est pas assez pour le libéralisme d'empêcher l'Eglise d'être entendue d'une multilude de ses enfants ; un trop grand nombre l'écoutent encore, et gênent le triomphe d'une civilisation sans Dieu ; il faut lui fermer la bouche, et si elle ne se tait pas, la faire disparaître d'ici-bas, tel est le suprême cUbrt du combat présent.

Nous voyons ici que le libéralisme change de rôle ; de pacifique il devient agresseur. En peut-il être autrement, puisque l'ancien serpent, qui en est l'auteur et le directeur, ne cesse de faire la guerre à Dieu ? Satan ne sème dans le champ que pour récolter. Le libéralisme donc ne revendiciue tant de libertés que pour enlever celle de l'Eglise, il ne prend de si larges coudées que pour mieux l'ctreindre et récraser. Voyez cependant la prudence du serpent dans la lutte. Tant que le nombre de ses adeptes est peu considérable dans un élat, il s'avance doucement et sans bruit, '"omnie nous l'avons dit ; il n'attaque pas ; il se contente d'insinuer ses idées, c'est l'époque de Vimpedialur ; se croit-il sûr de la force publique, alors il dresse sa tète hideuse, il bave, il siffle la charge et se précipite sur sa victime, c'est l'époque de Vamovealur.

L'attaque a ici deux caractères principaux : ôter à l'Eglise ses moyens moraux et ses moyens matériels d'existence, c'est par là que l'ennemi espère l'étendre sans vie sur le carreau. Nous allons le voir.

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