INTRODUCTION
constance pour exprimer les sentiments qui les animaient à l'égard du Saint Siége, et ils le firent avec un éclat dont le souvenir est encore vivant partout, mais surtout dans la grande ville catholique de Montréal.
Nous ne dirons rien du Denier de St. Pierre, œuvre nouvelle dans le pays, et qui, cependant, aussitôt qu’elle eût été recommandée par les Evêques, devint populaire et prit des proportions qui ont valu au peuple canadien la reconnaissance honorable du St. Père.
C’est ainsi que le Canada, par l’expression de ses sentiments de dévouement au Saint Siége, par l’holocauste de ses prières, par le sacrifice de son argent, s’est préparé à faire un autre sacrifice, le sacrifice du sang, et nos yeux viennent d’en être les heureux témoins. Remercions Dieu de nous avoir permis de vivre pour voir ce spectacle ; car l'événement qui vient de s’accomplir parmi nous sera ün des souvenirs les plus beaux de notre vie ; il sera un des faits importants de l’histoire de notre pays, dont nous aimerons à parler lorsque les années se seront accumulées sur nos ‘‘tes. Ce départ de 250 jeunes gens, dont plusieurs apps-tiennent à des familles riches et pouvaient espérer dans leur patrie les jouissances de la fortune et de la considération, s’en allant volontairement, combattre à dixhuit cents lieues de leur pays. les combats de la vérité et de Ja justice, sans aucun intérêt personnel, sans aucune espérance de gain, ne peut être attribué qu’au plus pur dévouement religieux.
On ne saurait parler de cet événement sans réveiller le souvenir des croisades, auquel il ressemble par plus d’un trait. Tous l’ont considéré de cette manière, et les journaux protestants même ne s’y sont pas trompés. L'un d'eux, pour décrire l’enthousiasme qui règnait à Montréal au premier départ de nos nouveaux croisés, n’a pas cru pouvoir mieux faire que d'emprunter les vers d’un ancien poëte racontant le retour d’une de ces troupes héroïques du Moyen-Age. Ce point de vue est juste, il définit bien la nature du mouvement qui vient de s’opérer dans le Bas-Canada. Ce mouvement, en effet, est la plus forte démonstration de foi religieuse que notre pays ait donnée, de même que les croisades furent, au Moyen-Age, la plus célèbre manifestation de la foi et de la piété de l'Europe.
C’est ce mouvement dont on a bien voulu nous charger de raconter l’origine, les développements et la conclusion glorieuse, qui va faire le sujet de cet ouvrage.