LA DÉMONSTRATION A L'ÉGLISE NOTRE-DAME
Nous sommes enfin arrivés au moment de décrire cette brillante démonstration, dont le souvenir vivra éternellement dans la mémoire de ceux qui en ont été témoins ; fête qui occupera la première place parmi toutes celles que Montréal a vues Los sonenceinte. Jamais, en effet, objet semblable n’avait réuni la population catholique de cette grande cité, jamais enthousiasme pareil ne s'était emparé des quinze à dix-huit mille pesonnes présentes à cette démonstration grandiose.
Quelques uns ont peut-être douté, dans le commencement, de la popularité du mouvement des Zouaves Pontificaux en Canada; mais à la vue de l’empressement avec lequel la foule des villes et des campagnes s’est portée à Montréal, afin d'assister aux fêtes préparées à l’occasion du départ des nouveaux croisés ; à la vue du zèle et de la bonne volonté avec lesquels tous. citoyens, familles. institutions, musiciens, chantres, compagnies de chemin de fer, autorités, etc., se sont mis à contribution pour favoriser l’organisation de l’œuvre et assurer son succès; en présence d’un sentiment aussi unanime, la plus légère hésitation n’est pas possible en affirmant qu’une même pensée bienveillante, une union admirable, a animé le peuple cana-. dien tout entier à l'égard des Zouaves Pontificaux. On verra particulièrement briller l’étonnante popularité dont a joui cette œuvre, dans la démonstration à l’église de Notre-Dame.
Cette fête qui avait été proposée au Comité par M. A. J. Boucher, fut décidée dès le 10 janvier, et un comité com. posé de MM. E. Lef. de Bellefeuille, A. J. Boucher, F. X. A. Trudel, et Alphonse Desjardins, fut chargé de l’organiser. Ce comité procéda sans délai à préparer les différents détails de la démonstration. M. le curé de Notre-Dame, dont nous ne saurions trop louer la générosité et la comat voulut bien charger lui-même les Dames de Re dt de Montréal de surveiller les décorations de l’église. Ces bonnes religieuses, sous la direction de la Révérende Sœur Youville, y travaillèrent pendant près de trois semaines avec un zèle, un dévouement et une habilité admirables. Elles étaient si heureuses de contribuer de cette manière à l'œuvre des Zouaves, défenseurs
de l'Eglise ! Du reste, tout le monde a admiré ces décorations, le bon goût qui avait présidé à leur exécution, et l’idée religieuse qui les animait dans toutes leurs parties.
L’autel avait été élevé de plusieurs pieds, de manière à le mettre presqu'au niveau de la première galerie. A cette hauteur, chargé de jets de gaz et de lampes de couleur, l'autel était éblouissant. Au-dessus de la statue de la Ste. Vierge, on lisait ces mots en lettres brillantes : « Vive P1E IX !». Plus haut, était une couronne du Prince de Galles, avec les plumes emblématiques, représentées en traits de feu. Tout le long des stalles du chœur couraïent des jets de gaz, s’élevant de chaque côté de l'autel en deux clochetons élancés, et se terminant, à une élévation de près de cinquante pieds, par des feux représentant les armes du Pape avec la tiare et les clefs. Au-dessus du centre du chœur était suspendue une couronne royale en verdure, ornée de fleurs et d’or, de laquelle pendaient pus banderolles blanches mélées de feuillages de sapin.
elevées au milieu de leur course, elles allaient se rattacher gracieusement aux galeries supérieures du chœur. Auprès de l'autel était suspendue cette sentence en lettres d'or: « CHRISTUM REGEM ADOREMUS DOMINANTEM GENTIBUS. »
Au centre de la nef, à l’endroit où se croisent les deux allées, on avait élevé un majestueux trophée, en forme dep tout chargé de verdures, de drapeaux, d’ori-
ammes, et du sommet duquel tombaient deux banderolles, sur lesquelles étaient écrits ces mots : «AMOUR, FIDÉLITÉ, DÉVOUEMENT. GÉNÉROSITÉ. »
Au haut du trophée. à la place d’houneur, et dans l’endroit le plus proéminent, était fixé le drapeau des Zouaves, dont les vives couleurs brillaient sous l'éclat des milliers de lumières qui l’entouraient. A ses pieds, on lisait encore cette sentence : «Vive P1E IX ! » Ce drapeau était peut-être le plus petit de tous ceux qui ornaient la yramide, cependant il attirait tous les regards, et semblait de beaucoup le plus important. Au-dessus du trophée, était suspendue à la voûte une couronne royale de laquelle pendaient quatre immenses banderolles de couleurs blanche, rouge et bleu entremêlées. Dans la moitié de leur longueur, elles se relevaient élégamment, et allaient finir à quatre des gros piliers du temple, à la hauteur des secondes galeries. Les bannières et les drapeaux des Sociétés religieuses et industrielles, suspendus à chaque colonne tont autour de l’église, les fleurs, les ori-
flammes, les verdures, gracieusement disposées sur l’autel au milieu des flots de lumière, complétaient l’ornementation, et donnaient vraiment à l'immense basilique un aspect de fête.
Un triple rang de chaises avait été placé devant les balustres ; les Zouaves devaient s’y asseoir, ayant au milieu d'eux le Président et le Vice Président du Comité Canadien des Zouaves Pontificaux, MM. Olivier Berthelet et Louis Beaudry, et le Président de l’Association St. Jean- Baptiste, M. C. A. Leblanc, qui comptait, dans les rangs de ces nouveaux défenseurs de la papauté, un fils et un neveu. (1)
D'un bout à l’autre de la grande allée était disposé un double rang de bancs pour l’usage des membres de l'Association St. Jean-Baptiste, et des Présidents et Vice- Présidents des Sociétés religieuses, industrielles, littéraires et autres,qui avaient été invités à assister à la démonstra. tion. Ces bancs étaient placés de manière à laisser entre eux un passage libre par lequel le clergé devait défiler.
Pendant toute la journée du mercredi, on travailla à
lacer les dernières décorations. C’est le lieu de dire que es diverses Sociétés de Montréal et les Frères des Ecoles Chrétiennes, ont mis généreusement à la disposition du Comité les drapeaux et les bannières qu’ils possèdent, et ils ont ainsi contribué efficacement à la beauté et à la richesse des décors. Une foule considérable ne cessa pendant tout le jour de visiter l’église. A 44 h., les agents des différentes compagnies d'assurance, intéressées dans l’église de Notre-Dame, vinrent la visiter, et on fit devant eux l'essai des lumières qui devaient étre allumées dans la soirée, afin de constater qu'aucun danger d’incendie ne pourrait venir changer une si belle fête en une catastrophe terrible. Ces messieurs furent satisfaits des dispositions et des mesures de prudence prises par le Comité.
À 5 h., on fit vider l’église et les portes en furent fermées. Une foule considérable stationnait déjà au dehors, impatiente de s'emparer de places pour la soirée. A 6h. l'église fut ouverte au public, et depuis ce moment les douze portes de l'immense basilique ne cessèrent, jusqu’après huit heures, de laisser couler un torrent de peuple
en se pagnons.
munié le matin méme. Le rm à un service solennel a été chanté pour le repos de son âme, dans la chape A
ui semblait ne devoir jamais tarir. Bientôt tous les bancs
urent remplis, toutes les places furent prises, les allées elles-mêmes furent encombrées, et en peu de temps la circulation, exceptée dans la grande allée qui avait été conservée libre, devint complètement impossible. C’est avec la plus grande difficulté même que le clergé, lorsqu'il sortit de la porte du Séminaire, put se frayer un pas: .ge jusqu’au chœur. Nous ne pensons pas exagérer les chiffres en disant qu’au moins 15,000 personnes se pressaient dans l’église de Notre Dame. (1)
Avant l’ouverture des portes de l’église, à 6 h.. seize Zouaves avaient été placés, deux par deux, aux différentes issues du temple, pour recueillir l’offrande que chaque personne était PR A à faire en entrant: $763 furent le résultat de la générosité spontanée des citoyens.
Le rendez-vous des Zouaves pour la démonstration avait été fixé à l’Institut-Canadien-Français (Comme nous l'avons déjà dit, quatre-vingt-huit Zouaves étaient arrivés à la ville le samedi, 15 février; d’autres arrivèrent le dimanche et le lundi, et quelques-uns enfin le mardi. A part un petit nombre, tous avaient eu le temps de se présenter devant le Comité et de recevoir leurs costumes ; aussi, bien peu manquaient au rendez-vous à l’Institut Canadien-Français le mardi soir. Le corps de musique des Chasseurs Canadiens s’était aussi rendu au même endroit, ainsi que les officiers de l'Association St. Jean-Baptiste, les Présidents et les Vice-Présidents des Sociétés de bienfaisance et littéraires. A 7 h., tous su formèrent en procession pour se rendre solennellement à l’église, la musique ouvrant la marche, suivis immédiatement des Zouaves, en tête desquels marchait le capitaine Taillefer.
Aux premiers accents de la musique, lorsque la procession arriva au péristyle du temple, la grande porte de l’église fut ouverte à deux battants, et toute l’assistance se leva respectueusement. Les Zouaves, précédés de la musique, qui jouait les Refrains d'Italie, entrèrent par quatre, se rendirent au pas militaire jusqu'aux marches du chœur, et se séparèrent en deux rangs, de manière à former une double haie, entre laquelle le clergé, arrivant par la porte latérale du côté de l’Épitre, passa pour se rendre au chœur. C’est à ce moment que commença l'exécution du pro-
(1) Il peut être utile de remarquer ici, pour que nos lecteurs européens puissent comprendre comment il semble possible à l’église Notre-Dame de contenir 15, rsonnes, qu’un double rang de galeries, de chaque côté de l'immense basilique, augmentent de beaucoup l’espace jivré au peuple.
gramme, par la Grande Marche du Sacre, tirée du Prophète.
L’orchestre et le chœur, organisés pour cette circonstance, se composaient d’un grand nombre d'amateurs et de la plupart des professeurs de musique de la ville, (1)
PA. Liste Simon des amateurs, instrumentistes et chantres ‘qui la grande Démonstration.