AUX ZOUAVES CANADIENS
Salut, honneur, à la troupe de braves Qui des saints lieux va garder le rempart !
Salut, triomphe et rer aux courageux zouaves Dont nos cœurs palpitants célèbrent le départ ! Le départ ! mais... c’est déjà la victoire !
Car, pour y parvenir, à ce terrible jour, N'avez-vous pas, cueillant ici la gloire, Fils pieux, triomphé du maternel amour ?
Douce comme une lyre, Dans les fibres de vos cœurs Sa voix glissait en pleurs :
Tel le tendre zéphyre Dans le chêne plein de vigueur A l’Aurore soupire Des accents de douleur :
« Hélas ! vous disait-elle, et qu'a donc fait ta mère, Enfant, pour l’abreuver de cette coupe amère ?
Que te manquait-il donc, mon fils, auprès de nous, Pour t'en aller ailleurs chercher un sort plus doux ? Assis, parmi les tiens, au foyer domestique, N'’avais-tu pas assez de ce trésor antique
De foi, d'honneur, d'orgueil et de simplicité,
Et de noble énergie, et de franche gaiété,
Et de tant de vertus, trésors héréditaires,
Transmis, avec le sang, à lerrs fils par nos pères ?
« Ce fleuve, ces forêts, cet air pur, ce beau ciel : Veuxtu les échanger pour un plus chaud soleil ? Parle, que te faut-il ? Ebloui par la gloire,
As-tu soif de combats, as-tu soif de victoire ? Mon fils, attends un peu, bientôt peut-être, hélas ! Ton pays pour lui-même invoquera ton bras.
Jusque-là, cher enfant, reste En de ta mère; Ferme l'œil et l'oreille à la plage étrangère.
Ah ! toi qui, dès l'enfance, aux soins accoutumé, Près de nous assidus, sous ce toit embaumé, Dans la joe as coulé des heures fortunées, Pourras’a supporter de si lourdes journées ?
A la due consigne être toujours soumis,
Sans cesse redouter de traitres ennemis ?
Après avoir, le jour, manié la carabine,
Passer la nuit à l'air, au pied d’une colline, Sans avoir d'oreiller que l’humide gazon,
Ni, contre les gros temps, d'abri que l'horizon ; Enfin, le jour, la nuit, n'avoir repos ni trève,
Ni d’autre point d'arrêt que le tranchant du glaive: Enfant si délicat, pour ce sublime effort,
Penses-tu, réponds-moi, mon fils, être assez fort ?...»
« Mère, regarde-moi, lis dans mes yeux, écoute : Un seul mot va suflire à dissiper ton doute :
Je suis fils des Croisés; ce y Dieu, pour la foi, Jadis a fait par eux, mère, il le peut par moi!»
« Viens m’embrasser, mon fils, et pardon..e à la mère D'’avoir osé tenter une vertu si fière,
Pardonne, j'ai voulu que, dans la noble ardeur,
De ton hardi projet tu saches la hauteur.
Maintenant, à mon fils, à la voix qui t’appelle, Puisqu’en brave, en héros, tu veux être fidèle, Puisque, loin de les fuir, tu cherches les labeurs,
Va, pars, et ton retour viendra sécher mes pleurs. »
Je n’ai fait qu’affaiblir, en les rendant publiques, Les sublimes beautés de scènes domestiques ; Mais pour vous, pour vous tous, braves qui nous quittez, Cette mère, elle existe, elle est à vos côtés: Cette mère, messieurs, soldats ! c’est la patrie, Qui, d’abord triste et froide, aujourd'hui vous convie, L’'Etendard à la main, d'aller lui faire honneur, Et commence à mêler sa joie à sa douleur, *
Mais, si plus d'une mère, en son deuil magnanime, De la patrie en pleurs ôffre un type sublime, Plus d'un père, souvent, n’a dit que quelques mots, Du cœur d’un grand prélat énergiques échos :
« Va, pars, si Dieu l'appelle, Ah! si j'avais ton âge, Nu1 ne me ravirait ton glorieux partage.
Pour son pays, mon fils, il est beau de mourir; Pour la cause de Dieu plus beau d'être martyr ! Quand notre père à tous, jette un cri par le monde, Ne faut-il pas qu’au moins chaque foyer réponde? Réponds pour nous, mon fils, réponds ! et, fier chrétien, Va dire au monde entier ce qu'est un Canadien. »
Partez donc, amis, partez !
A l'ombre de vos lauriers Grandiront vos jeunes frères :
Et, quand vous reviendrez, Tous vous nous trouverez Dignes de vous et dignes de vos pères.
L’auditoire était encore sous l’émotion, et une dernière salve d'applaudissements venait de couronner ces beaux vers, lorsqu'un jeune enfant s’avance et remet entre les mains de Monseigneur un petit paquet: le vénérable prélat l’ouvre, et, de ce sourire qu’on lui connait, il impose silence, et lit lui-même à haute voix:
Trop jeunes pour compter dans les rangs des Zouaves, Agréez, Monseigneur, qu’en faveur de ces braves,
Un léger sacrifice en nos menus plaisirs,
De votre noble cœur exauce les désirs.
Et le joli quatrain était accompagné d’un billet de vingtcinq piastres. (C'était la souscription de la classe de versification qui, après avoir contribué à la première offrande, he voulu en faire une seconde pour son compte particuier.
La plupart de nos Zouaves sont des jeunes gens lettrés, et il leur restait quelques instants; nous ne sommes donc pas étonnés de trouver dans nos matériaux, quelle que soit la main qui l’ait ainsi signée, cette gracieuse réponse :
Merci, gentils enfants, merci!
Que Dieu, mes fils, vous récompense ; Qu'il vous donne, en retour, science, Gaiété, candeur, et la valeur aussi !
Qu'il ceigne, en juin, vos blonds cheveux, De couronnes au front légères ;
Que, vainqueurs, aux yeux de vos mères Vous paraissiez fiers et joyeux.
Qu'il vous donne, en tout de grandir:
En taille, en grâce, en prouesse ;
Et, pour la patrie en détresse,
Un jour aussi sachez mourir !