PREMIERE LUTTE DE L'ÉGLISE.—LE PAGANISME
La première et la plus terrible des luttes que l'Eglise ait jamais eu à soutenir fut, sans contredit, celle qui se livra autour de son berceau. Il s’agissait pour l’Eglise de proclamer en face du polythéisme ou de l’idolâtrie, le dogme fondamental de l’unilé d’un Dieu créaleur el conserpr 16 de toules choses. Elle l’avait ainsi formulée en tête de son Credo :
Je crois en Dieu le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre,
S’il y a une vérité qui s'impose à notre intelligence avec toute l'évidence du soleil en plein ii, c'est assurément celle de l’unité de Dieu. Mais ce dogme fondaraental renversait de fond en comble tout le système du polythéisme Lien, et faisait crouler sur leur base même tous ces dieux de métal, de pierre et de bois ; il faisait descendre des autels et renvoyait à la pâture tous ces animaux plus ou moins stupides, cruels ou immcndes, devant lesquels Satan avait prosterné le genre humain, Et, honte à la nature humaine ! les nations frémirent à cette
nouvelle, elles formèrent des complots insensés contre le Seigneur qui
voulait, dans son infinie miséricorde, les arracher à cette épouvantable
tyrannie. Voilà, mes frères, voilà qui nous paraît incroyable à nous,
à nous enfants heureux de l'Eglise, qui avons appris, sur les genoux
: nos bonnes et pieuses mères, cette vérité primordiale de l’unité de ieu.
Mais l'ancien serpent l’avait compris. L'établissément du royaume de Dieu sur la terre, c'était la ruine de son tyranmque empire. L'Eglise, à son début, ne lui apparaissant que commeun faible enfant dans son berceau, il crut que la force brutale était le moyen le plus sûr de s’en défaire. Il entreprit de l’étouffer, de la noyer dans son sang. Et voilà la persécution qui s'organise et la bataille qui s'engage. Il lance contre l'Eglise le plus puissant despotisme qui ait jamais fait gémir l'humanité sous un joug de fer. Les édits sanguinaires succèdent aux'"édits, la chasse aux lions fait place à la chasse aux chrétiens ; la persécution poursuit, elle atteint les infortunés chrétiens jusqu’anx extrémités du monde, Dans ces heureux lemps de l'omnipolence humaine, plus de place à la lumière du soleil pour les adorateurs du vrai Dieu: il leur faut quitter leurs demeures, abandonner la société de leurs frères, pour aller demander un asile aux sépulcres et aux ténèbres des Catacombes. C’est là que nos pères dans la foi purent trouver un refuge et se dérober au fer de leurs persécuteurs. Là, à la lumière tremblante de quelques flambeaux, ils vont offrir la Victime adorable qui doit bientôt arracher le monde à cette épouvantable tyrannie. Dans les théâtres, sur les places publiques, dans les cirques, partout des lions, partout des bù-, chers, partout des bourreaux ; le sang chrétien coule à grands flots. Mais, Ô prodige étonnant! ce sang devient une semence féconde de nouveaux chrétiens! plus on persécute les disciples du Christ, plus on les torture, plus ils se multiplient ! La mort perd pour eux ses horreurs, elle leur semble même avoir des charmes irrésistibles. Le ciel les encourage ; la nature, l’enfer même obéit à leur voix. Au nom du Dieu du Calvaire, à l'approche des chrétiens, les idoles tombent dans la poussière, les démons prennent la fuite; les lions adoucis s’approchent timidement des martyrs, le feu change en rosée ses ardeurs. De tendres enfants, par leur courage surnaturel en présence des tourments, font trembler les juges et les préfets sur leurs siéges ; et les puissants empereurs eux-mêmes en sont épouvantés. « Il est grand le Dieu des chrétiens, » dit l’un. « Tu as vaincu Galiléen, » dit l’autre. Enfin, après une lutte et une boucherie de trois siècles, la victoire la plus complète demeure à l'Eglise. Le colosse romain, gorgé de sang, n’en peut plus ; il s’affaisse sur lui-même et s'abat. Les chrétiens remplissent maintenant l’empire; les Papes sortent enfin des Catacombes et la croix domine la couronne du prince. Les idoles et tous les dieux des nations ont disparu au souffle puissant du christianisme, comme le nuage chargé de foudre devant l’aquilon, pour laisser le soleil répandre à flots, sans obstacles, sur la nature réjouie, les rayons vivifiants de sa lumière et de sa chaleur. C’est ainsi que l'humanité régénérée par l'Eglise n’a cessé depuis lors de chanter avec bonheur dans ses st ‘ennités et de répéter au sein de la famille: :
Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre.
Ici, rappelons-le, mes frères, l’enseignement de cette vérité a coûté à l'Eglise son premier sang, le sang de ses plus illustres enfants, le sang de plus de douze millions de martyrs, de tout âge, de tout sexe,
de tout rang, et de la plupart des Souverains Pontifes qui l’ont gouvernée pendant la sanglante période de ces trois siècles. Rappelons aussi l’enseignement social important qui ressort de ce que nous avons déjà dit; c'est que l'Eglise. en présence d'un pouvoir légitimement constitué, mais qui se fait persécuteur, ne fait généralement la guerre qu'en lui opposant une résistance passive. C’est la grande leçon du respect dû à l'autorité, qu’elle n’a cessé de donner à l’univers pendant toute cette longue et douloureuse période. Jamais elle n’a fait appel à la révolte qu'elle condamne absolument ; toujours elle a prêché à ses enfants le respect, la soumission aux personnes revêlues de l’autorité, Dr. So selon les paroles du grand Apôtre, qu'ils sont les ministres e flieu.