DEUXIÈME LUTTE DE L'ÉGLILE.—L'ARIANISME
Le prophète royal avait annoncé que les méchants feraient la guerre au Seigneur ; c'est ce que nous venons de voir, et qu'ils la feraient aussi à son Christ, c’est ce que nous allons présentement examiner.
Pour accomplir la grande restauration du règne de Dieu sur la terre, l'Eglise devait, avec Le dogme de l'unité de Dieu, affirmer et établir dans les âmes /e dogme de la filiation divine du Christ et de la maternité de la bienheureuse Vierge Marie. C'était le second et le troisième article de son symbole :
Je crois en Jésus-Christ son Fils unique Notre-Seigneur, qui a été conçu du St. Esprit, est né de la Vierge Marie.
Satan, vaincu et humilié dans la guerre sacrilège et atroce qu'il venait de faire au Seigneur, jura dans sa haine infernale de s’en venger contre son Christ. L'expérience venait de lui apprendre que la violence était impuissante à renverser et même à ralentir le développement de l'Eglise. Il se persuada sans peine qu’il fallait, dans cette seconde guerre, changer de tactique et reprendre son ancien rôle de serpent, c'est-à-dire attaquer et combattre par la ruse, l'hypocrisie et la plus insigne mauvaise foi. 11 porta donc sournoisement la guerre au sein même de l’Eglise et sur le terrain du raisonnement. Le peuple grec, remarquable entre tous par le nombre de ses sophistes, lui parait être le mieux qualifié pour le seconder dans son projet impie.
Arius, prêtre orgueilleux d'Alexandrie, sous l'impulsion du souflle haineux de l'ancien serpent, se leva et osa audacieusement proférer ce blasphème : «Jésus-Christ n’est pas Dieu.» Un peu plus tard, Nestorius, également impie et esclave du même orgueil, répéta la même erreur en termes un peu plus détournés, et dit: «La Vierge Marie, mère de Jésus-Christ, n’est pas la mère de Dieu.» Comme on le voit, la guerre est déclarée au Christ, vrai Fils du Dieu vivant. Ilest attaqué dans sa personne humano-divine ou théandrique.
Mais le Seigneur ne tarda pas à susciter de nouveaux défenseurs à son Eglise, pour la gloire de son Christ. Au témoignage du sang succède le témoignage de la science et de l'intelligence, et l’é e des martyrs fut suivie de l’époque des grands docteurs de l'Eglise, dont les immoricis écrits sont encore là comme des phares brillants qui éclairent les générations. Toutes les ruses et l’astuce de l’ancien serpent
furent déjouées, ses plis et ses replis ne purent dérober sa tête à la puissante massue des Pères de l'Eglise. Cette tête fut écrasée, et la filiation divine de N. S. Jésus-Christ fut solennellement proclamée dans le Concile de Nicée. Le Concile la définit par ces paroles : Je le crois Dieu de Dieu ; lumière de lumière ; vrai Dieu de vrai Dieu! Le Concile d’Ephèse vengea de même devant l'univers la maternité divine de Marie toujours Vierge. Le monde catholique s'était ému des blasphèmes d’Arius et de Nestorius; aussi reçut-il avec enthousiasme la décision du Concile. Ces paroles des Pères: « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous,» accueillies avec amour, se sont trouvées depuis sur toutes les bouches et dans tous les cœurs catholiques.
Satan, démasqué et honteusement vaincu sur ce nouveau terrain, furieux comme un lion blessé que la colère emporte, eut encore recours à la force brutale et à la persécution contre l’Église; le sang chrétien coula de nouveau en plusieurs endroits. Mais ce nouveau témoignage du sang ne fit que donner plus d'éclat au triomphe de l'Eglise, qui n'a cessé depuis lors de proclamer chaque jour à la face du ciel et de la terre la divinilé du Christ son fondateur, et la maternilé divine de sa sainte Mère.
Je crois en Jésus< Christ son Fils unique Notre-Seigneur, qui a été conçu du St. Esprit, est né de la Vierge Marie.
COMMENT SONT CHATIÉES LES NATIONS PRÉVARICATRICES.
Arrêtons-nous un instant pour cueillir un autre enseignement précieux; voyons comment Dieu châtie les nations persécutrices et rebelles. Le peuple romain, dont la loi suprême était la force, avait voulu étouffer l'Eglise dans son berc23 et noyer les chrétiens dans leur sang. Mais Dieu sait punir par «: 1'on a péché. Dans sa justice inexorable, le Seigneur ouvre les por::. du septentrion, il lance sur le colossal empire les peuples innombrabies de la barbarie du nord, avec la mission de porter partout le fer et le teu, ie ravage et la mort. Ces barbares frappent en effet à coups redoublés ; ils brisent comme un vase d’argile cette gigantesque monarchie qui écrasait le monde sous son joug de fer. C’est ce que le royal prophète avait prédit: Et taned ag figuii confringes eos. «Et tu les briseras comme un vase
’argile. »
Le Grec orgueilleux, lui, n’avait pas voulu soumettre sa faible raison à l’autorité de la foi; les pâles lueurs de sa philosophie nuageuse, à la lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde. Pour le punir, Dieu le soumet au terrible régime du cimeterre des Mahométans. Ceux-ci n’avaient dans toute leur philosophie que ce syllogisme brutal: « Dieu est Dieu el Mahomet esl son prophèle ; crois ou meurs.» Et depuis des siècles la nation orgueilleuse et raisonneuse par excellence, se traine profondément humiliée sous le joug abrutissant de l’islamisme. C’est aussi ce que le même prophète avait annoncé : Reges eos in virga ferea. «Tu les gouverneras avec un sceptre de fer.» Cette verge de fer ressemble assez au cimeterre des Califes ; on ne s’y méprendra pas.
Grande et terrible leçon pour les peuples rebelles à l’autorité de l'Eglise de Jésus-Christ et persécuteurs de ses enfants.
TROISIÈME LUTTE DE L'ÉGLISE.—LE MAHOMÉTISME QUI VEUT RAVIR L'HÉRITAGE DE JESUS-CHRIET,
Poslula a me et dabo tibi gentes hæœredilatam tuam. (Ps. 2-8). « Demande-moi et je te donnerai les nations en héritage.» Voilà la promesse que le Père Eternel avait faite à son fils, Rédempteur du gerre humain. L’Apôtre St Paul nous apprend que la prière qui monta au ciel à cet effet, fut la voix puissante du sang, par lequel il a fait l’acquisition légitime de son Eglise. Ecclesiam quam acquisivit sanguine suo. (Act. Ap. 20-23). Ce titre est incontestable. Les nations, arrachées à la tyrannie de Satan et des hommes, appartiennent de plein droit à Jesus-Christ, qui les a acquises au prix du plus grand sacrifice possible ici-bas, celui du sang et de la vie. Delens quod adversus nos erat chirographum decreli, quod eral contrarium nobis, el ipsum tulit de medio, affligens illud cruci. «Ayant effacé la cédule qui nous était contraire, il a entièrement aboli le décret de notre condamnation, en l’attachant à sa croix.» (Coioss. 2-14). Aussi l'Eglise at-elle consigné ce titre à l’héritage des nations dans son symbole, par les articles qui ruppellent la rédemption, le rachat du monde, et les droits glorieux du Sauveur, de siéger comme juge souverain des vivants et des morts.
Qui a souffert sous Ponce-Pilate, a été crucifié, est mort, a été enseveli, est descendu aux enfers. Le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu, d’où il viendra juger les vivants et les morts.
Satan, honteusement défait dans les deux grandes batailles qu'il venait de livrer contre le Seigneur et son Christ, osa faire encore une tentative désespérée. Puisque je n’ai pu, s'est-il dit, dans sa fureur, puisque je n’ai pu empêcher la filiation divine du Christ d’être solennellement reconnue, au moins je veux porter le ravage et la désolation dans son héritage; je le lui ravirai. C’est ainsi, c’est dans ces dispositions, que nous le montre le prophète de l'ile de Pathmos, quand il nous révèle la fureur du Dragon qui est irrilé, qui séduit lout le monde, qui va faire la guerre aux enfants de la femme, c’est-à-dire de l'Eglise. Or cet héritage du Christ, que l’enfer voulait lui ravir, c'était la chrétienté toute entière, c'étaient ces nations barbares elles-mêmes dont le Seigneur avait voulu se servir pour briser, comme un vase d'argile, l'empire païen de Rome.
Après avoir accompli L'œuvre de destruction et de justice qui était l’objet de leur mission, ces nombreux enfants de læ barbarie se trouvèrent en présence de l’Eglise, qui les adopta comme une bonne mère, et se chargea de faire leur éducation chrétienne et sociale. Et pendant que ces nations se régénéraient, qu’une nouvelle humanité, pour ainsi parler, se formait, que le grand empire chrétien se développait, marchant d’un pas assuré dans la voie du véritable progrès, Satan rôdait dans les déserts de l’Arabie, et y jetait les fondements d’un empire impie qu'il devait bientôt lancer en gros bataillons, contre lhérisage du Christ. Mahomet fut son homme et le chef de ses escadrons. Mahomet, du reste, avait tout le fanatisme, toute la ruse et l’astuce qu'il fallait au lieutenant de Lucifer, le véritable chef de cet empire
anti-chrétien; aussi sa sauvagerie saura-t-elle égaler la fureur de celui qui l'inspire. Voici donc venir une nouvelle lutte plus épouvantable encore que tout ce qui s'était vu jusqu'alors; elle s’engagea sur un terrain brûlant et qui demandait du sang. Bientôt le sang coula du Bosphore jusqu'au Gange, du Gange jusqu'au Maroc. L'Espagne même fut envahie et cette terre évangélisée par St. Jacques, l’un des ira Apôtres, vit la mosquée avec le croissant remplacer le temple et a croix.
L'Eglise se trouve ici, constatons-le, en face d’un injuste agresseur, d’un pouvoir qui n’agit aucunement d’une manière légitime. Elle proclame, en conséquence, le droit qu'elle a de repousser la force par la force, Toute l’Europe chrétienne, à sa voix, se lève comme un seul homme, pour combattre les combats du Seigneur et de son Christ, et elle marche contre l'ennemi commun. C'est l’époque des croisades ; époque pleine d'enseignements, où Dieu montra bien n’abdique jamais le gouvernement desa Providence. Il usa d’abord de la verge de fer pour châtier les mauvais chrétiens ; et comme parmi les nombreux croisés qui s’enrôlèrent sous l’étendard du Christ, plusieurs n'étaient pas tels que doivent être ceux que Dieu daigne appeler à défendre sa cause, Dieu ne voulut pas toujours seconder leurs efforts ; de là, les échecs partiels que plusieurs de ces grandes expéditions éprouvèrent. Mais il faut, certes, le dire, le résultat final et incontestable de ces grandes luttes, fut ie salut de l’Europe chrétienne et le triomphe de la civilisation sur la barbarie.
Parmi les nations dont le Seigneur voulut se servir pour arriver à cet immense résultat, tout Canadien aime à le reconnaître, il y en a une qui nous fut toujours chère, et qui à joué entre toutes un rôle proéminent. C’est celle qui a eu, la première, l'insigne honneur d’opposer une digue infranchissable au torrent dévastateur du Mahométisme. C'était au moment où il venait de franchir les Pyrénées, pour envahir les Gaules et le reste de l'Europe. C'’en était fait de la grande république chrétienne et de l’héritage du Christ, sans la valeur et le courage indomptable des Francs. e moment était solennel, les barbares étaient déjà au cœur même des Gaules et menaçaient de tout anéantir. Ce fut dans les environs de Tours que se livra entre l’armée de Dieu et l’armée de Satan, cette butaille à jamais mémorable où, à la tête de ses Francs, Charles-Martel martela l’Islamisme, étendit sur le champ de bataille plus de trois cent mille Mahométans et posa enfin une limite que cet empire monstrueux ne devait pas franchir.
Toutefois, ce ne fut que longtemps après, dans le golfe de Lépante, d’un côté, et sous les murs de Vienne, de l’autre, que le Mahométisme reçut les blessures mortelles qui ont définitivement amené l’ère de sa décadence et de sa chûte.