‹ Le Canada et les zouaves pontificaux [microforme]Chapitre 65 sur 82 · LES FÊTES DE FAMILLE · texte numérisé non relu

LES FÊTES DE FAMILLE

Nous avons jusqu'ici raconté l’origine, les développements et la réalisation de l’œuvre des Zouaves Pontificaux en Canada. Pour suivre rigoureusement notre sujet principal, nous avons dû omettre bien des détails intéressants, laisser de côté plusieurs scènes tonchantes, doni quelques uns de nos Zouaves ont été les héros, soiten prenant congé de leurs paroisses, ou en se séparant d'anciens amis, amis d'enfance, amis de collége, souvent. Le cadre que nous nous sommes tracé nous a forcé de rejeter à cet endroit de notre travail, tous ces gracieux et édifiants tableaux, dans lesquels nos Zouaves ont commencé à cueillir les lauriers dont, nous l’espérons, ils reviendront charges. Le temrs est maintenant arrivé de répondre à l'attente de plus d’un de nos lecteurs, et de satisfaire bien des légitimes Curiosités.

Ilest juste de commencer ce récit par Québec qui a fourni, outre un don généreux, un contingent de trentetrois hommes pour le premier détachement des Zouaves Pontificaux.

Voici comment un correspondant raconte la touchante cérémonie qui a eu lieu dans ré e église de Notre- Dame des Victoires, à l’occasion du départ de ces fils des croisés :

Une foule immense se pressait Iundi,jle 17 février au soir, sur les dalles de la vieille chapelle, pour être témoin de la consécration et de l'engagement des croisés de Québec et des paroisses environnantes. Il est impossible

de peindre l'émotion de cette foule agenouillée et recueillie, priant dans le sanctuaire vénéré de la Reine des Anges, pour ces braves Zouaves auxquels plusieurs sont unis par des liens très-puissants. Bien des pleurs ont coulé silencieux, lorsque l'orgue a fait retentir sous les

voûtes resplendissantes de lumières, ses notes graves et harmonieuses et que le puissant chœur des élèves de l'Ecole Normale a entonné le beau cantique : « Pourquoi ces vains complots.» Les Zouaves étaient réunis aux pieds de la statue de Notre-Dame des Victoires, qu’ils choisissaient pour leur patronne et leur protectrice, par la bouche de M. Charles Bertrand, qui, au nom de ses compagnons, lut l’acte de leur consécration. Sur leurs figures énergiques, éclairées par l’auréole lumineuse qui entoure la statue de leur protectrice, brillaient une noble audace et une indomptable résolution ; et j'en suis certain, au jour de la bataille, les fiis'de la vieille cité de Cham lain. porteront dignement le glorieux nom de leurs ancêtres, et seront ionjours au plus fort de la mêlée.

onseigneur l’Archevêque de Québec, avant de venir les bénir, leur adressa une touchante allocution à peu près äans les termes suivants :

Messieurs et bien chers enfants, les missionnaires avant de partir pour aller répandre les lumières de la foi au milieu des peuplades sauvages de l'Amérique, venaient ici s’agenouiller aux pieds de la statue de Notre-Dame des Victoires et lui demander de terrasser l'esprit du mal qui régnait sur ces malheureuses nations. Aujourd’hui, avant d’aller combattre les ennemis du Saint-Siége, vous venez, vous aussi, vous consacrer à cette vierge que l'Eglise appelle «terrible comme une armée rangée en bataille, » et qui vous donnera la victoire. C'est avec la plus grande joie que j'ai entendu faire votre acte de consécration à notre Bonne Mère, et je me joins à vous pour la prier de vous accorder sa protection. Que vos parents et vos amis se consolent, la Sainte-Vierge qui a entendu votre fervente prière vous protègera, et ceux qu'elle protège ne périssent pas.

J'ai reçu votre engagement au nom du Saint-Père, dont vous êtes devenus les soldats et pour la cause duquel vous allez combattre. Elle est belle ; c'est celle du droit contre la force, de l’ordre contre l’anarchie et la révolution, de Dieu et de son représentant contre ses ennemis. Vous êtes les soldats de l'Eglise et de Jésus-Christ ; quel noble titre! et vous allez combattre les combats de Dieu. N'oubliez pas que noblesse oblige,çque vous devez porter bien haut l’honneur religieux et l'honneur du soldat. Je dis bien haut, perse que le courage vient de Dieu et que c’est une cause sainte et noble. L'’honneur du soldat est aussi dans une conduite irréprochable et dans le fidèle accomplissement de tous ses devoirs religieux. Vous êtes les fils du Canada catholique, et la cause de Dieu pour laquelle vous allez combattre est la sienne. Vous allez représenter la patrie auprès du Saint-Siége, et

je n’ai pas besoin de vous dire de faire votre devoir. Dans ce beau régiment des Zouaves où vous allez entrer, dans ce régiment composé des nobles rejetons des plus anciennes familles de l’Europe, au milieu de ces jeunes gens dont l'éducation comme la vôtre a été soignée, dont les sentiments si religieux les ont engagés à voler pour la défense du Vicaire de Jésus-Christ, il y en aura peut-être qui ne se conduiront pas toujours en dignes soldats du Saint-Siége, éloignez-vous d’eux, mes enfants, et comportez-vous toujours et partout en dignes fils du Canada catholique.

Partez, soldats de Jésus-Christ, partez, enfants de la patrie ; allez combattre les combats du Seigneur ; allez nous représenter auprès du Saint-Siège ; allez dans la protection de Marie, vous qui êtes ses enfants, et que le Dieu de bonté et de miséricorde envoie ses saints anges; qu’ils vous accompagnent dans toutes vos voies, qu'ils vous protègent dans tous vos combats, c’est la grâce'que je vais appeler sur vous dans la bénédiction solennelle que je vous donne.

Au milieu de l'émotion générale qui régnait dans toute l'assemblée, notre vénérable Archevêque appela la protection de Dieu sur les Zouaves que Québec a envoyés pour défendre le Saint-Siége.

A leur sortie de l’Eglise, les volontaires furent salués de hourras enthousiastes et une suite immense alla les reconduire jusqu’à la gare de la Pointe-Lévis.

Plusieurs milliers de personnes étaient déjà rendues aux chars; tous voulaient dire un dernier adieu, et serrer une dernière fois la main aux amis qui partaient, et leur souhaiter un heureux retour.

En traversant le pont, les Zouaves chantaient des hymnes patriotiques comme adieu à la ville de Québec ; tous étaient joyeux et contents, et ils partirent avec la détermination bien arrêtée de faire mordre la poussière à tout garibaldien qui osera passer la frontière pontificale.

A huit heures, un formidable hourra salua le départ et la vapeur les emporta vers leurs compagnons de Montréal.

La ville des Trois-Rivières, qui a fourni trois Zouaves au premier détachement, n’a pas voulu, non plus, laisser partir ces représentants de sa foi, sans leur faire une démonstration digne de leur dévouement.

Les irois Zouaves se rendirent d’abord au Collége des Trois-Rivières. Comme on le sait, deux d’entr’eux, MM. Brunel et Epiphane Dussault, étaient des élèves de cette institution. Leurs confrères ne voulurent pas les laisser

tir sans leur exprimer les sentiments qui agitaient eurs cœurs, à l’occasion de leur départ. “ Ep. Nobert leur présenta une touchante et noble adresse, au nom de

toute ia communauté. M. Epiphane Dussault y répondit d’une voix empreinte d'émotion. Quand il fit «es adieux lusieurs élèves versèrent des larmes. La figure des ouaves, cependant, était ferme et énergique, et bien u’il fut facile d'y lire que leurs cœurs n’étaient pas indiférents à la douleur d’une semblable séparation, néanmoins le sentiment qui semblait prédominer chez ces trois jeunes gens en ce moment, était celui d’un noble etgrand sacrifice volontaire et généreusement accompli.

La salle avait été bien décorée. Outre les prêtres de cette ville, on remarquait encore les Révds. MM. Prince, Noiseux et Dauth. Une cantaäte composée pour la circonstance fut bien exécutée par les élèves.

Du collége on se rendit à l’église paroissiale. Les trois Zouaves vinrent se jeter au pied des autels pour y recevoir la bénédiction de Sa Grandeur Monseigneur d’Anthédon. L'église était encombrée. Sa Grandeur Monsei-

neur Laflèche était assisté de M. le Grand-Vicaire O.

ron et du Révd. M. J. E. Panneton. Le Révd. M. Baillargeon., curé de la paroisse, adressant la parole à Sa Grandeur, dit :

Monseigneur,

Ce sont trois jeunes gens qui partent pour une mission lointaine, pour allér soutenir la cause du chef de la chrétienté. Avant de partir, ils viennent se jeter aux pieds des autels pour protester de leur dévoùment à la cause qu'ils vont défendre. Monseigneur, ils se présentent dans des circonstances telles que vous ne refuserez pas de leur adresser quelques paroles d'encouragement et de leur donner une bénédiction spéciale is attire sur eux, sur leurs familles et sur tout le pays les grâces célestes les plus abondantes.

Après l'exécution d’un morceau de chant par les élèves du collége, Sa Grandeur Monseigneur d’Anthédon prononça une éloquente allocution que nous résumons en quelques mots.

Après avoir démontré la puissance du sentiment religieux par les démonstrations qu’on faisait dans toutes les parues de l’ünivers pour la cause de l’Eglise,par les sacri-

ces que s’imposaient volontairement et généreusement les populations catholiques, Sa Grandeur dit aux Zouaves qu'ils devaient :e. consilérer heureux d’avoir été choisis pour combattre les combats du Seigneur. Il prouva en racontant la manière dont Dieu avait formé l’armée de Gédéon, que le Seigneur choisit spécialement ses soldats.

Puis, après avoir exhorté les Zouaves à se montrer toujours courageux, et adressé quelques paroles de consolation à leurs parents, Sa Grandeur termina en disant qu’Elle allait prier pour.eux à l’autel et les bénir.

Sa-Grandeur se rendit ensuite à l'autel et bénit solennellement les Zouaves.

Après la cérémonie, on défila en procession par les différentes rues de la ville. Il y avait près de cent voitures. Dans la première, qui ouvrait la marche, se trouvait un étendard sur lequel étaient incrits les mots suivants : « En avant, nos Zouaves, à Rome.» Dans la deuxième, le Révd. M. Baillargeon, curé de la paroisse tenait un autre drapeau sur lequel on lisait : « Vive Pie IX.» Puis venait la voiture des Zouaves. La procession présentait le plus magnifique coup-d'œil Les musiciens de la ville réunis à ceux du collége faisaient retentir l’air des sons d’une musique vive et joyeuse, et de toutes les poitrines s’échppaient de distance en distance des vivats enthousiastes et chaleureux. La procession s'arrêta devant l’Evêché et les trois Zouaves allèrent saluer Sa Grandeur Monseigneur Thomas Cooke qui les bénit et leur donna à chacun une médaille.

On se rendit ensuite à la gare du chemin de fer où se trouvait réunie une foule considérable. Une seconde adresse fut présentée aux Zouaves par M. X. Gauthier, étudiant en droit, au nom de leurs anciens confrères du collége. M. Ep. Dusseault y répondit en proposant trois chaleureuses acclamations pour Pie IX.

Malheureusement les Zouaves ne purent s’embarquer vendredi, le train d’Arthabaska n’ayant pu venir ce jourlà. Ils ne sont partis que samedi après-midi.

Telle a’ été la briliante déinonstration que la ville des Trois-Rivières a faite aux Zouaves qu’elle envoie au secours du Saint Père. Les citoyens en garderont longtemps le souvenir. (1)

Les Zouaves de St. Hyacinthe voulurent avant leur départ assister une dernière fois au divin sacrifice dars leur paroisse. Les élèves du Collége chantèrent à l'orgue, la milice forma une garde d'honneur, tandis que les paraissiens se pressaient en foule sous les voûtes sacrées.

Après la messe, ils se rendirent à l’'Evêché. Monseigne.r l’évêque de St. Hyacinthe était malade, mais Monseigneur de Germanicopolis leur donna sa bénédiction en leur

(1) Jourral des Trois-Rivières, 18 février 1868,

disant avec affection : « Allez, mes enfants, soyez bons chrétiens et bons soldats. »

A la gare du chemin de fer, les citoyens leurs présentèrent une adresse de félicitation :

Jeunes amis, —Permettez-nous, à l’accasion de votre départ pour l'Italie, de vous témoigner nos plus vives sympathiès pour votre dévouement à la belle cause que vous embrassez.

Quoique nous éprouvions un profond regret en vous voyant laisser nos rangs, nous sommes tiers de votre décision et nous sommes convaincus que si l’occasion se présente sur le champ de bataille, vous -ajouterez de nouvelles gloires au nom canadien, vous ferez l’houneur de St. Hyacinthe que vous allez représenter en défendant, au prix de votre sang, s’il le faut, la plus belle cause, la cause que tout Canadien ue et généreux voudrait défendre, la cause de Notre Saint Père le

ape.

En nous séparant, veuillez croire en notre affection la plus sincère, et espérons qu’un jour nous viendrons vous recevoir ici couverts des lauriers que vous aura mérité votre courage.

Au revoir, jeunes amis, soyez braves et courageux.

Bientôt après, le convoi partait au milieu des acclamations de la foule qui les suivit longtemps du regard, et se dispersa profondément émue en faisant des vœux pour leur heureux retour.

Le Nouveau Monde (1) a raconté dans les termes suivants les scènes touchantes qui se sont passées au Collége de Montréal, lorsque quatre Zouaves, élèves de cette antique maison, ont été faire leurs adieux à leurs anciens professeurs et condisciples. L’un d’eux est M. Adolphe Forget ‘qui a rendu des services au Comité en tenant le bureau, dans la rue St. Vincent.

Lundi dernier avait lieu, au Collége de Montréal, une scène qui a produit sur tous ceux qui en ont été témoins la plus profonde impression. Un professeur et trois élèves de cette maison perd faire leurs adieux, avant de partir pour Rome : M. Adolphe Forget, anrien élève et professeur pendant neuf ans; M. Adolphe Lamarche, élève de philosophie ; MM. Sévérin Lachapelle et Léonidas Brunet, élèves de rhétorique. Après avoir visité, en particulier, chacun des prêtres du Collége, ils prirent le A avec la communauté. Ils furent reçus avec des applaudissements vifs et Ro ange. A la vue de css jeunes gens sous l’uniforme des Zouaves, un sentiment indéfinissable saisit tous les cœurs. L’estime, l'affection. une joie mêlée de tristesse, et même une vénération religieuse se

(1) 22 février 1868,

manifestaient sur toutes les figures. On sentait que le dévouement avait imprimé à leurs personnes un caractère de grandeur qui commande l’admiration.

Après le souper, la communauté, sous l'empire d’une vive émotion, se presse silencieuse autour des quatre Zouaves. M. Forget attirait surtout l'attention et les regards ; car il avait été pour tous un ami tendre et dévoué, pour plusieurs, un père et un mentor plein de charité et de sagesse, pour la maison, un professeur intelligent et habile. De plus, la force d’âme, l'esprit si éminemment chrétien qu'il avait montrés pendant tant d'années, en supportant la maladie qui le retenait aux portes du sanc tuaire où le portaient tous ses désirs, avaient donné un nouvel éclat à toutes ses belles qualités et avaient achevé de lui gagner les sympathies les plus cordiales. Jamais il n’eût consenti à faire le sacrifice de son habit ecclésiastique, s’il eût dû l’'échanger pour un autre que pour le costume du Zouave Pontifical, qu’il paraît maintenant si fier de porter avec ses trois compagnons.

Au milieu du plus profond silence, un élève s’avance vers eux et leur dit :

Chers amis, vous allez donc bientôt nous quitter! Permettez-nous de vous dire les impressions que nous éprouvons en vous voyant vous éloigner de nous. Nous ne pouvons vous le cacher, chers amis, votre départ nous cause beaucoup de peine. Nous sentons que nous nous séparons d'amis bien chers, et ces séparations, vous le savez, font toujours du mal au cœur. Nous sommes donc vivement affectés. Mais, chers amis, nous faisons voloni'r ”, notre sacrifice, quand nous pensons à la belle cause pour lag vous allez vous sacrifier si généreusement. Oui, partez, noble: «ais, puisque Dieu vous appelle, accomplissez votre grande mission, et nos cœurs vous accompagneront partout, nous penserons bien souvent à vous dans nos prières, vous serez toujours présents dans nos souvenirs. Nous aimerons à nous rappeler les chers condisciples avec lesquels il nous était si doux de vivre, un maitre bien-aimé qui a été le professeur d’un grand nombred’entre nous, l’ami de tous et comme un frère pour plusieurs. Mais, chers amis, nous ne pouvons pas vous dire tout ce que nos cœurs ressentent en ce moment. Vous sentez vous-même tout ce que nous pouvons éprouver en vous voyant partir.

Permettez-nous de vous offrir quelques objets qui vous rappelleront le souvenir de vos amis, quent vous nous aurez quittés. C'est une petite croix pour chacun de vous. C’est pour la croix que vous allez combattre, c’est pour elle que vous voulez vivre et mourir, vous Zouaves du Vicaire de Jésus-Christ crucifié. Elle sera le signe et le lien de notre union. Ce sont vos professeurs et vos condisciples de classes qui vous présentent ce memenlo. Et vous, M. Forget, c’est la communauté entière qui n’a pas voulu vous laisser partir sans vous donner au moins ce faible témoignage de son affection.

Souvent ces paroles furent entrecoupées par l'émotion

trop forte pour être complètement maîtrisée. Déjà de grosses larmes montaient des cœurs et remplissaient les yeux d’un grand nombre.

On distribua aux Zouaves les croix qu’ils baisèrent amoureusement en les recevant, et depuis ce moment elles brillent sur leurs poitrines. On leur présenta aussi une somme d'argent. Puis M. Forget qui, quelques instants auparavant, avait dit à ses compagnons: « Mes amis, soyons Zouaves jusqu’au bout,» ne peut déjà plus dominer son émotion, et au milieu des larmes qui s’échapyent de ses yeux, il épanche en ces termes son cœur si vivement impressionné :,

Ah! mes bien chers amis, je comprends aujourd’hui plus que jamais qu'il y a des choses qui se sentent et ne peuvent se dire. Je comprends qu'il y a des émotions que la langue ne peut exprimer. Non, il ne m'est pas possible de dire tout ce que ressent mon âme en ce moment.

Il me faut donc contenter de vous remercier tout simplement, mais certes bien cordialement, du bon témoignage de sympathie affectueuse que vous voulez bien nous donner avant notre départ.

Ah! mes chers amis, j'ai toujours cru au bon cœur des élèves du Collége de Montréal. Oui, et j'en ai eu bien des preuves, et la délicatesse avec laquelle vous en agissez, ce soir, envers nous, les beaux et nobles sentiment, que vous venez de nous exprimer par un si digne interprète, tout cela ne peut être pour moi qu’une confirmalion d'une chose déjà prouvée depuis longtemps, je veux dire de la bonne éducation et de la politesse qui vous distinguent. Je vous remercie donc, encore une fois, de tous vos bons sentiments à notre égard. Je vous remercie du don que vous nous faites. C’est le fruit et tout à la fois le gage de votre générosité. Je sais avec quel cœur et quelle libéralité vous donnez toujours. ,

Vous me dites que vous avez déjà pensé bien des fois aux Zouaves dans vos prières, et que vous ne les oublierez jamais. Je vous en suis bien reconnaissant. Le Zouave Pontifical, ah! il a bien besoin du secours du ciel. Il ne s’agit pas seulement pour lui d’être un brave et courageux soldat, un soldat prêt à donner volontiers son sang, à vendre chèrement sa vie sur le champ de bataille, mais encore et surtout à être un excellent chrétien; et certes, il est plus difficile de bien vivre pour Jésus-Christ que de mourir pour lui.

Vous trouvez du dévouement dans notre démarche et vous semblez l’admirer. Pour moi, mes chers amis, j'estime que s’il y a quelque mérite dans notre départ, c’est le mérite d'accomplir un devoir et rien que cela. Pie IX, notre Père commun, appelle à son secours un certain nombre de ses enfants. C'est la voix de Dieu qui se fait entendre. Notre saint Evêque fait appel à son tour aux enfants de son diocèse; c’est encore la voix de Dieu. Dieu lui-même parle au fond de l'âme de quelques-uns et leur dit: «Partez.» Et ceux-là, il faut qu’ils partent. C’est un devoir pour eux d’aller à Rome, rendre témoignage à la justice, au droit, à la vérité. C’est un devoir pour eux d'aller combattre pour toutes ces grandes choses, et, s’il le faut, de mourir pour elles.

Le devoir, je le sais, demande le sacrifice. Le sacrifice est une conséquence inévitable du devoir. Ah! que vous avez eu une bonne et belle pensée de nous faire présent, à chacun, d’une croix. (C’est là l'emblème du sacrifice. Rien de bon, rien de grand, ne peut se faire sans le sacrifice, sans la croix. Oui, c’est bien là l’arme avec laquelle nous devons combattre dans la cause dont ils’agit. Si la victoire est due au sacrifice, c’est bien assurément dans la cause de Jésus-Christ. Lui, notre chef, n’a pas combattu autrement. Le Zouave Pontifical, qui a conçu un véritable amour pour son devoir, pour la noble et sainte cause qu'il va défendre, doit accepter de bon cœur toute espèce de sacrifices. Il doit tout sacrifier généreusement pour Jésus-Christ et le triomphe de son Eglise.

Oui, il doit tout sacrifler, non-seulement tout son sang, mais encore tout son cœur. La patrie, les lieux qui l’ont vu naitre, les lieux si pleins de souvenirs de son enfance, de sa jeunesse; ses amis dont la présence lui est si chère, son vieux père, sa tendre mère qu'il ne reverra plus ici-bas, peut-être, il doit tout quitter, il doit tout sacrifier ! Ah! le sacrifice du cœur ! Mes chers amis, laissons-là ces pensées. Je ferais paraitre quelques faiblesses devant vous et ce serait indigne d’un Zouave Pontifical.

M. le Directeur, vous avez toujours été bien bon pour nous, pour moi en particulier, permettez-moi de vous renouveler ici, devant toute la communauté, ainsi qu’à tous les autres Messieurs de la maison, l'expression de ma vive reconnaissance pour l'intérêt que vous m'avez toujours porté. Veuillez recevoir mes adieux avec l’hommage de mon respect filial.

Pour vous, chers confrères, avec qui j'ai vécu si .paisiblement, si joyeusement, agréez aussi mes adieux et mes amitiés les plus affectueuses.

Et vous. mes jeunes amis, je vous dis aussi adieu, car il faut vous quitter. Ah! comptez toujours sur mes meilleures amitiés, vous surtout avec qui j'ai eu des rapports plus particuliers, dont j'ai été le professeur. ;

Mon cœur me fait ici un devoir de faire une mention spéciale.

Je veux parler de vous, chers amis, qui finissez votre cours d'étude cette année. J'ai été longtemps avec vous. Je n'ai jamais eu qu’à me féliciter de vos bons procédés, de votre délicatesse à mon égard. Je veux parler aussi de ceux dont le souvenir est peut-être encore

lus vivant chez moi, parceque je viens de les quitter. J'ai été plus ongiemps avec eux; j'étais heureux d’être avec ces chers élèves, ils savaient si bien se faire aimer.

Et pour vous, jeunes amis, qui m'avez montré plus de confiance et d'amitié que les autres, ah ! croyez que je ne vous oublie pas. L'amitié est une chose trop sacrée pour moi ; soyez bien persuadés que j'y serai fidèle et toujours fidèle.

Quand M. Forget eut fini de parie M. Lamarche, d’une voix émue et les yeux remplis de larmes, exprima les sentiments de reconnaissance et d'amour dont ils étaient animés, lui et ses deux compagnons, envers leurs maîtres et leurs chers condisciples, et il termina en disant :

Ce crucifix qui est devenu pour nous l’emblème de la religion, de l’amitié et du souvenir; ce crucifix auquel vous avez atlaché tous vos cœurs, nous est un gage assuré de votre éternel souvenir.

Les élèves ne rérondirent à ces épanchements que par des pleurs. Plusieurs même éclataient en sanglots. C'était le spectacle d’une famille réunie auprès de la tombe qui va se fermer sur un père tendrement aimé.

M. le Directeur adressa ensuite aux Zouaves ces quelques paroles :

Mes bien chers amis, nous vous remercions très-cordialement de votre bonne visite et des beaux sentiments que vous venez d'exprimer. Vous n'avez pas voulu partir pour votre noble mission sans venir nous faire vos derniers adieux. Cette délicate attention de votre part sera pour nous tous un souvenir toujours précieux. Dieu vous appelle à défendre le Saint-Père. Ah! vous ne pouvez faire nn meilleur usage de vos jeunes années qu'en les consacrant à la défe.ise de la plus noble et de

a plus sa;nte des causes. Cet exemple ,si touchant de sacrifice et de dévouemeat que vous nous donnez aujourd’hui, jamais nous ne l’oublierons. Partez donc, généreux amis, partez avec les bénédictions les plus affectueuses de tous les prêtres de cette maison, avec les vœux et

es prières de tous. Veuillez, s’il vous plait, vous souvenir de nous lorsque vous serez aux pieds de Pie IX, dans vos pieux pélérinages aux tombeaux des Saints apôtres et martyrs. Bien chers amis, nous ne vous désirons pas la mort, nous serions si heureux de vous revoir, mais s’il arrivait à quelqu'un d’entre vous de succomber dans la lutte, oh ! que le collége de Montréal bénirait le ciel de lui avoir donné un martyr. .

M. Forget reprit aussitôt :

Nous vous sommes très-reconnaissants, M. le Directeur, pour les bonnes paroles que vous venez de nous adresser. Ah ! oui, nous nous souviendrons toujours du Collége de Montréal. Pour moi, quelque part que de sois, que je sois au beau pays de France, sous le beau ciel d'Italie, au milieu des monuments et des souvenirs de Rome, sur le champ de bataille, je venserai à mes chers amis, je me souviendrai d’eux. Je verrai sans dt ute bien des jeunes gens, bien des élèves ; mais il ne seront pas pour mvi les élèves du Collège de Montréal. J'entendrai de bien belles voix, mais elles ne seront pas pour moi les voix accoutumées des élèves du Collége de Montréal. AHons, mes chers amis, adieu.

Puis s’adre sant à M. le Directeur :

Ajoutez, s’il vous plait, M. le Directeur, une nouvelle faveur à toutes celles que nous avons reçues de vous, daignez nous donner votre bénédiction ; elle nous obtiendra la protection de Dieu et nous portera bonheur.

Alors les quatre Zouaves allèrent s’ageuouiller aux

ieds de M. le Directeur qui, tout attendri, appela sur eux es bénédictions du ciel avec effusion de cœur. La communauté était vivement touchée et édifiée.

Quand ils se furent relevés, au milieu d’un silence qui avait quelque chose de lugubre et de solennel, les prêtres du Collége, les maîtres de élèves s’approchèrent tour à tour de ces généreux amis et les embrassèrent affectueusement. Là. la main dans la main, le cœur pressé sur le cœur, on échangea à l'oreille des souhaits, des paroles et des larmes. Cependant on remarquait sur la figure des Zouaves, à travers l’expression d’une profonde tristesse une sérénité, un calme et même un épanouissement qui disaient à tous qu'ils avaient fait leur sacrifice de grand cœur.

L'heure du départ était arrivée. Hilarem datorem diligit Deus, dit alors M. Forget ; mes amis, s’il vous semble qu’en nous laissant partir vous faites quelque don, quelque sacrifice, faites le joyeusement ; Hilarem datorem diligit Deus. Et il ajouta: Nous partons, mais nous nous reverrons. Nous vous donnons tous rendez-vous au ciel ; le voulez-vous? Tous levèrent la main en signe d'adhésion.

Les voix étaient trop fortement comprimées par le sentiment pour répondre par des acclamations.

En voyant l'attitude de la communauté reconduisant jusqu’à la porte ces chers Zouaves, on s’apercevait qu’elle était sous l'empire de deux sentiments qui se combattaient dans les cœurs : la douleur et la joie. La séparation était cruelle; mais le motif était glorieux. Mais surtout depuis les dernières paroles de M. Forget, la joie qu’'inspirait la vue de leur courage et de leur Séténémerit. commençait à prédominer dans tous les esprits. Enfin le sacrifice était fait de part et d'autre ; la séparation était consommée ; ils avaient franchi le seuil du Collége de Montréal peut être pour la dernière fois.

A la date du 18 février, le Journal des Trois-Rivières a raconté en ces termes les démonstrations faites par les paroisses de Nicolet et de Bécancourt à l’occasion du départ de leurs Zouaves :

Mercredi, le 12 de février, fut un jour bien solennel pour la paroisse de St. Grégoire. Un jeune monsieur du nom de Luc Rheault, étudiant au Collége de Nicolet, fils de M. Pierre Rheault, cultivateur notable du lieu, partait pour aller joindre, à Montréal, le bataillon de Zouaves qui doit prochainement s’embarquer pour Rome. Le village de St.

Grégoire était ravissant de beauté, tant ilétait magnifiquement orné et richement pavoisé. Des drapeaux de toutes sortes, placés au sommet des cloches et sur les plus hauts édifices, flottaient dans les airs. De splendides banderoles aux couleurs vives, traversant le chemin, étaient placées de distance en distance depuis la rue La Fabrique jusqu'à la rue Royale, Sur la première, près de l'Eglise, on lisait en gros caractères : « Vive Pie IX » sur la seconde : « Vive notre Zovave Pontifical h sur la troisième, au milieu de laquelle figurait une croix, on lisait : « A ce signe tu vaincras ; » plus loin; « Honneur aux braves,» Enfin : « Nos souhaits vous accompagnent jusqu’à Rome. »

La réunion était très-nombreuse, et à cette pompeuse démonstrarion venait se joindre une foule immense de citoyens de Nicolet qui accomagnaient M. Oscar Rousseau, fils du Dr. Rousseau, partant aussi pour a capitale du monde catholique. Comme on attendait ces derniers, on avait eu le bon goût de placer sur le chemin, à l'entrée du village, cette invitante inscription : « Soyez les bien venus.» Or les Nocolettins se joignirent aux citoyens de St. Grégoire ; puis la foule s'étant rendu à l'Eglise où se tenaient pieusement agenouillés au pied des autels les deux Zouaves, un chœur bien organisé fit entendre le chant du Veni creator. Ensuite eut lieu le départ; et l’on vit défiler une nombreuse suite de voitures se dirigeant vers la gare du chemin de fer. Celles qui portaient les Zouaves marchaient en tête et étaient attelées chacune, de deux magnifiques chevaux. Dans la première où se trouvait le Zouave Rheault accompagné du Révérend M. Harper, curé de St. Grégoire, on ee en un joli drapeau aux couleurs pontificales. Avant de partir de l’Église de St. Grégoire une adresse d'adieu fut résentée au jeune Rousseau par ses amis de Nicolet. Et en attendant arrivée des chars à la station, les jeunes gens de St. Grégoire, ayant à leur tête M. Amédée Brassard. fils du Lieutenant-Colonel Brassard, présentèrent au jeune Rheault, l'adresse suivante :

A Monsieur Luc Rheault, de la paroisse de St. Grégoire, Etudiant au Collége de Nicolet, partant pour Rome.

Il est donc vrai, cher ami, que toi aussi, tu pars pour la Ville Eternelle. Oui, nous l’avons appris avec peine, {u vas nous quitter. Cependant nous éprouvons aussi une joie mêlée d'un sentiment d'orgueil bien légitime, puisqu'à cette occasion il nous est donné d'admirer en toi qui fus notre compagnon d'enfance, un si beau zèle, un si noble dévouement, en un mot des sentiments dignes du cœur le plus généreux et le plus sincèrement chrétien.

Comme Monseigneur d’Anthédon nous le disait dernièrement, tout catholique est soldat de l'Eglise militante, et chacun, selon la mesure de ses forces, est appelé à prendre part à la guerre qu’elle soutient contre ses ennemis. Mais toi, plus heureux que nous, parce que tu es plus courageux, tu‘vas avoir la meilleure part,; plus fortuné que nous parce que tu es plus généreux ; privilégié entre nous tous, parce que, sans doute, ta foi est plus vive, tu vasêtre admi dans la glorieuse phalange chrétienne catholique, tu vas te joindre : cette poignée de soldats d'élite choisis par la Providence pour soutenir et défendre la cause de notre Religion. En allant offrir tes bras, ton sang et ta vie au Père Commun des fidèles pour la défense de ses droits, tu auras l'honneur de marcher dans ce sillon profond et ensanglanté, tracé par

les combats de la chrétienté, tel que Monseigneur Laflèche nous l’a montré en termes si pleins de feu. Nouveau croisé, tu vus marcher sur les traces de tes illustres devanciers, ces guerriers intrépides, à l’exemple desquels tu sacrifies tout, tu renonces à tout ce que tu as de plus cher ici pour aller t’enrôler dans la milice chrétienne, sous l’Etendard de l’Immortel, de l’Illustre Pie IX.

Va donc, ge et vaillant soldat, va combattre contre ces vils et infâmes spoliateurs, ces esprits rébelles qui, animés du souffle de satan, osent attenter aux droits les plus légitimes et les plus sacrés de l'Eglise, en s’efforçant de détruire la souveraineté tomporelle du Pape. La cause que tu vas défendre est noble et belle et la victoire sera glorieuse. Une fois de plus il va être prouvé à l’umvers eniier que le Vicaire du Christ ne doit pas seulement être couronné de la Tiare Pontificale, mais aussi que son front doit être ceint du diadème royal. Le Pape est roi, et il doit être roi. Roi et souverain temporel dans ses états, comme il est le roi et le souverain spirituel de tous les fidèles catholiques.

Adieu donc, cher ami; pars et sois courageux. Nos vœux l’accompagnent jusqu’à Rome. Que Marie, l'Etoile de la mer, te guide à travers les océans ! Que le Dieu des armées te bénisse, te conserve et donne à ton bras la force d’écraser l'ennemi ! Tels sont les souhaits les plus ardents de tes jeunes amis ct, nous en sommes surs, de tous tes co-paroissiens qui avec nous te disent adieu et au revoir :

(Signé,) AMEDÉE BRrassaRp, J. A. POtRIER, Isare BERGERON, etc.

St. Grégoire le 12 février 1868.

Messieurs, chers amis,

Je suis bien sensible anx marques d'estime et de bienveillance que vous me Cr. si pos x

Cependan:’, je ne suis nullement surpris. Avant ce jour, j'ai appris à connaître vos cœurs en apprerant à vous aimer. RS des, les sacrifices nombreux, tout cele s'efflace à la seule pensée de vous quitter, Oui, Dee Brio vous, à bandonner ma famille, laisser la

tenir toute ma joie et jaloux de leur bonheur, je demandai à Dieu le courage d’niter leur exemple. Ma prière fut entendue ; mes espérances sont réalisées, je suis au comble de mes vœux.

Oh! que la Providence me fait un grand don! Veut-elle relever sa gloire en se servant d’un instrument aussi faible et aussi fragile que moi? Non, sans doute, mais nous manifester sa bonté et nous faire voir qu'aucun n'échappe à ses regards ; que sa sollicitude ne connait scuvent le plus indigne de ses enfants. Ainsi favorisé, je ne dirai pas avec ces preux chevaliers du moyen age. «Nous partons sans espoir, comme sans peur,» mais je pars avec espérance et sans peur.

Que-cette démarche, messieurs, ne vous paraisse point téméraire et ir:éfléchie. Si le petit enfant n’attend pas qu’il soit homme pour dire à son père qu'il l’aime, il n’attend pas non plus qu'il soit fort pour le défendre s’il tombe sous les coups d'un assassin. Il sait opposer la faiblesse à la force, et le bras d’un enfant qui défend son père est «toujours redoutable. lei c’est le père de tous les catholiques qui fait appel à ses enfants dévoués, Mes oreilles ont entendu sa voix; mon âme a senti le poids de se douleur; c'en est assez, je pars. Adieu, bien aimé pasteur, et vous au:s,, chers amis, adieu ! Permettez-moi de réclamer avec instance le sec-urs de vos prières. Demandez à Dieu de me conduire sûrement à Rome, unique objet de tous mes désirs. Agenouillé aux pieds de l’illustre et immortel Pie IX, je ne vous oublierai pas.

Recevez tous mes sincères remerciments, vous surtout, vénéré pasteur, qui avez une si large à ma reconnaissarce, Le souvenir de ces marques de sympathie ranimera mon courage sur le champ de bataille, fortifiera mon âme contre les ennuis de la patrie absente, et si Dieu accepte ma vie, vos prières m'ouvriront la porte du ciel.

Luc Raeaczr St. Grégoire !2 février 1868.

La réponse du jeune zouave fut acclamée par de chaleureux hourras, qui furent suivis du chant de quelques strophes appropriées à ia circonstance. Cc chant habilement exécuté par les amateurs de St. Grégoire eut un très-bel effet. La musique de Nicolet contribua beaucoup à rehausser ‘éclat de la fête pour les airs mélodieux qu'elle exéeuta à diverses reprises. Mais ce qui intéressait le plus, ce qui par!.::t le plus au cœur, c'était cet air de fermeté, de courage

‘on remarquait chez ces jeunes et nouveaux soldats du Pape, qui

À un solsanel, peut-être un dernier adieu à leurs parents = gp leurs amis, et à tout ce qu'ils ont 4e plus cher ; et qui, cepen-

t, artaiont Joyeux et contents de leur sort.

Vers cinq heures du soir arriva le train à bord duquel se trouvaient

un grod nombre des citoyens les plus notables de Bécancourt qui

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Mercredi matin, (1) une foule considérable remplissait l’église de Bécancourt, pour entendre la messe à laquelie assistaient trois jeunes Zouaves, qui venaient | séres la dernière fois, avant leur départ. implorer le secours de la Divine Providence, de leur donner les forces nécessaires pour remplir dignement la tâche qu'ils voulaient bien s'imposer. La messe fut entendue avec le plus grand recueillement par la foule, qui comprenait toute l'étendue du sacrifice que faisaient ces jeunes défenseurs du Saint-Père, en laissant leurs parents et amis pour aller Fr leur vie-pour la plus sainte des causes. Le chant conduit par MM. Blondin, Arcand et Leclerc ne laissait rien à désirer et contribuait à rendre plus solennel encore le spectacle que nous offraient ces jeunes soldats agenouillés au pied des saints autels. Avant l’heure fixée, pius de cent voitures encombraient la place publique. A une heure précise,la cloche invita les bons habitants de Bécancourt à venir une fois encore implorer Dieu de veiller sur ceux qu'ils envoyaient comme leurs représentants pour défendre la cause commune de la religion. Le Veni Creator fut chanté par les mêmes messieurs et eut ” tout l’effet que l’on pouvait attendre de ce sublime morceau. Immédiatement après, M. le curé adressa la parole en termes touchants; il félicita ces jeunes braves de l’empressement qu'ils avaient montré à se rendre à l'invitation faite à tout le monde catholique le Souverain Pontife, de venir en aide à l'Eglise menacée par les bandits garibaldiens, il parla aussi en termes très-éioquents de la beauté de la cause qu'ils allaient défendre, en les mettant à un Cons À sq élevé que les Croisés; en ce que ceux-ci ne faisaient que voler à la défense des lieux qui leur étaient chers par les souvenirs religieux, tandis que les Zouaves vont défendre la religion menacée dans sa base. Il termina en leur disant qu'il était persuadé qu'ils reviendraient, couverts de

loire pour eux et pour le Canada, car, combattant auprès des Français M le sang coulait dans leurs veines, ils ne manqueraient d'en être les dignes émules. Ensuite les jeunes zouaves sortirent de l'Eglise, drapeau en tête, suivis des notables et d'une foule considérable pour delà se rendre au Doucet's Landing, ou fut lue l'adresse ci-dessous, par À. O. Désilets, Ecr., N. P.

A MM. Joseph Beauchène, Adélard Lupien et Moïse Cormier, Zouaves Pontificaux

Messieurs, A l'occasion de votre a pour la Ville Eternelle, nous, vos ts,

vos amis et vos pi Are dard hgnad cgusd + accompagner i PE es regreis que nous fai votre d'au milieu pu

parents et des amis qui vous sont chers, et que vous n'avez pas reculé devant la perspective d’un lointain voyage, de la pénible vie des camps et du péril des combats, nous serait un gage suffisant que vous serez les fiers imitateurs de ceux de nos braves compatriotes qui vous ont devancé et ont déjà illustré leurs noms et les dignes émules de vos compagnons d'armes, dans la défense de la plus sainte des causes, qui est à la fois le cause du droit, de l'honneur et de la civilisation.

Comme l’a si bien remarqué notre vénérable curé, dans les belles et encourageantes paroles qu’il vous a adressées dans l’église, il y a quelques instants; nouveaux croisés, vous serez comptés parmi ceux que la Providence a désigné pour travailler au maintien de cette grande org qui a d’ailleurs pour elle les promesses de son Divin Fon-

ateur.

Recevez, messieurs, avec nos adieux, l'expression de nos souhaits les plus sincères et de nos vœux les plus ardents pour un bon voyage, un entier et un heureux retour.

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