RÉPONSE
À M. le curé, à nos parents, nos amis et nos co-paroissiens. Messieurs,
C'est avec respect et reconnaissance que nous recevons l'expression de vos sentiments, et nous éprouvons un sensible plaisir en songeant que vos vœux nous accompagneront jusqu'à notre retour de Rome ; en même temps, nous sommes vraiment confus de la démonstration dont nous sommes l’objet ; mais nous comprenons que l'honneur en revient à la cause que nous allons défendre. En effet, nous savons que le Souverain Pontife a toutes vos sympathies et que vous seriez prêts à faire le sacrifice de vos personnes pour sa défer se. Mais il c'est pas donné à tous de s'enrûler sous ses saints étendards, et nous vous remercions bien cordialement de l’honnenr que vous nous faites en nous demandant de vous rer-ésenter dans l’armée pontificale.
Nous soilicitons spécialement le secours de vos prières afin que Dieu nous inspire le courage et l'ardeur nécessaires pour combattre dignement les combats du Seigneur.
Impossible de dire autrement, la séparation est dure. Il nous en coûte de laisser Bécancourt où sa trouvent tant d'objets chers à nos cœurs, mais noûs nous consolons en pensant que notre but est de nous rendre utiles dans la mesure de nos moyens, à la grande cause que nous emlrassons.
S.à PRO CS ER PRO 4 , ét noue LLETTIN us répondre à votre gear om ed + 2 5 doseru Bravcuéwe, Antisne Lure, Msiss Conmien, Un méme , racontait dans le
la paroisse de St. Antoine de la Baie, à l’occasion du départ du zouave de cette paroïsse, M. Moïse Gouin.
Notre paroisse, écrivait le correspondant, vient d’être témoin d'une bien belle démonstration. Elle est heureuse de pouvoir compter un de ses enfants au nombre des défenseurs du Saint-Siége, et à l’occasion de son départ elle a voulu prouver à ce jeune soldat, que sa détermination d'aller combattre pour la plus sainte des causes, était pour elle un légitime sujet de joie et d'uorgueil.
Le nom du nouveau zouave est M. Moïse Gouin, fils de M. Moïse Gouin, un des cultivateurs les plus respectables de la Baie. Depuis longtemps ce brave jeune homme, qui a obtenu ses diplômes de lère et de 2me classe, à l’école militaire, brûlait du désir de s’enrôler dans l’armée pontificale ; mais son père, déjà vieux, n'ayant que ce seul fils, hésitait Ê en faire le sacrifice. Un dimanche, cependant, après avoir entendu son curé exposer la situation du Saint-Père, il se rendit au presbytère et déclara qu'il était maintenant prêt à faire le sacrifice de son unique fils.
Le 19 du courant, le jeune homme fit lui-même une coilecte dans l’église, pendant l'office divin, collecte qui, avec les autres dons de la journée, s'éleva a 580.
Le départ eut lieu le 24 du courant. On s’efforça de lui donner autant de solennité que possible. Tous les jeunes gens de la paroisse se réunirent au village, vers les 9 heures du matin, au nombre de cinquante. Ils se rendirent ensuite processionnellement à la demeure de leur jeune ami, à une lieue environ de l’église, Un magnifique drapeau papal fait par les dames de la Baie, flottait en tête. Tous les parents se trouvaient réunis. Avant de se dire adieu, une première adresse fut présentée au nouveau zouave, A deux heures, on se mit en route pour St. Grégoire, et plusieurs voitures de Nicoïet se réunirent à celles de La Baie. Arrivés à la station de St. Grégoire, un grand uombre de personnes vinrent nous rejoindre, Plus de 100 se trouvèrent présentes. À quatre heures, le Dr, Labaie, comme am: du jeune zouave et au nom des jeunes gens, présenta l’adresse suivante :
Les amis qui vous ont sccompagné jusqu'à cette gare, pensent qu'il bgitione sati
tion de vous exprimer avant votre l'estime et l'intérêt 4out particulier qu'ils ont pour vous, Je crois être l'interprête de tous en disant que nous sommes sous bien
pisit à Dieu de les résliser, vous sortarer mais #2 muf 42: dungens qui
vous attendent et vous reviendrez au milieu de votre famille et de vos amis combler le vice que fait votre départ.
Signatures :—P. B. Lalime, médecin, William Smith, médecin, Louis Blondin, cl. notaire, A. Bellecourt et un nombre d’autres.
Résonse à l'adresse des jeunes gens de St. Antoine de La Baie.
Chers amis et chers co-paroissien:,
Ce n’est pas sans éprouver de vives émotions que je vois l'intérêt et l'estime que veus me portez. Lcs démonstrations de ce jour me prouvent combien votre foi est vive, puisqu’elle vous fait voir dans mon humble personne le défenseur de la plus juste et de la plus sainte des causes.
Comme moi,à l’appel paternel de l’immortel Pie IX, vous avez, chacun de vous, senti voire cœur battre plus vite qu'à l'ordinaire et vous’avez dit : Que ne puis-je voler au secours dun aussi bon père. Sans des circonstances incontrôlables, au lieu d’un seul zouave, St. Antoine de La Baie en compterait huit. Si, malgré mon indignité, Dieu m’accorde la palme du martyre, j'ai intime conviction qu'un de vous viendra prendre ma place. En partant, je vous demande le secours de vos prières, afin de pouvoir vous représenter dignement dans la plus sainte des armées. Adieu donc, cher père, qui n'avez pas reculé devant le sacrifce que la religion vous deamandai: ; adiec, chers amis; toujours je me souviendrai de vous; adieu, chers co-paroissiens, qui avez fait avec bonheur les sacrifices nécessaires pour donner un défenseur au Saint-Siége, Adieu, la séparation est toujours pénible, mais je pars avec jois puisque Dieu le veut.
Moïse Goux, Z. P.
Après la réponse du jeune zouave des hourrahs enthousiastes s'échapt de toutes les poitrines pour le Pape et pour la famille Gouin. . O. de Chatillon, l'éminent artiste attaché au séminaire de Nicolet, improvisa ensuite une chanson de circonstance qui électrisa toute la multitude. On attendit à St, Grégoire le ce des chars qui ne se ft qu'à six heures, puis la foule se dispersa fuisant des vaux sincères la cause du Pape 1 l'heureux voyage du jeune et courageux Louave canadien.
Honneur au diocose des Trois-liivières, à la paroisse et à l'heureuse fanille qui donne aujourd'hui un sousveau défenseur à l'église !
EX NEA.
« Tant que nous naviguâmes, écrivait l’un des Zouaves, (1) entre les rives de l’'Hudson et les îles dispersées à son embouchure, les légers balancements du steamer ne nous affectèrent nullement. Mais une fois en pleine mer plusieurs d’entre nous commencèrent à ressentir les atteintes de ce mal mystérieux, sans cause apparente, comme sans remède possible, qui sévit d’une manière si pitoyable sur le voyageur inexpérimenté. Néanmoins, malgré les pronostics funestes de quelques mauvais plaisants, c’est à peine si un tiers des Zouaves souffrit réellement du mal de mer ; les autres tinrent bon et secourèrent autant qu’il était en leur pouvoir lzurs camarades moins heureux. D'ordinaire, les passagers souffrent de cinq à six jours et quelque fois davantage, avant de s’accoutumer au roulis du vaisseau ; mais comme si les éléments eux-mêmes eussent voulu faire exception en notre faveur dans cet heureux voyage, le calme de la mer permit, dès le troisième jour, à nos Zouaves malades, de monter sur le pont et de reprendre leur santé et leur bonne humeur au souffle rafraichissant de la brise marine.
« Le lendemain de notre départ de New-York se trou vant être un dimanche, le révérend M. Moreau, notre aumônier, se prépara à nous dire la Sainte-Messe, Un autel portatif fut érigé dans le salon et tout était prêt,
uand, au moment de commencer, M. Moreau fut saisi
’une violente attaque de mal de mer; et, à son grand pe son état l’empècha de célébrer le saint sacrifice ce
ur- Un triste événement vint jeter un nuage sur la gaieté des voyageurs ; un pauvre Français, revenant de New- York dans son pays, après avoir été ruiné dans toutes ses espérances, mourut pendant la nuit d’une mort si subite qu'il n'eut pas le temps de voir un prêtre avant de rendre son âme. Pour diminuer autant que possible l'impression d'un tel événement sur l'esprit des ogg le capitaine donna ordre de faire ses funéraille secret ; à cinq heures du matin il fut causu dans un linceul de toile et lancé dans les flots avec un boulet de trente-six livres aux pieds ; tels sont les usages de la mer et tel est le tombeau C: ceux qui meurent a Le ef pus sur le vaste oréan. Son corps deviendra la proie monstres marins ; aux chrétiens pieux incombe k devoir de prier
ZOUAVES PONTIFICAUX. t8t
« Le 26, jour du Mercredi des Cendres, M. Moreau se trouva a * as de bien pour nous dire la Sainte-Messe ; et nous eûmes la consolation de commencer ainsi par des actes religie.. x cette époque de pénitence et de mortification qu’on nomme le carême, et qui, par les obligations de prière et d’abnégation qu’elle impose, est comme le résumé de tous les devoirs du chrétien. Les autorités ecclésiastiques, toujours indulgentes, ont dispensé d'avance les Zouaves des lois de l’abstinence ; les fatigues d’un voyage sur mer et les fatigues pius grandes qui nous attendent dans l'avenir rend?nt un régime substantiel éminemment nécessaire ; et sous ce rapport nous n'avons qu’à nous louer des cuisiniers et des maîtres d’hôtel de la compagnie transatlantique. Mais il nous reste encore la faculté d'observer le temps du carême par des prières et des pratiques de dévotion ; et quand nous serons à Rome, nos devoirs militaires nous fourniront amplement les moyens de suppléer par des services actifs au défaut des observances religieuses qui sont le partage des fidèles menant une existence paisibie. Dimanche dernier, c’està-dire le premier de mars, nous avons encore eu la messe, et nous avons célébré le jour du Seigneur par une parade militaire sur le pont du steamer dans la matinée, et le soir par toute la franche gaieté qui peut animer une réu nion de Canadiens-Français.
« L'organisation des Zouaves à bord était calculée de manière à faire observer la régularité et l’ordre le plus parfait. Vous savez déjà que l'autorité militaire appartient au commandant Taillefer ; par ses soins le détachement a été divisé en deux com ies : la première sous les ordres du capitaine Charles de Cazes, et la seconde sous ceux du capitaine Edmond Fréchette, Comme la salle à diner n’est pas assez vaste pour contenir les deux com-
ies à la fois, elles prennent leurs repas l’une après
’autre ; les ordres du jour du commandant sont affichés
tous les matins Tr cette même agde en outre, dans € ie, il y à un sergent du jour qui est de fai es «ar les règlements, et des 4
ls incombe le de veiller aux besoins des
“es zouaves qui continuent encore à souffrir du mal
mer. Vous voyez donc que tout se passe à bord avec
un ordre tout militaire ; et maintenant je vais vous donner
ua tableau, heure par heure, de nos de voyage
sur l'océan. | « Le lever était (né à six heures et demi, et sauf ceux
qui étaient plus ou moins indisposés, chacun s’y conformait strictement. Quand on avait la sainte messe elle avait lieu à sept heures du matin : puis on se promenait sur le pont en respirant la fraicheur du matin jusqu’à l'heure du déjeûner. A neuf heures on sonnait le déjeûner pour la première compagnie, et,aussitôt que celle-ci avait fini, c'était le tour de la seconde. Onavait pour ce repas deux plats de viande, desserts, et vin français à discrétion ; et je vous assure que les Zouaves y faisaient bien honneur. À 1 heure on avait un lunch composé de bouillon en tasse, de pain et de beurre ; à quatre heures on dinait dans le même ordre que pour le déjeûner; enfin à huit heures du soir on prenait le thé. Je puis ici rendre hommage, au nom de tous les Zouaves, aux rostheafs succulents préparés par les cuisiniers de la compagnie ; à la prévenance polie de notre maître d'hôtel, et à l’activité empressée des hommes de service.
« D’ordinaire, entre les repas, chacun vaquait à ses affaires de la manière qu’il l’entendait ; les uns lisaient, les autres fumaient, se promenaient sur le pont, ou nonchalamment étendus sur les sofas, causaient du Canada qu'on quittait pour si longtemps, et de leurs amis ou
ents éloignés de toute la largeur de l'océan. Mais c’est
e soir que nos réunions étaient les plus bruyantes et les plus animées ; rassemblés dans le salon des secondes, nous ssions le temps de la manière la plus agréable du monde. es bons mots d’une verve toute gauloise ; des chansons du pays chaniées avec un entrain merveilleux, et des histoires drôlatiques contées par les loustics de la bande, faisaient resonner le navire de joyeux éclats de rires. Nos chers aumôniers, le RR. MM. Moreau et Lussier, venaient s'asseoir au milieu de nous et, par leur présence. tout en encourageant notre gaîté, faisaient éviter jusqu'aux plus légères inconvenances. Enfin le temps du voyage nous a passé aussi rapidement et aussi agréablement que nous pouvions le désirer.
« C'est auj «immo Vs von ps ce la nuit du ? au 3 mars, juste à l'heure le minuit, que les marins aperçurent les i lumières sur les côtes de la Br e. Ala eg nouvelle de cetie vue si insignifiante qu'on avait
la France, un enthousiasme universel s'empara des
à 8 eg imp man, agadir + en beton 7 06 : à 2 î Pt en Y ; L i
siècles, ies ancêtres des Canadiens, pour fonder une nouvelle nationalité, basée sur le respect et ia fidélité aux lois divines. Ah ! leur enthousiasme est bien justifiable ; et la France elle-même a le droit d’être fière de ses enfants du Canada ; ils ont conservé fidèlement la devise de ses anciens chevaliers: «Dieu et patrie,» et ils pourront tra. verser la patrie de leurs ancêtres le front haut et le cœur Joyeux.
« L’ancre est descendue avec bruit au fond des flots et nous retient pour quelques heures dans la pittoresque rade de Brest. M. Moreau doit nous quitter ici pour un Ou deux jours ; il se rendra directement à Paris afin d'y tout préparer pour notre arrivée. M. Lussier reste avec nous et nous accompagne au Hâvre,où nous allons arriver probablement dans le courant de la nuit prochaine. Nous traverserons la France en uniforme et drapeau déployé ; legcapitaine nous a assuré que les autorités impériales, loin d'y mettre obstac!}, feraient tout en leur pouvoir pour nous aider. Tant mieux pour nous et tant mieux pour l’empereur Napoléon IH ! »
Quelques extraits de deux correspondances d’un zouave publiées dans la Minerve du 23 mars, complèteront peutêtre, dans certains détails, la lettre de M. de Hempel.
« Le 22 du mois dernier, vers une heure de l’après-midi, le Saint-Laurent laissait le port de New-York au milieu des applaudissements des nombreux spectateurs accourus sur la rivé pour être témoins de notre départ. L’Ave Maris Stella se fait entendre : nous invoquons l'Etoile de la mer et la prions de protéger notre route. Le sentiment religieux qui nous anime fait place au sentiment guerrier pour un iostaut, et nous entonnons d'un commun accord l'air populaire de Malb'rough s'en va-t-en querre. Les applaudissements redoublent sur le rivage, les mouchoirs s'agitent avec frénésie. Nous saluons de loin les membres du Comité des Zouaves et Monseigneur Pinsonnault qui venait de nous bénir. Bientôt nous n'asercevons she que la grande cité de New-York et les villes voisines qui
nous
Neptune. Ceux qi ne sont pas atteints du mal de mer— et ils ne sont pas légion—prennent soin des autres et se font Sœurs de Charité. M. Victor Hudon, en compagnie duquel nous fesons la traversée, se multiplie en cette occasion et met à profit l'expérience de ses voyages précédents. Nous le voyons partout où il se fait sentir des besoins. Aussi s'est-il acquis parmi nous une reconnaissance qui durera longtemps.
« Le lendemain de notre départ, nous rencontrons un trois-mâts qui passe à une distance assez rapprochée de nous. Nous le suivons de l’œil ; son volume diminue de minute en minute. Bientôt il n'apparaît plus à nos regards que comme une mouette balancée sur le crête d’une vague, puis il disparaît dans le lointain vaporeux.
« Nos amusements à bord, continue le même correspondant, étaient variés Les uns s’adonnaient à la lecture de livres que fournissait la bibliothèque du navire, d’autres pus aux cartes, et c'était le grand nombre. Le soir, i ÿ avait réunion dans le salon, et là nous chantions des hymnes et des chansons du pays. Plus d’un farceur a égayé la monotonie de la traversée par des chants comiquesque n’auraient pas dédaignés Trottier ou Boucher. Nous avions nos concerts. L’orchestre se composait de deux flûtes, d’un flageolet et d’un violon. En somme, les amusements n’ont pas manqué.
« Ainsi, disait un autre Zouave en terminant sa lettre, honneur et louange à Marie Immaculée qui nous a conduit avec tant de sollicitude, tant de bonté maternelle. Nous avons eu une traversée des plus heureuses et des plus rapides, puisque nous avons filé avec une vitesse de quatorze à quinze milles à l'heure, pendant tout le voyage ; toujours un vent favorable. Jamais le Saënt Laurent n’a fait une traversée aussi belle, au rapport des matclots. « I faut, nous disaient quelques-uns, que votre entreprise « soit bonne: vous êtes protégés par la Providence. »