‹ Le Canada et les zouaves pontificaux [microforme]Chapitre 70 sur 82 · L'ARRIVÉE A ROME · texte numérisé non relu

L'ARRIVÉE A ROME

La traversée de Marseille à Civitta-Vecchia s’opéra en trente-six heures, par un très-beau temps et sans trop

d’incommodités pour chacun, quoique les Zouaves fussent un peu à l’étroit à bord du paquebot. Le lendemain de leur départ, 9 mars, lés Zouaves longèrent l’île de Corse, tn e Napoléon I, et un peu plus tard l’île d’Elbe, où e grand capitaine fut relégué.

Is arrivèrent le même soir, à Civitta-Vecchia, vers huit heures. Monseigneur Desautels et M. le chanoine Hicks les y attendaient, et aussitôt que le vaisseau eut mouillé, ils se rendirent à bord accom pagnés des Zouaves Canadiens Alfred Larocque, Murray, Prendergast et Haïinault.

« Un grand nombre d’entre nous, écrivait l’un des Zouaves, étaient de vieilles connaissances pour ces Messieurs; en peu d’instants tout le détachement avait environné la petite troupe de nos compatriotes, et quelle bonne demi-heure de causerie nous passâmes ! »

On informa alors les Canadiens qu’ils ne descendraient à Civitta-Vecchia que le lendemain matin; maïs, par les soins de Monseigneur Desautels, tout avait été préparé afin que leur départ pour Rome eut lieu le léndemain, de manière * leur permettre d'arriver de jour dans la Ville- Eternelle. Ils couchèrent à bord du bâteau.

Le lendemain matin, 10 mars, les Zouaves descendirent à la hâte dans la Vieille Cité, où ils prirent le déjeuner. M. l'officier Caulier, chargé de recevoir les recrues, s’était donné une peine infinie pour tout préparer, et le détachement laissa Civitta-Vecchia pour Rome à 10 h. A. M. par train exprès. Tout le monde était frais et dispos ; on n'eut jamais imaginé que ces braves jeunes gens arrivaient d’un si long voyage.

« Notre airnable guide, M. Caulier, écrivait l’un d’eux, avait, conformément à ses ordres, télégraphié notre départ de Civitta-Vecchia au pro-ministre des armes, le général Kansler. Nous étions donc attendus, Aussi quel magnifique spectacle s’offrit à nos yeux en arrivant à la gare! Le général de l’armée pontificale, le colonel Allet, le lieutenant-colonel de Cuarrette, une foule d’officiers et de sous-officiers, une mulütude de Zouaves musique en tête, un peuple innombrable, et comme une belle couronne leurs Majestés, le Roi et la Reine de Naples, tous étaient là pour nous recevoir. M. le commandant Taillefer fit descendre ces hommes des chars et de sa belle voix les rangea en ligne. Tout le monde l’admirait à la tête de sa magnifique compagnie. On voyait, cependant, qu’il ne pouvait se défendre d’une certaine émotion, sous le feu des regards de tant d'illustres personnages. »

Après les présentations officielles, tout le monde se mit en marche pour se rendre à St. Pierre, le détachement Canadien étant précédé par le corps de musique des Zouaves Pontificaux qui jouait la marche de Mentana. On avait, de pins, avec une délicatesse bien honorable, fait remettre à nos Zouaves un drapeau pontifical, à leur arrivée à Civitta-Vecchia. C’est avec ce noble étendard et celui du Canada qu'ils traversèrent la Ville-Eternelle, se dirigeant vers la basilique de St. Pierre.

Au château St. Ange, une escouade de Zouaves présenta les armes aux volontaires Canadiens. En passant devant le Vatican, une fenêtre s’ouvrit et ceux-ci aperçurent l'illustre Vieillard pour lequel ils sont allés combattre. Sa

‘vue produisit une profonde sensation parmi la foule.

Quant à nous, écrivait l'un @es Zouaves, nous étions fous, nous pleurions. | ;

Le Saint-Père avait, paraît-il, l'intention de donner sa bénédiction aux Canadiens,maïis le druitde la musique étouffa le commandement : halte ; et ainsi, par un regrettable mal entendu, ils ne purent recevoir, dès leur arrivée, cette précieuse faveur,

On rappore LA regardant le corps des Zouaves Canadiens, le Saint-Père s’est écrié : Le Canada est une terre privilégiée.

Une minute plus tard les pas de nos volontaires retentissaient sur le pavé du temple de St. Pierre, et là, écrit l’un d’eux, au milieu d’un silence religieux, nous tombâmes à genoux pour prier devant le tombeau du prince des apôtres. Ah ! quelle émotion un cœur chrétien n’éprouve-t-il pas, en voyant cet édifice imposant qui durera aussi longtemps que le monde, élevé à la gloire de ces martyrs naguère bannis et méprisés par le paganisme ! Quelle consolation pour ceux qui de leur vivant se voient

. traités légèrement par les prétendus esprits forts, les sages insensés de ce monde.

Après avoir prié quelques instants, les Zouaves Canadiens, toujours accompagnés d’une foule considérable, se rendirent à la caserne qu’on leur avait préparée, dans le couvent de St. François. sous le toit même qui a anciennement abrité ce grand saint et au milieu de ses zélés imitateurs, les religieux franciscains.

Dans des corridors spacieux et bien aérés étaient alignés

des lits de fer avec des matelats et des couvertures admirables de propreté. Dans le jardin du couvent, il y a un oranger six fois séculaire qui a été planté par le saint lui-

même ; et ses fruits sont tenus en grande vénération par le peuple romain. A côté est l’église, avec des messes tous les matins jusqu’à midi ; enfin tout autour des Canadiens leur rappelait qu'ils étaient des soldats d’une cause sacrée, et qu'ils ne devait jamais perdre de vue leurs devoirs de chrétiens.

Comme on n'avait pas eu le temps de préparer les rations, à leur arrivée aux casernes, chaque homme reçut vingt sols pour se nourrir. Tous étaient dans l’allégresse ; anciens et nouveaux Zouaves fraternisaient à merveille,

L'arrivée des Canadiens, écrivait quelque temps après l'aumonier du détachement, M. Moreau, a causé ici une immense sensation. On ne parle partout que des forestieri, les Zouaves étrangers, qu’on attendait avec tant d’impatience.

On compte beaucoup sur les Canadiens et on a la plus grande confiance dans leur courage, écrivait M. lPabbé Moreau. Le colonel Allet a été jusqu’à dire qu'avec 10,000 Canadiens, il se fesait fort de parcourir toute l'Italie en vainqueur. Le lieutenant-colonel de Charette est très-satisfait des hommes qui composent le détachement, et on l’a entendu répéter à plusieurs reprises: «Ce sont de beaux hommes. » Pour prouver aux Zouavez du Canada qu'il les a en grande estime, il leur a donné de sa propre bourse dix sous par tête, outre les dix sous fournis à chaque homme par le gouvernement, à notre arrivées

Le lendemain de leur arrivée, 11 mars, ils furent conduits à la caserne St. Michel, où, après avoir remis leur papiers, ils siguèrent leur engagement pour deux ans dans l’armée pontificale.

Ils avaient encore leur costume de voyage, qui les distinguait parmi tous les militaires stationnés à Rome. Aussi étaient-ils l’objet de l'attention générale. L’uniforme gris donne dans l'œil des oisifs, écrivait l’un de nos Zouaves ; et ils sont nombreux ici. Sur le Corso et au Piuchio, la foule s’arrêtait pour regarder les enfants du Canada. On admirait leur taille svelte et élancée, et Pair de santé répandu sur leurs figures ; on leur exprimait par des marques non équivoques, les sympathies que lon éprouvait pour eux.

Le jour de l’engagement, le lieutenant-colonel de Charette invita M. Taillefer à déjeuner chez lui, le priant d'amener deux de ses compagnons. M. Taillefer choisit M. de Cazes et M. de Hempel. Pendant le repas, écrivait ce dernier, M. de Charette nous interrogea beaucoup sur

le Canada et les Canadiens qui, en grande partie, sont ses compatriotes par descendance, lui-même étant Breton. Après le repas, on leur mérageait une surprise. Le colonel fit passer ses hôtes dans un appartement voisin, où il avait fait apporter un uniforme de zouave proportionné à la taille de M. Taillefer. Il Le lui fit endosser, et tout le reste du jour visita Rome avec lui. Ils furent au Pincio, au Corso et enfin chez un photographe ensemble.

Le lieutenant-colonel des Zouaves Pontificaux est petitfils de ce fameux Charette le Vendéen qui, devant être fusillé par les sans-culottes, commanda lui-même le feu d’une voix si ferme que ses bourreaux en pâlirent. Son petit-fils lui ressemble en tout point ; d’une conformation physique qui ferait envie à un lutteur antique, la force en lui n'exclut pas la beauté et la distinction ; et quant au courage, on sait qu'à Mentama il lança son sabre au milieu des Garibaldiens, et s’élança ensuite lui-même pour le reconquérir, de même que le grand Condé fit à Rocroy avec son bâton de maréchal. Son cheval fut tué sous iui dans cette bataille; et ses Zouaves, qui, après l'avoir vu si terrible au feu, le voient tous les jours poli et affable avec eux, en sont tout-à-fait enthousiastes et se feraient hacher en morceaux plutôt que de paraître indignes de leur colonel au jour du combat. (1)

Le 16 mars, les Canadiens abandornèrent le costume de voyage pour prendre à la place l’élégant uniforme de zouave. « Chacun, écrivait le correspondant de la Minerve, s’est revêtu avec joie de l’habit des croisés de 19me siècle, noble vêtement fait pour couvrir des cœurs nobles et généreux. Il se compose d’une veste juste au corps et d’un gilet ouvert sur le devant ; d’un pantalon large se resserrant au bas du genou ; d’une molletière en peau teinte en jaune, d’une guêtre en toile blanche pour l'été et en cuir noir pour l'hiver, avec manteau et képi d’un gris tendre comme le reste de l’uniforme. L’étoffe de l’uniforme des Canadiens est d’une qualité supérieure à celle portée jusqu'ici On nous traite en véritables enfants gâtés. Nous espérons qu'il en sera de même sur le champ de bataille, et que l’on nous indiquera des positions favorites.»

« Le lendemain matin, écrivait un zouave, tandis que nous étions rangés en bataille pour l'exercice, notre capitaine, M. de Kermoël, vint nous annoncer que dans l'après-midi le Saint-Pére nous accorderait une £udience

; () Correspondance spéciale du Nouveau-Monde.

articulière. Rendez-vous fut donné à tous à la salle des

uisses au Vatican, pour quatre -heures, et chacun s’y rendit de son côté à pied ou en vciture, mais en tenue rigoureusement uniforme et le sabre-bayonnette au côté. Nous y rencontrâmes Monseigneur Desautels, MM. Hicks, Moreau, Lussier, ainsi que M. LaRocque et autros Canadiens déjà zouaves depuis quelques temps. Le colonel Allet, le lieutenant-colonel de Chare'’ e et le capitaine de Kermoël étaient également venus avec nous; et comme pour couronner la solennité de cette audience, le . général Kanzler, commandant-en-chef des armées pontificales, voulut nous honorer aussi de sa présente.

« À quatre heures un huissier nous introduisit dans la salle d'audience, décorée avec toute la magnificence qui doit entourer un Pontife-Roi et ornée de peintures des premiers maîtres de l’art italien.

«On nous plaça sur deux rangs, chaque côté de la salle, les deux extrémités se trouvant réunies par un rang posté en travers.

« Nous étions tous absorbés dans la contemplation des beautés du lieu où nous étions, quand les battants de la porte s’ouvrirent tout à coup, le brillant uniforme des gardes-nobles fit son apparition d’abord, puis la soutane violette des prélats, puis... nous tombâmes à genoux et Pie IX se montra à nos yeux éblouis et émus. Faisant allusion à notre position, il nous dit gaiement: «Ah! il ne manquait plus que moi pour former le carré ; eh! bien, me voilà, mes braves.» Puis, allant se placer sur son trône : « Relevez-vous, mes enfants, » nous dit-il de sa voix à la fois douce et majestueuse.»

Quand les Zouaves se furent relevés, MM. les abbés Moreau et Lussier allèrent s’agenouiller devant Sa Sainteté, et le premier donna lecture d’une adresse des évèques de la province de Québec, dans laquelle ils recommandaient les Zouaves Canadiens au Père commun des fidèles. Le Pape l’entendit avec un contentement manifeste, et l'émotion le gagnant, ses yeux se mouillèrent de larmes. Il répondit en français par un discours rempli d'onction . et de fermeté qui dura près de dix minutes ; on reconnaissait le roi sous lhabit du pontife. Voici comment un correspondant a résumé cette allocution. |

« Il commença par dire que l’arrivée à Rome des volontaires Canadiens, dans l'intention de défendre le siége de la catholicité, contre les barbares du siècie, était une grande consolation pour lui, au milieu des persécutions

dont il est l'objet. Le mouvement qui vient de s’opérer au Canada, plaide beaucoup en sa faveur et l'Eglise le regarde d’un œil très-favorable. «3e loue votre courage, « mes enfants, nous d't-il. Nouveaux Gédéons, vous venez « combattre les combats du Seigneur ; et je suis certain « que vous marcherez sur les traces du grand capitaine « dont je viens de vous donner le nom, si jamais l’occasion «se présente. Mais quoiqu'il arrive, j'ai un conseil à vous « donner : dans la guerre comme dans la paix, soyez chré- « tiens, craignez Dieu et marchez hardiment. Maintenant, «chers enfants, je vais vous donner une bénédiction qui « vous accompagnera toujours sur le chemin de la vie; «une bénédiction qui va s'étendre à vos parents et à ceux + qui ont contribué à vous envoyer au secours de l’Eglise.

« Ainsi, je vous bénis au nous du Père, afin qu'il vous «inspire la force et le courage qui a fait triompher 500 « Israélites avec Gédéon à leur tête, contre un ennemi dix « fois plus nombreux ; je vous bénis au nom du Fils, afin « qu’il vous accorde de persister dans les bonnes résolu- « ons qui vous animent aujourd’hui ; enfin, je vous bénis «au nom du Saint-Esp'it, afin qu’il vous donne la ferveur «et la piété, pour que vous restiez toujours bons soldats et « surtout bons chrétiens.»

« À ces mots, écrit M. de Hempel, nous mîimes un genoux en terre et nous reçumes avec un recueillement et une ferveur difficiles à décrire la sainte bénédiction du Souverain Pontife. Puisse-t-elle nous accompagner dans les combats et dans tous les Jours de notre vie !»

Après la bénédiction, le Saint-Père fit apporter par un des prélats des médailles en argent, et, faisant le tour de nos rangs accompagné de deux cardinaux, des aumôniers et des officiers, il daigna les distribuer lui-même aux Zouaves. En passant devant le capitaine Taillefer, le général Kanzler dit à Sa Sainteté que c'était là le commandant des Zouaves pendant le voyage, et lui rappela l'incident du port de Marseille, lorsque le capitaine fit baisser la tête à un individu qui avait insulté le drapeau:

— Ah! c’est ainsi que vous attaquez les ennemis du Saint-Siége avant d’être à notre service, lui dit Sa Sainteté, en lui prenant familièrement le bras; eh! bien,. j'espère que vous en ferez autant à l’avenir.

Après avoir donné à M. Taillefer sa médaille, il continua et en donna, de sa propre main, une semblable à chacun de nous. Pendant cette distribution, le Saint-Père

fit diverses questions à plusieurs des Zouaves et s’appuya

206 LE CANADA ET LES familièrement sur leurs épauies. Ceux-ci étaient tout attendris de ces marques de bonté et de l’émotion visible qui agitaient le chef d" l'Eglise.

A l'extrémité & 1 détachement, se trouvaient six hommes qu’on avait laissés intentionnellement dans leur costume canadien. « J'étais par bonheur du nombre de ces six, écri vait un zouave, et le premier. Arrivé à moi, le Pape s’arrête, me pose la main sur l'épaule droite, et puis sur la poitrine, où il a dû sentir mon cœur baître ; comme une bonne mère, il voulait palper l’étoffe canadienne avec laquelle nous étions venus : « Voilà, a-t-il dit, de belle et bonne étoffe de laine.» Ensuite, prenant dans ses mains le béret de mon deuxième voisin : «Mais c’est presque là la calotte du,Pape, a-t-il dit en comparant avec sa propre coiffure. Comment, c’est ainsi qu’on empiète sur mes droits ! »

Puis, reprenant des mains du cardinal, qui l’en avait dé. barrassé, le précieux béret, il le remit avec la plus gracieuse amabilité sur la tête de mon cher voisin.

La médaille donnée aux Zcuaves est en argent et de la grandeur d’une pièce de deux francs ; d’un côté est l’image de Pie IX avec ces mots: Pius IX Pon. Max. An. XXII ; sur le revers est celle de St. Pierre et St. Paul, avec cette légende en latin : Romæ parentes arbitrique gentium.

La distribution des médailles finie, le Saint-Père bénit de nouveau les Zouaves et les laissa tous attendris et joyeux d’avoir été l’objet de tant de sollicitude et de tant de bonté. « Qu'ils viennent maintenant, les garibaldiens ! » s’écriaient plusieurs Zouaves aver feu. Cette journée restera longtemps gravée dans leur mémoire et comptera parmi leurs plus beaux jours.

« Maintenant, un mot de notre vie de caserne, écrit un zouave. Ce n’est pas le moins intéressant pour nos bonnes mères, dont la tendresse s’alarme si facilement. Mais qu’elles se consolent, nous n’avons rien à envier au bonheur. Le clairon sonne le réveil à cinq heures ; on passe le café que l’on reçoit dans de petits gobelets en fer-blanc. Le lever a lieu une demi-heure plus tard, puis l’appel se fait à six heures et demie. L'exercice commence aussitôt et se continue jusqu’à neuf heures et demie. Il cesse alors pour nous permettre de prendre la soupe. A midi il recommence pour se terminer à 3kheures. Le reste du jour est à nous jusqu’à huit heures, et même jusqu’à dix heures, avec la permission de notre capitaine. A dix heures, les feux s’éteignent et la caserne rentre dans le repos.

« L’appétit ne nous fait pas défaut. L'exercice militaire

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vaut mieux que toutes les absinthes du monde—voire même le célèbre amer de Gianelli. Nous savourons avec délices les sances piquantes préparées d’après les ordres du caporal d'ordinaire Drolet, sauces qui nous auraient fait faire plus d’une grimace au pays.

« Lorsque nous fesons les becs fins—comme nos mères nous disaient jadis—nous allons au café, et pour quelques sous, nous fesons ripaille. Tout se vend à bon marché ; ici les sous valent les chelins du Canada. Nous n'avons actuellement que trois sous de solde par jour, en attendant que notre masse soit au complet ; alors nous aurons six sous par jour; ce sera l’âge d’or—et nous irons faire un voyage dans le pays de Cocagne.»

est ainsi que les Zouaves Canadiens furent rapidement initiés à tous les détails de leur nouveau genre de vie. Ils montrèrent en toute circonstarice une soumission et une abnégation admirables, se soumettant avec bonne volonté à tous les sacrifices et à toutes les privations inséparables de la carrière militaire. Ils trouvèrent, sans doute, ces sacrifices d'autant plus durs, que pour la plupart ils ont été élevés dans le luxe et l'abondance ; cependant, ils les acceptèrent avec courage, et la grande pensée qui les avait conduits à Rome leur fit tout endurer facilement. A la date du 7 mai un Canadien, qui se trouvait à Rome, nous écrivait à nous-même: « Jamais troupe de volotaires n’est arrivée ici sous de si beaux auspices. Un grand prestige est attaché aux Canadiens, et ce prestige ils le conser. vent, Dieu merci; tous les jours j'entends faire, par les officiers supérieurs, des compliments sur leur compte. On les estime, on les aime; il faut dire aussi que nos compatriotes se conduisent bien. »

Peu de temps après son arrivée, M. l'abbé Moreau, d’après les instructions du Comité, loua des salles sur la Place Farnèse pour l’usage des Zouaves Canadiens. Tout auprès est une église, l’église Ste. Brigitte, dans laquelle M. l'abbé Moreau eut son confessionnal. «J’ai entrepris, écrivait-il plus tard, à la date du 9 mai, de donner ie mois de Marie à nos chers Zouaves Canadiens, et je m'en félicite, car les exercices sont très-régulièrement suivis, et la chose a pour eux beaucoup d’attrait. Notre petite église de Ste. Brigitte est transformée en une chapelle toute canadienne. Nous y chantons des cantiques et des motets Que Dee: et M. Desjardins conduit son chœur à merveille.

«Les dames sont pour nous remplies des meilleures

attentions: elles nous envoient des fleurs pour orner notre autel, et la sœur de la reine de Naples, qui est ici notre voisine, nous a l’autre jour fait parvenir une corbeïlle comme on n’en voit qu’à Rome.»

Quelques mois après, M. Moreau dut abandonner ces salles pour en louer d’autres, plus vastes et mieux adaptées à la destination qu’on leur donnait. Les Canadiens prirent possession de leur nouveau cercle le 3 de juin, jour même de l’arrivée du second détachement. « Hier, écrivait M. Moreau à la date du 4 juin, était le jour fixé pour l'inauguration des nouvelles salles de réunion des Canssiens. Aussi à 6 h. P. M, nos jeunes gens au nombre de plus de cent, circulaient dans les nonveaux appartements de lenr Cercle, lesfanciens faisait connaissance avec les nouv=aux, leur faisant part des fruits de leur expérience de trois mois, et surtout s’informant de mille et mille choses sur ie pays. Je profitai de la circonstance pour donner lecture à nos braves de la lettre que Monseigneur de Montréal leur avait adressée. Vous ne sauriez croire avec quelle religieuse attention et avec quelles émotions ils écoutèrent Ces paroles paternelles, qui leur venaient d’un évêque vénéré et aimé de la patrie : les uns pleuraient, les autres battaient des mains. Ils ont été grandement touchés surtout en entendant Sa Grandeur leur dire ques par ses soins, une lampe brûlait pour eux, depuis leur départ, devant la statue de St. Jean-Baptiste de la Cathédrale, et continuerait à brûler jusqu’à leur retour.

« Maïs il fallait terminer cette séance en zouzous et en zouzous canadiens. On crie: musique ! musique! puis après quelques chansons le bal s'ouvre et la danse commence au son du piano; car il faut que vous sachiez que

<et instrument est un des meubles qui ornent nos salles de réuninn

« Ces salles, continue M. Moreau, sont très-vastes, trèsbien aérés, et je pourrais dire très-belles ; outre deux grands appartements, dont l’un pour les jeux et l’autre pour la lecture et l'écriture, il y a deux bons appartements pour votre serviteur (car je voulais demeurer avec mes AETT trois autres chambres à louer à ceux des nôtres -qui veulent avoir une chambre à eux, deux petites pièces pour recevoir les malles ef hardes du bataillon et enfin la salle dite buvette, où on sert à nos jeunes gens, le café, le vin, la bière, les trois boissons favorites de Rome.» «Les <hoses s’y donnent au prix coûtant, remarquait M. Moreau

dans une autre lettre (1) au Comité. Le vin qui se vend trois sous le verre, ailleurs, ne se vend que deux sous chez nous, celui de deux sous se vend un sou ici. Il en est de même de la bière et du café.»

Deux pensées avaient engagé le Comité à donner aux Zouaves Canadiens les moyens d’avoir un Cercle à Rome : la première, de conserver chez eux le sentiment national, l'esprit de corps, en leur permettant de se voir et de se réunir souvent ensemble ; la seconde, d'augmenter leur comfort et leur bien être matériels, en leur procurant le vin et les autres objets de consommation en usage à Rome, aux prix les plus accessibles à leurs bourses. D'après les lettres reçues au Comité, nous devons reconnaitre que ces deux pensées ont été appréciées par les Zouaves, et

ue le double but que se proposait le Comité a été paraitement atteint.

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