‹ Le Canada et les zouaves pontificaux [microforme]Chapitre 73 sur 82 · LE TROISIÈME DÉTACHEMENT · texte numérisé non relu

LE TROISIÈME DÉTACHEMENT

L'annonce officielle du second détachement en avait fait espérer un troisième, qui était, avec le quatrième, ren nécessaire pour répondre aux nombreuses offres de services que possédait le Comité. Le troisième détachement fut 1s6 pr u’en même temps que le deuxième, et son chiffre fut fixé à trente hommes. furent convoqués à Montréal pour mercredi, le 27 mai.

Le soir de ce jour, ils assistèrent aux exercices du mois de

Marie au Gesü. LeR. P. Beaudry, qui conduisait ces ieux offices, s’inspira de leur présence, pour leur adresser es paroles pleines de chaleur et d’éloquence. Puis il y

eut salut du Très-Saint Sacrement en musique.

Le jeudi matin, Monseigneur Grandin, vicaire apostolique du Nord-Ouest, dit la messe à Notre-Dame de Bonsecours pour ces Zouaves, M. l'abbé Routhier, qui a accompagné le détachement rude Rome, dit sa messe en même temps, à l’autel latéral de St. Joseph.

Monseigneur avait pour assistant le R. P.. Charpeney. Ceux des Zouaves qui n’avaient pas fait leurs dévotions dans leur paroïsse ont communié, ainsi que toute l’Ecole Normale, professeurs et élèves. Ces derniers ont voulu donner ce nouveau et touchant témoignage de leurs ardentes sympathies pour les Zouaves Pontificaux.

La pieuse église de Bonsecours était magnifiquement décorée et illuminée, et la foule remplissait la nef.

Les membres du Comité Canadien des Zouaves Pontificaux assistaient à la messe avec leurs Zouaves.

Après l'office, Monseigneur Grandin s’avança vers les balustres et prononça une allocution de circonstance. Sa C:andeur, prenant pour texte les paroles que Dieu adressait à Abraham, lui enseignant de tout quitter pour obéir à sa voix, a fait un touchant D terra entre le mis. sionnaire et le zouave pontifical, tous deux missionnaires de la cause de Dieu. L'un va dans les pays inconnus porter aux barbares la bonne nouvelle ; l’autre part pour aller défendre ce même Evangile attaqué par des barbares d’une autre espèce en plein pays civilisé.

Monseigneur Grandin, son grand-vicaire, le R. P.Charpeer M. le chanoine Hicks, Messire Aubry, M. Guillemet,

. C. A. Leblanc, M. F. X. A. Trudel, les deux secrétaires et les Zouaves, ont été ensnite les hôtes de M. l'abbé Verreau, dont les adieux ont été fort beaux. Sa Grandeur a également pris la parole et l’a fait avec son bonheur ordinaire.

A deux heures, les Zouaves se réunirent dans le grand salon de l’Evêché, où Monseigneur de Montréal, Monseige Grandin et un clergé irès-nombreux de la ville et

e la campagne les accueillirent à leur arrivée. Bientôt après, la cérémonie religieuse commença ; on remarquait dans le chœur la présence de HE évêque de Toronto; la foule des fidèles remplissait la cathédrale, et les autels étaient magnifiquementilluminés, Les Zouaves occupaient les premières rangées des bancs de la nef. Le

chant et la récitation de l’Itinéraire eurent d’abord lieu ; Monseigneur de Montréal et !-- ’ouaves alternant dans ces prières.si magnifiques et si touchantes.

Puis, Sa Grandeur monta en chaire et parla pendant une demi-heure à nos généreux volontaires sur la signification symbolique de l’épée, cette arme redoutable du soldat courageux, les devoirs que leur imposait leur dévouement et la solidarité de leurs actes ici, en voyage, à Rome, dans leur vie de caserne ou de combat, qui en fait les représentants de leur nationalité, des catholiques du Canada et des fidèles du monde entier. « Partez, disait « Sa Grandeur avec émotion, partez, jeunes gens, l’élite de « nos enfants, allez droit votre chemin à Rome, ne regar- « dez ni à droite, ni à gauche, ni en arrière de vous; ne « craignez jamais rien que Dieu. C’est sa cause que vous «allez défendre; craignez de n’en être jamais assez « dignes; pour le reste, soyez sans crainte, c'est le moyen « d’être sans reproche. Allez votre chemin et craignez « Dieu !»

Les Zouaves s’avancèrent ensuite aux balustres, et, chacun ayant un cierge ardent à la main, ils récitèrent avec leur digne aumônier, M. l'abbé Routhier, l’acte de consécration au saint cœur de Marie. Ils reçurent, en même temps, divers objets de piété, brochure, prières, chapelet, médaille, etc., à titre de souvenirs du départ.

Le salut du Très-Saint Sacrement fut chanté par le chœur de la Cathédrale, après quoi le détachement revint au salon de l'Evêché, où Monseigneur Lynch s’adressa aux Zouaves dans les termes suivants :

On lit sur les armes des souverains d'Angleterre ces mots admirables, dignes des siècles de foi: «Dieu et mon Droit.» Braves jeunes gens, l'élite de la nation canadienne, vous choisis entre mille pour voler au secours du Souverain Pontife, cette devise, il me semble, est la conséquence de celle que porte votre magnifique drapeau qui a traversé triomphalément l'Europe jusqu’à la Ville Eternelle, et que je viens de lire avec tant de bonheur sur la riche médaille commémorative du passage de vos braves compatriotes dans la ville si catholique de Lyon: Aime Dieu el va lon chemin! L'œuvre que vous allez accomplir à Rome, n’est pas l'œuvre d’une nation isolée, c’est l’œuvre de toutes les nations du monde, c’est l’œuvre de Dieu, paree que c’est celle de son Vicaire sur la terre, le Père commun de tous les fidèles, « Dieu et mon Droit.» Oui, c'est votre droit que vous allez défendre, c'est celui des vénérables évêques qui vous envoient, c'est celui de tous les évêques du monde, puisque c'est celui du Pepe, celui même de Digu, Partez donc, braves jeunes gens, partez ; que les bénédictions du cie} vous accompagnent dans vos courses lointaines. Ne vous arrêtez que dans la Ville Éternelle,pour y défendre d’abord son Pontife,

puis ses magnifiques monuments, monuments qui sont le droit de toutes les nations du monde catholique, puisqu'ils ont été érigés et qu'ils sont maintenus par les largesses de la chrétienté, puisqu'ils contribuent à l’embellissement de la capitale du monde chrétien, monuments qui, sans vous, seraient souillés par des mains barbares.

Salut, bonheur, succès et victoire à vous, dignes descendants de ces preux colons, qui sont venus ici, non pour un gain sordide, mais pour y implanter et pour y consolider l'arbre royal de la croix !

Le voilà donc ce beau pays du Canada, lequel était naguère dédaigné comme ne contenant que quelques arpents de neige, le voilà maintenant qui, émule de ceux des plus beaux siècles de l'Eglise, enfante des croisés ; et ces croisés, comme leurs devanciers, tournant le dos à ce qu'ils ont de plus cher, vont affronter les dangers de la mer et les hasards des combats pour affermir sur son trône le Pontife-Roi.

Honneur et gloire à vos bien chers parents pour avoir donné le jour à des enfants qui, en toutes occasions, se sont montrés dociles à leurs avis et à leurs commandements ; fidèles à leur Souveraine ; plus fidèles encore à leur Dieu: et qui, aujourd’hui, pleins d’un zèle que leur envieraient les Godefroy de Bouillon et les St. Louis, roi de France, veulent à leur tour montrer leur dévouement aux Saint-Siége.

Mais, surtout, honneur et gloire à vos bien tendres mères qui, avec la vie, vous ont donné la vraie et solide piété. Oh! que dans ce moment, elles doivent être fières de vous! Pour moi, je les félicite du bonheur qu’elles doivent éprouver, bonheur mêlé, il est vrai, de quelqu'’inquiétude; mais qu’elles se rappellent que ce que Dieu garde est bien gardé, et qu’il est imposible que Dieu ne protège pas des enfants si chrétiens, si dévoués et si généreux.

Cet élan de générosité s’est aussi manifesté dans mon diocèse de Toronto.

Plusieurs de mes jeunes gens sont venus me supplier avec larmes de les laisser partir pour Rome. Des raisons tout Ê fait particulières et exceptionnelles m'ont empêché d'encourager leur générosité. Vous allez être les porteurs de leur adresse au Souverain Pontife. Plus tard, ils lui feront parvenir leur contribution en argent. Soyez bien persuadés qu'ils envient votre sort, et qu'ils vous accompagneront de leurs vœux et de leurs prières. Puissiez-vous, bien chers jeunes gens, revenir tous sains et saufs dans votre pays. Puissiez-vous, comme autrefois les croisés, qui apportaient de la Palestine de la terre bénite des Lieux Saints, nous apporter de Rome de la terre bénite du Vatican et du tombeau des Apôtres, afin de faire dans la grande ville catholique de Montréal ce qu’on fait à Pise, une terre sainte, campo santo, pour la sépulture des chevaliers de la croix !

Puis on renouvela les adieux; Monseigneur de Montréal donna aux Zouaves une dernière bénédiction, et le départ s'effectua au milieu des serrements de main et de l’émotion générale. Les Zouaves furent rt ne jusqu’au chemin de fer par Messire Paré, secrétaire de Sa Grandeur, plusieurs chanoines, et par un grand nombre de prêtres, ainsi que par la foule des parents et des amis. Les membre: du Comité marchaient avec les Zouaves. Un peu après trois heures et demie, le convoi partit, et les vivats et les

acclamations d'adieu retentissaient encore dans la gare que nos Zouaves étaient déjà loin. On pouvait néanmoins entendre leurs voix réunies chantant avec force l’Ave Maris Stella. Les gens les acclamaient et les saluaient sur leur passage.

Ce troisième détachement se composait de l’aumônier, M. l'abbé Joseph Onésine Routhier, professeur de l’Ecole Normale Jacques-Cartier, et de vingt-huit hommes, dont voici les norns:

Théodore Fauteux, Montréal.

Jean François Henry Faucher, Montréal.

Zéphirin Ceuitois, St. Hughes.

Louis Isaïe Oscar Melancçon, Joliette.

Zacharie Bruneau, St. Hughes.

Fulgence Préfontaine, Belœil.

Paul Dumais, Kamouraska.

Thomas Michaud, Kamouraska.

Sidney Thomas, Berthier.

Honoré Giasson, L’Islet.

Louis Dusseault, Trois-Rivières.

Louis Thomas Garceau, Trois-Rivières.

Alfred Domptail Chaurette, Nicolet.

Auguste Marion, Joliette.

George Lionais, Montréal.

George Décarie, Notre-Dame de Grâce.

Alexandre Brousseau, Belœil.

Maurice Bélanger, (Rigaud,) Montréal.

Charles Alexandre Bigonnesse, Chambly.

Louis Bazinet, St.'Vincent-de-Paul. Eusèbe Branchaud, Huntingdon.

André Vandandaigne Gadbois,St. Hilaire.

Denys Gérin-Lajoie, Nicolet.

Germain Germain, St. Vincent-de-Paul.

Fernand Violetti, Montréal.

François J. Damase Ricard, avocat, Montréal.

Sifroy Desjardins, Grande Côte, Terrebonne.

Eucher Jodoin, Boucherville.

M. de Bellefeuille, l’un des membres du Comité, accompagna le détachement jusqu’à New-York. En arrivant dans cette ville, vendredi, le 29 mai, les Zouaves s’embar-

uèrent immédiatement à bord du navire l’Europe, dans equel Monseigneur Pinsonnault, vint les visiter le lendemäin. Sa Grandeur voulut bien leur adresser quelques puis religieuses autant que patriotiques, auxquelles les uaves répondirent par trois acclamations chaleureuses ur le bien veillant évêque, et trois autres pour le Comité nadien. Puis, Sa Grandeur leur donna la bénédiction avec toute l’effusion de son cœur, devant l'équipage et la

foule des passagers réunis pour voir ce spectacle inattendu, et, un instant après, trois coups de canon annoncèrent le départ, qui s’opéra au milieu des cris et des vivats des Zouaves.

La traversée fut heureuse quoiqu’un peu longue, puisw'ils n’arrivèrent au Hâvre que le 12 juin. Le jour de la ête-Dieu, 11 juin, M. l’'aumônier avait célébré la Sainte Messe à bord, et la plupart des Zouaves s’étaient approchés de la Sainte-Table avec une piété et une ferveur qui édifièrent beaucoup les trois prêtres français qui accompagnaient M. Routhier.

Le 15, avant de laisser Paris, ils assistèrent à la messe a dit pour eux M. l'abbé Hamon, curé de St. Sulpice.

e vénérable prêtre, qui avait déjà reçu le premier détachement, leur adressa, à la fin de la messe, quelques chaleureuses paroles d'encouragement qu’un auditeur a rapportées comme suit :

Nous avons déjà vu passer plusieurs de vos frères, nous sommes également heureux de vous recevoir. Saint-Sulpice de Montréal vous a bénis à votre départ, Saint-Sulpice de Paris vous bénit à votre passage : c’est l’esprit de M. Olier qui anime l’une et l’autre église, et tout ce qui intéresse Rome est sûr d’y trouver accueil empressé, amour et bénédiction. :

Nobles enfants du Canada, nous saluons en vous de nouveaux défenseurs de la même cause. Vous êtes dignes de la France qui peupla votre pays. Français par la langue et par la race, vous l’êtes aussi par un même attachement à l'Eglise catholique et à Rome.

Vous allez dans la Ville-Eternelle, où se trouve déjà rassemblée l'élite des nations. Pour Rome, tout s’est ébranlé : la France et la . Belgique, la Hollande et le Danemark, l'Angleterre avec l'Irlande et l’Ecosse; le Canada lui apporte à travers les mers ses meilleurs enfants, et voici que l'Amérique se prépare à lui envoyer un bataillon tout entier.

Page 1