XX VII. LA RECONNAISSANCE DU SAINT-SIÈGE
On a vu en quels termes le Saint-Père daigna apprécier l’œuvre des Zouaves Canadiens, dans l’audience solennelle accordée au premier détachement. Sa Sainteté ne se contenta pas de cette marque de gratitude ; elle voulut bien en donner une autre, bien plus remarquable encore, qui montrera à tous que l’entreprise faite par les évêques du Bas-Canada et le Comité, répondait aux désirs et à un besoin réel du Saint-Siège.
Le Souverain Pontife, peu de temps après l’arrivée du pe détachement à Rome, fit adresser deux lettres,
‘une à Monseigneur l'archevêque de Québec, et l’autre à Monseigneur de Montréal, dont voici le texte français.
[lustrissime et Révérendissime Seigneur.
C'est avec un extrême plaisir que j'ai reçu la lettre de votre Grandeur, en date du 17 février dernier ; car elle m'a fait connaitre, à ma rande satisfaction, la foi et la piété du peuple de Québec, dont j'ai jà eu, du reste, tant de preuves. Je n'ai eu rien da plus pressé que de la communiquer à Notre Saint-Père le Pape. Sa Sainteté, voyant les sentiments de respectueux dévouement qui
respirent dans votre lettre, et recevant de mes mains les sommes
d'argent qui ont été recueillies parmi votre peuple pour le soutien des Zouaves, apprenant enfin qu'on lui envoyait des jeunes gens pour défendre les droits de la Chaire Apostholique, au prix de leur courage et de leur sang, m'a chargé d'exprimer sa profonde reconnaissance à Votre Grandeur, au Clergé et au peuple de votre diocèse, et en particulier à ces vaillants soldats pour tous ces témoignages de piété filiale; puis il vous a bénis tous avec une affection extraordinaire. Je prie Dieu de vous conserver encore longtemps en parfaite santé. Rome, Palais de la S. C. de la Propagande, le 26 mars 1868. De votre Grandeur Le très-dévoué serviteur AL. C. BaRNa8o, Préf.
Giovani SIMEoN:, Secrétaire.
A Monseigneur, CHARLES-FRANÇOIS BAILLARGEON, Archevêque de Québec.
A Sa Grandeur Monseigneur l’Evèque de Montréal. Iustrissime el Révérendissime Seigneur.
Votre Grandeur aura, je pense, déjà reçu les rescrits de Sa Sainteté, en date du 13 février dernier, vous accordant les dispenses et indulgences que vous aviez sollicitées. Vous trouverez ci-inclus trois autres rescrits, dont l’un pour donner aux prêtres chargés d'accompagner les soldats qui doivent vénir ici défendre les droits du Saint-Siège, la faculté d'exercer le saint ministère pendant toute la traversée: et les deux autres ayant rapport à des dispenses de consanguinité et d’affinité.
C'est avec le plus grand bonheur que nous avons tous vu arriver les jeunes Canadiens qui sont jusqu’à présent venus s’enrôler dans l’armée du Pape.
Cette nouvelle, cette excellente, cette admirable preuve de dévouement tilial et de respect envers le Saint-Siège, a singulièrement consolé le cœur de Notre Saint-Père et Seigneur, au milieu des grandes douleurs qui l’affligent et de ses nombreux sujets d'angoisse. Car, il n’est personne qui ne voie en ceci l’éclatant témoignage d’une foi extraordinaire.
J'ai reçu les prêtres que vous avez envoyés pour prendre soin de vos jeunes gens, avec toute l'affection de mon cœur, et je ferai pour eux tout ce qu'il me sera possible de faire.
Je prie Dieu qu’il vous ait toujours en sa sainte garde.
Je vous suis tout acquis comme un frère,
AL. Carp. BaRNa8o, Préf.
JEAN SIMEON!, Secrétaire.
Rome, S. Congr. de la Propagande, le 31 mars 1868.
Je Saint-Père a mis le comble à ses bontés en adressant |
la lettre suivante à tous les évêques de la province, au sujet des Zouaves Pontificaux Canadiens :
A NOS VÉNÉRABLES FRÈRES LES ÉVÉQUES DE LA PROVINCE DE QUÉBEC ET A LEUR CLERGÉ,
[Traduit du latin.] PIE IX, Parz, Vénérables Frères et Chers Fils, Salut el Bénédiction Aposlolique.
Nous avons déjà chargé la troupe d'élite des jeunes Canadiens qui ont dit adieu à leur patrie et traversé une étendue de terre et de mer, pour voler à Notre secours et défendre les droits du Saint-Siège, de vous dire avec quelle affection et d'sgred joie Nous avons reçu un si éclatant témoignage d'amour et de dévouement, et. combien Nous avons été charmé des marques de respect que vous et votre peuple Nous avez données. Mais Nous ne pouvons Nous empêcher de vous l'écrire Nous-mêmes.
La douleur avec laquelle vous avez vu le trône pontifical injustement ps les prières publiques que vous aviez recommandées, et qui ont été faites avec Lant de piété dans le but d’implorer pour Nous le secours de Dieu, la joie universelle qui a éclaté partout à la nouvelle de Notre récente victoire ; l’ardeur avec laquelle,—vous Nous l’assurez,— votre jeunesse aspire à s'enrôler dans Notre milice, et leurs parénts et les autres fidèles qui sourient et applaudissent à leur résolution : tous ces faits Nous prouvent si bien l’amour dont brülent vos cœurs pour Notre personne, et montrent si clairement cette inébranlable solidité de l’unité catholique, qui fait notre joie, qu'ils demandent de Nous une preuve toute particulière de Notre reconnaissance. Cette preuve, Nous vous la donnons bien volontiers : et, en remarquant avec Joie et bonheur dans ces circonstances le fruit de vos travaux, en constatant la foi, la religion et la piété avec lesquelles votre peuple répond à votre zèle et à vos soins, Nous prions Dieu de conserver dans tous les cœurs cette belle disposition, de confirmer par sa grâce et de promouvoir son œuvre, afin qu’il puisse un'jour récompenser au centuple ce que vous faites pour la gloire de son nom. En attendant, comme une assurance de celte grâce d'en haut et comme gage de Notre bienveillance toute particulière, Nous vous accordons avec toute l'affection possible, Notre bénédiction Apostolique, à vous et à tous ceux dont vous êtes chargés.
Donné à Rome, près de St. Pierre, le 31 mars 1868, en la vingtdeuxième année de Notre Pontificat.
PIE IX, Pare,