‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 1 sur 225 · IMPRIMATUR · texte numérisé non relu

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Brugis, 23a Decembris 1927 H. Van den Berghe, Vie. gen.

INTRODUCTION

Les pages d’histoire que nous présentons â nos lecteurs Canadiens- Français n’ont d’autre but que d’exalter en eux le sentiment religieux et le sentiment patriotique. Ils ne doivent point oublier qu’ils appartiennent à la seule véritable Eglise, l’Eglise catholique, et qu’ils descendent de la Fille aînée de l’Eglise, de la France catholique ; qu’ils ont le droit d’être fiers de leur passé, le droit et le devoir de se préparer un avenir conforme à leur passé.

Ce but, dira quelqu’un, est louable assurément ; mais il suppose une inquiétude assez mal fondée. Il existe chez les Canadiens-Français, sur ce point, unanimité de sentiment. Nous sommes tous fiers de notre race et de notre foi.

Plaise à Dieu, répondrons-nous, qu’il en soit ainsi et que notre mentalité nationale ne se laisse jamais entamer par les ambiances étrangères qui l’investissent de toutes parts. Plaise à Dieu que nos vérités religieuses et sociales ne subissent aucune diminution.

Nous sommes environnés de cent millions de protestants. La province de Québec ressemble à une île assiégée par les grandes eaux de l’Océan. Les flots ne parviennent point à désagréger ses bases de granit ; mais les eaux du ciel, pluies, brouillards, avec leurs influences subtiles et multiformes, ne laissent pas que de l’affecter.

Les riches, parmi nous, sont flattés de frayer avec la race supérieure, de parler sa langue, d’épouser ses filles.

Nos frères des Provinces anglaises et des Etats-Unis admirent volontiers leurs concitoyens protestants, partagent fréquemment leurs façons de penser et de vivre. Ils se fondent en eux comme le sucre se fond dans l’eau.

Parmi les innombrables Franco-Américains de la République voisine s'en trouve-t-il beaucoup qui conservent leur foi dans la supériorité de leur race et de leur religion ? Question plus facile à poser qu’à résoudre.

Le fait est que les Américains, enivrés par leur prestigieuse puissance matérielle, font de leur patrie le centre du monde. Ils affectent, à l’égard des autres peuples, un profond dédain ou une hautaine condescendance ;

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et, ce qui est pis, ils attribuent leurs progrès à l’influence, directe ou indirecte, du protestantisme, religion de liberté, de tolérance.

Pour ne parler que du Canada, pays qu’ils considèrent avec un amour de convoitise assez inquiétant, ils ne manquent pas, en comparant leurs rapides accroissements avec les nôtres qui sont relativement médiocres, d’en tirer des conclusions flatteuses pour eux, fâcheuses pour nous.

Leurs succès, ils en revendiquent le mérite pour le libéralisme anglosaxon ; notre échec prétendu ils l’imputent à l’esprit réactionnaire catholique et français.

Or, tout ce beau raisonnement ne répond en aucune façon à la réalité historique.

Les procédés de colonisation chez les deux peuples, au XVIIe siècle, furent identiques. Tous les deux recoururent à des Compagnies privilégiées, c’est-à-dire à un mauvais système. On peut même affirmer que, au point de vue administratif, ils se montrèrent inférieurs aux Espagnols.

Le secret du succès indéniable des Anglais doit se chercher précisément dans la persécution religieuse. Les premiers colons américains, les Puritains , furent des Dissenters qui, ne trouvant pas la liberté dans leur patrie, la vinrent chercher en Amérique. Ils affluèrent de jour en jour plus nombreux, portant au fond de leur cœur une rancune qui devait aboutir finalement à la guerre de l’Indépendance. Ajoutons que la principale conséquence, bien imprévue alors, de la tyrannie anglaise fut l’esprit de liberté et de tolérance qui devint, dans la suite, le glorieux apanage de la république américaine.

Les catholiques français, au contraire, n’avaient aucun motif de fuir leur patrie. L’émigration constituait pour eux un grand sacrifice avec petite compensation. Ne cherchons point ailleurs la cause de sa faiblesse.

Si, malgré tout, la race française s’est développée au Canada, c’est au catholicisme seul qu’elle doit ses progrès. Sa religion lui défendait de limiter sa natalité. Elle reçut la bénédiction des patriarches. Elle grandit en dépit des contradictions ; elle triompha de tous ses adversaires. Le temps travaille pour elle, et l’avenir lui appartient.

Il n’est pas jusqu’à la conquête du Canada par les Anglais, à la veille de la révolution de 1789, qui n’ait été, sous une forme déguisée et malgré nos légitimes regrets, une bénédiction de la Providence, puisqu’elle nous préserva des dangers qu’eût encourus notre foi, tant il est vrai que les desseins de Dieu sont pleins de mystère.

L’histoire du Canada commence avec le XVIIe siècle. Sans doute, dès

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le XVIe, les pêcheurs hantaient le Golfe que leurs bateaux visitaient, chaque été, par centaines. L’excursion de Jacques-Cartier à Québec et à Montréal consacra les droits de la France sur ces régions. Mais ce fut tout.

La fondation de Québec par Champlain, en 1608, donna le signal de l’occupation effective. Celle de Ville-Marie, par Maisonneuve, en 1642, et l’établissement du poste des Trois-Rivières, furent autant de préliminaires de la véritable colonisation. On peut même affirmer que la première moitié du XVIIe siècle se résuma en une simple prise de possession officielle. A partir de 1604, au contraire, tout se transforme et prend figure d’étabiissement définitif. C’est à Louis XIV et à Colbert, en France ; à Mgr Laval, au Marquis de Tracy, aux gouverneurs de Courcelles et de Frontenac, à l’intendant Talon, parmi nous, que revient l’honneur d’un tel changement.

Avec le XVIIe siècle se clôture la période héroïque. Les combats sont finis ; l’immigration, qui n’a jamais dépassé le chiffre de dix mille âmes, cesse.

Mais la bonne semence, déposée dans une terre féconde, germe sans bruit et donne des fruits abondants. Tous les vingt-huit ans le chiffre de la population se trouve doublé. L’habitant se cramponne au sol ; il provigne de tous côtés, en partant des bords du fleuve ; si bien que lorsqu’arrive la guerre de conquête, si glorieuse pour nos armes, malgré la défaite (1760), le vainqueur s’avoue impuissant contre le vaincu. Que dis-je ? quelques années à peine écouléec, le gouvernement britannique, épouvanté devant les proportions que prend la révolte de ses colonies, implore notre aide, et la paye en nous garantissant nos droits et privilèges.

Mais la lutte perpétuelle est la condition de la vie. Pendant toute la durée du XIXe siècle, cette lutte prit une forme particulière qui, pour n’être pas sanglante, n’en devait pas moins être décisive dans l’esprit de nos adversaires. On nous inonda sous les flots d’une immigration intense, partie des Iles Britanniques, dans l’intention non déguisée de nous y noyer.

Nous avons résisté à toutes ces tentatives. La province de Québec est devenue pour n-ous un réduit inexpugnable, d’où, désormais nulle force humaine ne saurait nous expulser. Nous envahissons déjà les autres provinces du Dominion avec des chances d’avenir que Dieu seul mesure.

Quel dommage que l’émigration aux Etats-Unis nous prive chaque année, d’un si grand nombre de nos enfants ! Si les quinze cent mille franco-américains (chiffre modéré) s’ajoutaient à nos deux millions cinq cent mille franco-canadiens, nous détiendrions sans conteste la balance du pouvoir.

Et, maintenant, que nous réserve l’avenir ? Le Canada restera-t-il colonie britannique ? Deviendra-t-il un Etat autonome, relié à l’Angleterre et aux autres Dominions, par les accords d’une Fédération impériale ?

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Réclamera-t-il sa pleine indépendance ? Sera-t-il finalement annexé à la république américaine ? Dieu seul pourrait répondre à ces questions.

Quel sera un jour le chiffre de la population canadienne ? Sur ce point, nous pouvons nous former une opinion plus ou moins probable ; et, sans prétendre l’imposer à personne, nous l’exprimons ici volontiers.

Et, tout d’abord, n’oublions pas que la superficie du territoire canadien est moins considérable qu’on ne pense d’ordinaire. Les planisphères agrandissent d’une façon tout à fait démesurée les régions polaires. C’est une sphère terrestre et non un planisphère que nous devrions consulter.

Ensuite, nous ne devons point perdre de vue que la plus grande partie du pays est inhabitable, ou, du moins incultivable, à cause de la rigueur du froid, de la longueur des hivers et de la stérilité du sol. Les mines qui foisonnent, paraît-il, dans le nord, ne dureront pas toujours.

Ces préliminaires établis, observons que les Etats-Unis, dont le territoire réellement utile est autrement étendu que le nôtre, se trouvent suffisamment peuplés avec leurs cent dix millions d’habitants, et ferment la porte aux immigrants. Nos chiffres seront donc forcément plus modestes.

Voici comment nous les établissons :

Provinces Maritimes Québec Ontario Manitoba Saskatchewan Alberta

Colombie anglaise

Totaux :

Nos évaluations, pour les provinces du Nord-Ouest, sont établies par comparaison avec les Etats américains limitrophes de Minnesota, Nord et Sud Dakota, et Montana dont la population n’atteint pas cinq millions d’âmes.

Inutile d’ajouter que nous n’attachons aucune importance à ces calcul? spéculatifs dont la valeur pratique est douteuse.

L’idée de ce travail nous fut suggérée par le souvenir des Récits Mérovingiens, d’Augustin Thierry, qui charmèrent, jadis, notre jeunesse.

Nous dédions ce modeste ouvrage aux familles chrétiennes, et nous

d’habitants.

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souhaitons qu’il soit lu à haute voix, pendant les longues soirées d’hiver, au coin du feu.

Le premier livre, consacré à l’histoire de la colonisation du pays, s’adresse aux gens instruits qui en comprendront l’importance capitale.

Le second livre passionnera, si nos vœux sont exaucés, les cœurs épris d’héroïsme.

Le troisième livre intéressera, sans doute, les amateurs d’un pittoresque en voie de disparition.

Quant au quatrième, nous le destinons aux petits enfants. Les parents, peut-être, y prendront goût. Car, enfin, Lafontaine a dit :

« Si Peau d’âne m’était conté J’y prendrais un plaisir extrême. »

fr. Alexis, o. m. cap.

Montréal, juillet 1926.

Nous avertissons nos lecteurs que quelques chapitres des livres deuxième et troisième de cet ouvrage sont extraits presque intégralement d’écrits dont les titres sont indiqués au bas des pages .

Vue prise de la Citadelle de Québec.

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