I. — Régime français
La fondation de la colonie de la Nouvelle-France et l’établissement de l’Eglise au Canada datent du XVIIe siècle.
Longtemps avant cette époque, les pêcheurs de morue, Basques et autres, les traitants de fourrures, fréquentaient les bancs de Terre-Neuve, le golfe et les côtes avoisinantes, jusqu’à Tadoussac. Jacques Cartier, 1535, avait remonté le Saint-Laurent jusqu’à Montréal, et affirmé les droits du roi François Ier sur ces régions. Mais ni lui, ni Roberval, ni leurs successeurs n’étaient parvenus à créer une colonie proprement dite avec des habitants attachés au sol.
Le premier poste permanent fut construit à Port-Royal, en Acadie, 1605. Nous en parlerons dans un chapitre ultérieur. Québec date de 1608, alors que Samuel de Champlain érigea dans ce lieu historique le premier fort et la première habitation. Sept ans plus tard, 1615, il amena avec lui de France quatre religieux Récollets qui furent les premiers missionnaires établis sur le Saint-Laurent. Ces Récollets se bâtirent une résidence près de la rivière Saint-Charles, à l’endroit actuellement occupé par les Religieuses de l’Hôpital Général. Un peu plus tard, 1625, les Jésuites vinrent leur prêter main forte et se fixèrent à l’embouchure de la rivière Lairet.
Le premier colon canadien fut un apothicaire de Paris, Louis Hébert. Débarqué sur nos bords avec sa famille en 1617, il défricha la forêt dans cette partie de la Haute-Ville sur laquelle furent édifiés, plus tard, la Basilique, l’Archevêché, le Séminaire et l’Université.
Au courant de l’année 1625, le duc de Ventadour, vice-roi de la Nouvelle-France, créa deux seigneuries sur la rivière Saint-Charles, en faveur de Louis Hébert et des Pères Jésuites. Ce furent les deux premières seigneuries érigées au pays. Cette même année, Champlain ouvrit une ferme à pâturages au pied du cap Tourmente. Tels furent les modestes com-
mencements de la colonisation. Ils furent d’ailleurs promptement interrompus. En 1629, Québec tombait aux mains des Anglais. Sa population ne dépassait pas une cinquantaine d’habitants.
Heureusement pour nous, la France était alors gouvernée par le cardinal Richelieu, lequel exigea, au traité de Saint-Germain, la restitution de la colonie. Champlain y rentra donc en 1633. Il devait y mourir deux ans plus tard.
La France en s’établissant au Canada avait un triple but : accroître la fortune nationale par le commerce des fourrures, organiser une nouvelle France en Amérique par la colonisation, augmenter la gloire de Dieu par la conversion des infidèles. Les compagnies commerciales qui prirent le pays en régie ne pensèrent qu’au commerce ; Champlain, au contraire, et les missionnaires visèrent plus haut et plus juste : c’est à eux que la jeune nation canadienne doit son existence.
On eut recours, pour coloniser, au système féodal de la concession des seigneuries. Le roi octroyait à un personnage méritant qu’il anoblissait un lot de forêt vierge donnant sur le fleuve ou sur quelque rivière : une lieue de front sur quatre de profondeur, d’ordinaire, moyennant une faible redevance. Mais le concessionnaire était tenu de défricher et peupler sa seigneurie en faisant venir de France des familles et des hommes engagés auxquels il octroyait des terres. S’il laissait sa concession inculte, le roi la confisquait ; s’il maltraitait ses colons, le Procureur du Roi leur faisait rendre justice. Les redevances que le colon payait au seigneur étaient légères.
Tel fut ce système seigneurial contre lequel s’élevèrent des écrivains ignorants. Il était plus doux que le système anglais qui le suivit. On comptait, en 1640, au Canada 340 habitants.
La terrible guerre iroquoise qui sévit alors et qui dura vingt-cinq ans paralysa les progrès de la colonie et la mit à deux doigts de sa perte. Les villages hurons furent anéantis et plusieurs jésuites gagnèrent la palme du martyre. Finalement,1 aux Jésuites décimés s’adjoignirent de nouveaux ouvriers évangéliques : les Sulpîciens de Montréal, 1656 ; les prêtres séculiers, 1659 ; les Récollets enfin revenus, 1670.
Le roi Louis XiV, parvenu à sa majorité, prit en mains les rênes de l’Etat et confia à Colbert les affaires canadiennes, 1661. Un conseil souverain fut organisé.
La Nouvelle-France, cependant, ne comptait encore, en 1663, que 2,500 habitants. Deux ans plus tard, tout changea, et le Canada vit le commencement d’une ère nouvelle. Un vice-roi temporaire, le marquis de Tracy, débarqua à Québec accompagné de douze cents hommes du régiment de Carignan, du gouverneur de Courcelles et de l’intendant Talon.
Cette année même, les Iroquois, traqués dans leurs cantons, imploîèrent une paix qui devait durer dix-sept années. Les émigrants arrivèrent