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CHAPITRE II. — PROVINCES MARITIMES

rade de Port-Lajoie (Charlottetown). Les nouveaux venus commencèrent aussitôt leurs établissements. Ils eurent pour premiers missionnaires l’abbé Breslay et le sulpicien de Métivier. Le comte de St-Pierre, dans le cours des années 1720 et 1721, établit ses pêcheurs comme suit : 10 familles au Havre-Saint-Pierre ; 5 à Port-Lajoie ; 3 à la rivière Nord-Est, et 2 à la Pointe-de-l’Est. Ce n’était donc qu’un embryon de colonie.

Ces pauvres gens, au point de vue religieux, ne furent point négligés. Messieurs de Breslay et Métivier furent successivement remplacés par les Pères L. Barbet Dulonjon (1723), Félix Pain (1725, 1729), et, à partir de cette date jusqu’à la ruine finale en 1758, par dix-sept prêtres dont nous possédons les noms.

La population s’accrut lentement, par des apports de France et d’Acadie.

Elle comptait 57 familles en 1728, et 81 en 1735.

Lorsque, en 1744, la guerre éclata entre l’Angleterre et la France, 400 soldats britanniques opérèrent une descente dans l’île et ravagèrent le pays. Après la paix d’Aix-la-Chapelle, 1748, l’île Saint-Jean, rendue à la mère-patrie, prospéra grâce aux malheurs des colonies voisines, si bien que, lors du Grand Dérangement de 1755 qui ruina l’Acadie, la population de la colonie gonflée par la foule des émigrés, s’élevait à 5,000 âmes.

Cette prospérité dura peu.

En 1758, le général Amherst et l’amiral Boscawen, jaloux des lauriers de l’infâme gouverneur Lawrence, donnèrent l’ordre de faire table rase dans l’île Saint-Jean.

Tout fut donc détruit, moissons, troupeaux, villages, églises. Les habitants furent appréhendés et déportés. Le général Wolfe, qui devait s’immortaliser, l’année suivante, sous les murs de Québec, écrivait, 30 septembre 1758, à ses chefs : « Vos ordres sont exécutés. Nous avons fait beaucoup de mal et répandu la terreur des armes de Sa Majesté britannique dans toute l’étendue du Golfe, mais nous n’avons rien ajouté à leur gloire. »

Le premier recensement pris dans l’Ile par ses nouveaux maîtres, en 1764, témoigne de la barbarie des persécuteurs. On n’y relève que trois cents noms acadiens. La persécution ne se ralentit pas de longtemps. En 1797, le chiffre de la population acadienne ne s’était pas sensiblement relevé. C’est un miracle de la Providence qui veille sur les peuples que ces pauvres gens, traqués, méprisés, foulés aux pieds aient pu survivre.

Ils ont survécu, en effet. Ils comptent actuellement (1921) 12,000 âmes groupées en paroisses dont voici les principales : Rustico, Tignish, Egmont-Bay, Palmer-Road, Bloomfield, Mont-Carmel et Mistouche, gardant précieusement le dépôt sacré de leur foi et de leurs traditions ancestrales.

Il est infiniment regrettable qu’une émigration intense aux Etats-Unis

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