LIVRE I
Mais, dira-t-on, le facteur nombre n’est pas tout pour l’avenir d’un peuple, il faut compter encore sur le facteur intellectuel et social.
Assurément, répondrons-nous, et nous savons combien, pendant un siècle, les Acadiens ont souffert de leur ignorance et de leur pauvreté. Ils étaient foulés aux pieds par leurs compatriotes de langue anglaise. Aujourd’hui, grâces à Dieu, tout cela est changé. L’enseignement s’est répandu. Les collèges acadiens de Memramcook, de Church-Point et de Caraquet ont créé de toutes pièces une classe instruite qui a pris d’emblée la direction de la race et a reconquis ses droits sociaux. On compte aujourd’hui en Acadie nombre d’hommes éminents, sénateurs, députés, juges, avocats, médecins, commerçants, prêtres, et même... deux évêques. Les Acadiens ont recouvré leur place au soleil.
Il ne nous reste plus, pour compléter notre travail, qu’à dire un mot de l’administration ecclésiastique des Provinces Maritimes.
Après la conquête, l’Eglise passa dans ces provinces par une crise aiguë et prolongée. Les missionnaires y étaient l’objet de l’animadversion d'une population fanatique prévenue contre le catholicisme. D’ailleurs, les prêtres manquaient partout au Canada.
Dans ces circonstances, les évêques de Québec ne faillirent point à leur tâche ; ils entretinrent constamment dans le pays un certain nombre d’ecclésiastiques originaires du Canada, de France, d’Ecosse et d’Irlande, lesquels suppléèrent par leur zèle à ce qui manquait du côté du nombre et forcèrent le respect de leurs adversaires, jusqu’à ce que, finalement, la tolérance! prévalût. En 1818, un prêtre du Séminaire de Québec, Monseigneur Burke, fut nommé vicaire apostolique de la Nouvelle-Ecosse avec résidence à Halifax. L’année suivante, un évêque fut établi dans l’île du Prince-Edouard, avec le titre d’auxiliaire de Québec. Le diocèse de Saint- Jean, Nouveau-Brunswick, date de 1842 ; celui d’Antigonish (autrefois d’Arichat), date de 1844 ; celui de Chatham, enfin, fut fondé en 1860, complétant les cadres de la hiérarchie catholique dans ces provinces.
Observons ici que le diocèse de Charlottetown comprend, outre l’île du Prince-Edouard, les petites Iles-de-la-Magdeleine, lesquelles, au point de vue civil, appartiennent à la province de Québec.
Ile du Prince-Edouard
Complétons cette notice sur les Acadiens en résumant une conférence de Monsieur H. Blanchard (1920) qui nous fournit sur la survivance de cette race dans l’île du Prince-Edouard (jadis isle Saint-Jean), des précisions intéressantes.
La colonie française de l’île Saint-Jean date de 1720. Elle eut pour fondateur le comte de St-Pierre. Trois petits navires, partis de Rochefort avec quelques familles de pêcheurs, mouillèrent, au courant de l’été, en