CHAPITRE IV. — LA PROVINCE ECCLÉSIASTIQUE D’OTTAWA
répond plus aux besoins croissants. On va trouver l’évêque ; on demande un prêtre résident ; on s’engage à bâtir une jolie chapelle en bois bien décorée ; on promet monts et merveilles ; on se fait fort d’entretenir le missionnaire honnêtement. Ce n’est pas que, au fond, on ne nourrisse quelques doutes sur les voies et moyens : mais on se fie à la Providence et aux largesses de Monseigneur.
Monseigneur les écoute en souriant, hochant la tête ; il feint de les croire et promet d’étudier la question. Le curé voisin délégué fait enquête et rapport favorable. Il préside aux travaux, puis multiplie les visites. Finalement, il demande un vicaire pour établir un service régulier.
Bientôt le vicaire devient curé de la mission. Ce jeune prêtre doit savoir tous les métiers, être expert en industries multiples. Il bâtit de ses mains un presbytère, quête dans les chantiers. Monseigneur l’aide en secret.
Cependant, autour de la chapelle et du presbytère se forme bientôt un village. Les maisons, les hôtels s’élèvent ; un jeune docteur de Laval s’établit. La paroisse est créée : encore quelques années elle deviendra prospère; elle possédera un temple en pierre, un presbytère confortable, un couvent ; sur les trottoirs branlants des demoiselles en souliers de satin étaleront le luxe des grandes villes.
C’est ainsi que, depuis cinquante ans, la colonisation, gagnant de proche en proche, poursuit sa marche en avant sur les deux rives de l’Ottawa. L’œuvre est terminée maintenant, et les colons s’en vont chercher des terres neuves dans les lointaines régions du Nord.
Un jour vint où Mgr Duhamel comprit que les développements que prenait son diocèse lui faisaient un devoir de partager le fardeau et d’en diviser le territoire. Le 11 juillet 1882, Mgr Lorrain fut nommé Vicaire Apostolique de Pontiac. Un peu plus tard, le diocèse d’Ottawa fut érigé par Léon XIII en archevêché, 1886, et une nouvelle province ecclésiastique fut créée, témoignant, une fois de plus, des progrès jamais interrompus de l’Eglise catholique.
Les Œuvres.
L’Eglise catholique veut des temples. Elle n’oublie point, cependant, que ses meilleurs temples sont des temples spirituels et que les brebis de son bercail sont des âmes.
Aussi bien, à mesure que la Province d’Ottawa grandissait, les œuvres se développaient, l’organisation spirituelle des paroisses se perfectionnait, la piété s’intensifiait.
Ottawa était maintenant une orgueilleuse capitale. Les institutions catholiques devaient marcher à la tête du progrès. Elles furent égales à la tâche. Le collège d’Ottawa devint une Université ; les couvents de femmes, les écoles de Frères se multiplièrent ; de nombreux religieux, Oblats, Dominicains, Maristes, Rédemptoristes, Capucins, Spiritins, apportèrent à la société chrétienne une intensité de vie extraordinaire. Enfin, la fondation, en 1898, du vicariat apostolique du Témiscamingue donna à la province son complément définitif.
Au comble de ses vœux, Monseigneur Duhamel aurait dû, semble-t-il, être heureux. Il n’atteignait encore que le seuil de la vieillesse. Mais, déjà la mort le guettait.
D’une taille un peu au-dessous de la moyenne, il était assez replet. Son visage pâle indiquait la maladie qui sourdement le minait. Ses yeux inquisiteurs perçaient jusqu’au fond de l’âme. Les étrangers qui l’abordaient le trouvaient aimable, hospitalier. 11 était apte aux affaires, possédant une grande expérience des hommes. Son intelligence était très vive. 11 savait écouter et s’assimilait la substance de ce qu’on lui exposait. Consulté, il donnait promptement son avis, et cet avis était le plus sage. Sa discrétion était absolue, trop peut-être ; ce qui gênait certains prêtres.
On l’a accusé de froideur, de méfiance, de sévérité. Il s’était fait un masque. Nous savons qu’il avait le cœur tendre et fidèle ; nous soupçonnons que son impassibilité cachait un fond de timidité et une défiance de soi.
Il mourut sous le harnois, en visite pastorale à Cassehnan, d’une angine de poitrine. Depuis deux ans il voyait sa fin venir et l’attendait vaillamment. Sa tendre dévotion à la Vierge Marie le gardait de toute inquiétude. Nous avons pleuré amèrement celui qui fut notre bienfaiteur et notre ami.
A sa mort, 5 juin 1909, la Province ecclésiastique d’Ottawa comptait trois diocèses, 189 prêtres séculiers, 160 réguliers et environ 240,000 fidèles, comme en témoigne le recensement fédéral de 1911 que nous donnons
Diocèses
Pop. totale
Catholique
Française
Ottawa
Pembroke
Témiscamingue
Totaux :
Le grain de sénevé jeté en terre il y a un siècle est devenu grand arbre, et des oiseaux innombrables vivent en paix dans ses branches. Dieu soit béni !