CHAPITRE III. — LA COLONISATION FRANÇAISE
Après ce premier et faible essai de colonisation au sud de l’Ontario, un second et plus important fut inauguré aux confins mêmes des deux provinces, c’est-à-dire dans les régions de l’est.
Il s’agit des Loyalistes anglo-américains qui, après la guerre d’indépendance, vinrent chercher un asile au Canada.
Vingt mille s’établirent dans les Provinces Maritimes. Dix mille dans les Cantons de l’Est de la Province de Québec. Dix mille, enfin, dans l’Ontario.
Le Gouvernement, en vue de favoriser ses compatriotes, divisa alors la vieille province de Québec en deux parties autonomes : le Bas-Canada, surtout français, et le Haut-Canada, surtout anglais, 1791.
Depuis cette époque le mouvement d’immigration anglaise au Canada alla s’accentuant chaque année pendant près d’un siècle, colonisant d’abord le Haut-Canada (l’Ontario moderne), puis les provinces du Nord-Ouest.
La plupart de ces premiers émigrants étaient protestants. Parmi eux, cependant, un certain nombre d’Ecossais catholiques débarquèrent, vers 1784, sur nos bords et se fixèrent dans les Provinces Maritimes et dans l’Ontario. Les comtés de Glengarry, de Stormont et de Frontenac furent ouverts en partie par ces derniers. Les Irlandais n’arrivèrent que trente ans plus tard en nombre notable.
Ce fut vers 1815, lors du licenciement des troupes du duc de Wellington, après la bataille de Waterloo. Les autorités distribuèrent alors aux vétérans et à ieurs chefs des terres en abondance, non plus seulement sur les bords du Saint-Laurent, mais dans les comtés de Carleton et de Lanark, sur les rives de l’Ottawa. Parmi ces vétérans, un bon nombre étaient Irlandais et catholiques. Au milieu de ces nouveaux venus, du côté d’York (Toronto), et du Niagara, quelques émigrés français conduits par le comte de Puisaye, et le régiment franco-suisse des Meurons reçurent des terres et commencèrent des défrichements qu’ils abandonnèrent dans la suite.
Les premiers Canadiens français qui envahirent l’Ontario à cette époque, vinrent naturellement des comtés voisins de la ligne provinciale, c’est-à-dire de Soulanges et de Vaudreuil. Les bords de l’Ottawa étaient bas et marécageux ; les concessionnaires anglais les revendirent pour quelques piastres à de puissantes sociétés foncières de Toronto. Ces sociétés les cédèrent, dans la suite, à de bonnes conditions aux Canadiens qui y réussirent à merveille, comme nous le constatons aujourd’hui. Telle est l’origine des deux beaux comtés de Prescott et de Russell, comtés actuellement aussi français que les comtés voisins de Québec.
L’Ontario possédait, en 1806, 70,000 habitants, dont 10,000 seulement catholiques. De ces dix mille catholiques combien étaient français, nous l’ignorons.
La colonisation française jusqu’à la Confédération
A partir de 1810 la colonisation française commença à faire quelques progrès. Le grand Philémon Wright fonda Hull, inaugura le commerce du bois carré et remplit de chantiers les forêts voisines, où les Canadiens affluèrent. Le colonel By commença le canal du Rideau et présida à la naissance de Bytown (Ottawa). Les Canadiens affluèrent au milieu des autres nationalités. Leurs cabanes se dressaient sur les bords de la Grande-Rivière depuis Bytown jusqu’à Rigaud. Ils s’insinuèrent même parmi les Ecossais de Glengarry. Monseigneur McDonnell, premier évêque de Kingston, 1818, nous a laissé un recensement précieux des catholiques à cette époque. Le voici :
Population catholique du Haut-Canada en 1819
Ecossais, dans Stormont et Glengarry, environ .... 7,500
Irlandais dans Kingston . 3,415
Canadiens français . 4,000
Total
Nous calculons donc approximativement qu’en 1820, les Canadiens français d’Ontario étaient au nombre de quatre mille : deux mille dans la Péninsule et deux mille dans les comtés de l’Est.
Le recensement de 1842 nous fournit pour la première fois des renseignements officiels :
Population d’Ontario en 1842
Population totale catholique française
On le voit, l’immigration bat son plein, les Canadiens français ne comptent pour ainsi dire pas dans le pays. Comment sont-ils répartis? Selon nous, dix mille à l’est, trois ou quatre mille dans la péninsule.
Vers cette date, un grand événement, la création du diocèse français de Bytown (Ottawa), 1847, donna le branle à l’invasion pacifique de l’Ontario. Le recensement de 1851 nous fournit pour quatre comtés les chiffres suivants :