CHAPITRE 111. — LA COLONISATION FRANÇAISE
Canadiens français :
Prescott Russell Bytown Carleton
Le recensement de 1861 se lit comme suit :
Population totale catholique
française
De ces trente-trois mille Français, dix-sept mille, environ, appartiennent au groupe de l’Est. Les autres sont en grande partie des hommes de chantiers qui travaillent dans le diocèse actuel de Pembroke, comté de Renfrew, dans le diocèse de London, comtés d’Essex et de Kent, dans le diocèse de Toronto, comté de Simcoe. Ces nouveaux venus renforcent rapidement les vieux colons de Sandwich et prospèrent dans une région fertile en raisins et en fruits.
Sur ces entrefaites, avec la Confédération, s’inaugure l’ère contemporaine au Canada, 1867.
La Colonisation française en Ontario depuis la Confédération
Un fait social domine l’époque qui commence, au point de vue de la colonisation ontarienne ; c’est l’arrêt total de l’immigration irlandaise et le ralentissement de l’immigration anglaise. Les Irlandais ne vont plus dans les colonies britanniques ; quant aux Anglais, ils poussent plus loin, dans la direction des plaines du Nord-Ouest qui s’ouvrent et offrent aux colons des facilités d’établissement extraordinaires. L’inauguration du chemin de fer Pacifique Canadien, en 1886, donne le signal du mouvement vers l’ouest qui va déplacer l’axe économique de la Confédération.
Quant aux Canadiens français, selon leur tactique traditionnelle, ils gagnent de proche en proche et font dans l’Ontario des progrès chaque jour plus marqués. Dans les comtés depuis longtemps défrichés ils achètent les fermes que les Anglais abandonnent, procédé lent et coûteux ; dans les pays nouveaux ils s’installent plus rapidement et en plus grand nombre.
Le recensement de 1871 nous fournit les renseignements suivants :
Population totale catholique française
Un seul commentaire suffit à caractériser les progrès de cette décade. Tandis que, de 1861 à 1871, les Canadiens français ont augmenté de 42,096, la population catholique totale ne s’est accrue que de 16,011. Or,
tous les Canadiens français sont catholiques. La conclusion se déduit d’elle-même.
Comment se distribue cet accroissement régulier des Canadiens ? Normalement. Ce n’est que à partir de 1880, que nous les verrons envahir de nouveaux territoires.
Depuis 1880, en effet, des faits nouveaux dont il faut tenir compte vont modifier profondément le statut des Canadiens français dans l’Ontario. Tandis que dans les vieux comtés, l’augmentation de la population provient de la croissance naturelle si remarquable des familles canadiennes, dans les comtés récents qu’ouvrent les chemins de fer et l’exploitation des mines, c’est à la seule émigration de la province de Québec et des anciennes paroisses surpeuplées d’Ontario que l’occupation du sol est imputable. Nous faisons allusion aux comtés d’Algoma, du Nipissing et de Thunder-Bay, ainsi qu’aux régions encore mal organisées du Nord.
Ces comtés sont de création toute moderne, ou pour mieux dire, en voie de création. Le commerce des bois et, comme nous venons de l’observer, l’extension des chemins de fer et la découverte des mines, mines de nickel à Sudbury, d’argent à Cobalt, ont attiré dans le pays une foule d’émigrants italiens, autrichiens, allemands, ruthènes, anglais, etc., etc. Les Canadiens français, concurrencés par ces étrangers, se sont, pour la plupart, établis sur des terres, lesquelles, d'ailleurs, sont rares dans ces montagnes généralement stériles, et se sont emparés du sol. Eux seuls, ou presque seuls, s’y livrent à l’agriculture, ce qui nous semble un phénomène providentiel. Et, en effet, lorsque les mines seront épuisées, lorsque les chemins seront achevés, lorsque les forêts seront rasées, la maind’œuvre étrangère s’éloignera forcément de ces territoires, où les fermiers resteront.
Dans les régions du Grand-Nord ouvertes récemment à la colonisation par le Transcontinental canadien, on a découvert une immense zone fertile, la clay belt, qui, malgré les rigueurs du climat et l’humidité du soi, promet d’égaler pour la culture des grains la fécondité du Manitoba. Nos colons s’y précipitent, au grand émoi des Orangistes et des fanatiques d’Ontario.
Afin de rendre plus sensibles les progrès des Canadiens français, nous ferons abstraction des recensements de 1881, de 1891, de 1901 et de 1911, et nous donnerons le tableau comparatif des statistiques de 1871 et de 1921.
Recensement d’Ontario
Population totale catholique française