CHAPITRE VII. — SAUVAGES ET MÉTIS DU NORD-OUEST
Isolés des autres nations sauvages, ces Indiens ignorent la guerre et sont parfaitement satisfaits de leur sort.
Quelle est la population sauvage du Nord-Ouest ? Le recensement de 1911 nous donne, pour les trois Provinces des Prairies les chiffres
suivants :
Manitoba . 7,876
Saskatchewan . 11,718
Alberta . 11,630
Total : . 31,224
Tous ne sont pas catholiques. On compte, en effet, une dizaine de mille de protestants ou païens.
Les métis.
Les métis sont fils d’un père blanc et d’une mère indienne, ou de parents métis eux-mêmes. Plusieurs sont les descendants des employés écossais de la Compagnie de la Baie d’Hudson ; mais la plupart sont canadiens français et portent des noms bien connus dans la Province de Québec. On aurait donc tort de mépriser ces parents pauvres.
Ceux qui connaissent l’histoire des deux célèbres compagnies du Nord-Ouest et de la Baie d’Hudson se rappellent que la plupart des employés de la première étaient recrutés dans la province de Québec et dans les environs de Montréal. Une fois parvenus dans les pays d’en haut, quelques-uns de ces jeunes aventuriers prenaient goCit à la vie indépendante et se fixaient parmi les tribus en y épousant des sauvagesses. Presque tous gardaient la foi ; et lorsque, à l’aurore du XIXe siècle, les premiers missionnaires, conduits par Mgr Provencher, firent leur apparition sur les bords de la Rivière Rouge, ils n’eurent point de peine à former des noyaux de paroisses ferventes, en régularisant les situations de ces bonnes gens.
Ces paroisses, toutefois, étaient loin de présenter l’aspect de celles que nous voyons aujourd’hui en grand nombre dans l’Ouest canadien. Comme les Indiens, les Métis ont horreur de la vie sédentaire. Ils n’aimaient ni la culture du sol ni l’industrie. La chasse était pour eux un plaisir et une nécessité. L’hiver, ils étaient bien forcés de se bâtir des huttes et des campements pour se protéger contre les grands froids. Ils restaient là tassés à l’étroit, étouffés par la fumée, attendant avec impatience les beaux jours du printemps. Dès que la neige était fondue, c’est-à-dire au commencement de mai, ils pliaient bagage, et tous, hommes, femmes et enfants, partaient pour la grande chasse.
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Leurs expéditions, toutefois, n’étaient point désordonnées. Les bandes marchaient sous la direction de chefs habiles et vers des buts déterminés. Une journée de marche était de vingt milles environ. Chaque soir, les éclaireurs désignaient le lieu du campement, autant que possible à proximité de l’eau et du bois. On formait un grand cercle avec les charrettes qui servaient de barricades contre les attaques toujours à redouter des Indiens ennemis. A l’intérieur du cercle se trouvait le camp proprement dit, les tentes, le mobilier, et les animaux attachés au piquet. Enfin tout au centre, un feu était allumé à la flamme duquel les femmes faisaient cuire le repas de famille. C’était tout un monde tumultueux. La nuit, des sentinelles montaient la garde, et les chasseurs, couchés dans 1 herbe derrière les charrettes, voyaient sans être vus et tiraient, au besoin, avec une adreses merveilleuse. Il était très rare que les Sauvages parvinssent à forcer un camp de métis.
D’ordinaire un missionnaire les accompagnait. Le matin, il ouvrait sa tente et célébrait la messe, tandis que, dévotement, le peuple se pressait pour l’entendre. Le soir, sur la place publique, au centre du cercle protecteur, tout le monde se réunissait pour la récitation du chapelet.
Durant le jour, le missionnaire enseignait le catéchisme aux enfants, visitait les malades et portait à tous les consolations de son ministère.
Le matin, lorsqu’il était nécessaire, les éclaireurs avertissaient les ménagères d’emporter un peu de bois pour chauffer le thé au repas de midi. A défaut de bois, on avait recours à la bouse de buffalo desséchée, alors abondante dans les prairies. On faisait trois repas par jour, dont le principal avait lieu le soir.
Les voyageurs qui traversent aujourd’hui en chemin de fer les immenses plaines du Nord-Ouest, les riches fermiers qui, en automobiles, visitent leurs champs de blé ondulant à la brise, ne sauraient se faire une idée du passé, des troupeaux innombrables de bisons paissant dans les hautes herbes, des hardis cavaliers indiens ou métis courant sur leurs poneys infatigables, des charrettes grossières portées sur des essieux de bois, criant, grinçant, capables néanmoins de rouler une charge de mille livres ; d’un peuple de vieillards, de femmes et d’enfants nomades, joyeux et sains, toujours au grand air, couchant sous la tente, sous les chariots, à la belle étoile, faisant noce aujourd’hui, affamés demain, sans argent, sans soucis. C’était le bon temps, nous disent les anciens. Nous raconterons plus tard comment on procédait à la chasse du buffalo.
Pour le moment, un mot sur les qualités et les défauts des Métis. Ces enfants de nos voyageurs canadiens d’autrefois se distinguèrent toujours des Indiens par leur force, leur intelligence, leur beauté et quelquefois même par la blancheur de leur teint. Comme guides, chasseurs, interprètes, ils rendirent aux Compagnies, aux explorateurs et, parfois, aux missionnaires, les plus précieux services. On vantait leur fidélité, leur bonne