‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 144 sur 225 · SAUVAGES ET MÉTIS DU NORD-OUEST · texte numérisé non relu

SAUVAGES ET MÉTIS DU NORD-OUEST

humeur, leur sens de la direction, leur habileté au fusil et à l’aviron, leur intrépidité ; toutes qualités qui sont l’apanage des héros d’aventure. Ajoutons que plusieurs de ceux qui eurent la bonne fortune de recevoir une éducation supérieure se montrèrent, sur les bancs des collèges, les égaux de leurs condisciples de race supérieure, firent leur chemin dans le monde, devinrent ministres, députés, éducateurs, etc...

Ceci soit dit pour venger les Métis des calomnies et des mépris dont tant d’écrivains anglais les ont accablés.

11 ne faudrait pas, néanmoins, tomber dans l’erreur contraire et les exalter plus que de raison. Comme il advient d’ordinaire aux Sang-Mêlés, les Métis participent des deux races dont ils sont issus par leurs défauts aussi bien que par leurs qualités.

Un trop grand nombre d’entre eux sont inconstants, susceptibles, dissipateurs, amis des boissons fortes. Ils ne peuvent s’astreindre à un travail suivi, à un genre de vie monotone. Ils ont horreur de la poursuite méthodique de la fortune par la culture, le commerce et l’industrie. D’ordinaire, ils deviennent une proie facile pour le colon européen, âpre au gain et peu scrupuleux, qui a tôt fait de leur acheter leur terre pour un morceau de pain, quelques bouteilles d’eau de vie, et de les réduire à la misère.

Vainement le bon P. Lacombe, qui les connaissait et les aimait, a-t-il voulu obtenir du gouvernement, pour eux, des réserves inaliénables qui les protégeassent contre eux-mêmes et leurs faiblesses ; ils se sont indignés qu’on les comparât à des Indiens et qu’on leur ôtât la faculté de se ruiner librement. Ils n’ont pas su reconnaître à temps les services de leur meilleur ami.

Ils se sont révoltés deux fois contre les autorités fédérales qui ne tenaient pas un compte équitable de leurs griefs et qui favorisaient les émigrants à leur détriment. Ces révoltes, qui, en principe, pouvaient être légitimes, étaient pratiquement insensées et aboutirent à leur écrasement.

Maintenant, à part quelques heureuses exceptions, leur sort est plutôt misérable. Désemparés, abandonnés de tous et surtout d’eux-mêmes, ils donnent le douloureux spectacle d’une race qui tend à disparaître, prouvant à leur façon la fausseté de la doctrine du progrès continu tant prônée par les évolutionnistes modernes dont l’expérience est aussi courte que grandes sont leurs prétentions.

L’infériorité des races nègres, sauvages et métisses, par rapport aux races blanches, est une vérité proclamée depuis des siècles, que les faits authentiques de l’histoire n’infirment point. L’heure où les Noirs et les Indiens seront devenus nos égaux n’a point encore sonné. Qu’on les traite avec justice, avec charité, avec tous les égards et la protection que leur faiblesse réclame, c’est notre devoir. Mais de grâce ! qu’on évite d’en faire des arbitres politiques d’aucune section du pays.

La chose, d’ailleurs, n’est point à redouter, puisque dans tout l’Ouest canadien, on ne compte guère que douze ou quinze mille métis.

Le Nord-Ouest canadien, dont le brillant avenir s inaugure sous de si heureux auspices, compte déjà une population de deux millions et demi d’habitants.

De ces deux millions et demi d’habitants, quatie cent mille, au plus, sont catholiques, dont cent vingt mille français, vingt mille sauvages et quinze mille métis.

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