CHAPITRE XIV. — UN VOYAGE A LA GUADELOUPE
peu de satisfaction. Aussi le gouvernement fut-il obligé, au commencement du XVIIIe siècle, de lui attribuer conventionnellement une valeur fixe de quatre livres dix sols, le quintal, c’est-à-dire les cent livres. Le traitement des missionnaires était donc de 405 ou 540 livres, selon les cures. Or, comme l’argent avait, au temps de Louis XIV, un pouvoir d’achat cinq fois plus considérable qu’aujourd’hui, si l’on en croit l’abbé Bertrin, c’est un traitement équivalent à 2000 et à 2700 francs de notre monnaie (400 et 540 piastres) que recevaient nos missionnaires, presque exactement ce que reçoit le clergé colonial contemporain.
En plus de ces traitements, les communautés établies dans les îles possédaient d’ordinaire quelques biens-fonds et des plantations. C’était le cas notamment pour les Dominicains et les Jésuites, comme chacun sait.
L’Etat entourait les missionnaires d’une très grande considération et les utilisait de toutes façons pour le bien public. C’était l’époque où les cardinaux étaient premiers ministres des rois de France.
Malheureusement, comme les gouvernements sont rarement désintéressés, la protection des pouvoirs publics dégénérait facilement en tutelle gênante. Le gallicanisme régnait encore en France, et l’on y redoutait fort l’influence de Rome. C’est ce qui explique qu’on n’eut jamais d'évêque dans les Indes. Pas plus qu’en Louisiane, on ne voulut créer aux Antilles des vicariats apostoliques dont l’administration eût relevé directement du Saint-Siège.
On se rabattit alors sur une organisation hybride, qui, comme toutes les demi-mesures, ne pouvait donner pleine satisfaction. Chacun des supérieurs généraux des trois Ordres établis aux Indes fut investi, par rapport aux religieux et aux fidèles placés sous sa juridiction, des pouvoirs d’un préfet apostolique, ce qui n’alla pas sans troubles et sans contentions, et ce qui ne contribua pas peu à paralyser le ministère des missionnaires. Le fait est que les catholiques des Antilles n’ont jamais eu la renommée d’être dévots. La foi chez eux était assez solide ; mais les œuvres laissaient fort à désirer.
Deux religieux, deux Frères Prêcheurs, les Pères du Tertre et Labat, illustrèrent l’Eglise des Antilles par leurs écrits. Ces écrits sont encore aujourd’hui la source où tous les historiens vont puiser.
Il est extrêmement difficile de donner un tableau exact des paroisses et des districts confiés à chacun des Ordres religieux, car, pour des causes qui nous sont inconnues, des permutations avaient lieu fréquemment. C’est ainsi que, par exemple, l’église de Saint-François de la Basse-Terre, fondée par les Dominicains, fut donnée ensuite aux Capucins, pour passer finalement entre les mains des Carmes.
En 1772, les Capucins desservaient dans cette ville la paroisse du Fort.
Quoi qu’il en soit, nous donnons ici un état des différentes dessertes de la Martinique et de la Guadeloupe, à la fin du XVIIe siècle.
IS