‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 222 sur 225 · LE RENARD ET LE RATON · texte numérisé non relu

LE RENARD ET LE RATON

A quelques jours de là, notre héros s’en vint faire au raton sa visite coutumière. Un dîner plantureux l’attendait. On lui servit une oie grasse. Inutile d’ajouter qu’il fit honneur au festin. Le repas fini : — Cousin, dit-il, ta table est véritablement une table royale. Comment t’y prends-tu donc, pour l’entretenir ainsi ?

— Rien n’est plus simple, répondit le raton. Mes ruses de guerre ne sont point variées, comme tu pourrais le croire ; mais je sais les adapter aux circonstances. Je prends les oiseaux de la même façon que les veaux. Vois-tu ces oies qui jouent dans la rivière ? Je les chasse au lacet. Je plonge entre deux eaux et j’attache mon nœud coulant à la patte de celle sur qui se porte mon choix.

— Fameuse idée, s’écria le renard ; et des plus simples, en effet. Sur quoi il prit congé.

Comme il trottait, il rumina un plan qui lui semblait plus fameux encore. — C’est bien, sans doute, de prendre une oie au lacet, mais ce serait mieux d’en prendre six. Faisons six nœuds coulants. Je garnirai ma glacière pour toute une semaine.

Une heure après ce que nous venons de raconter, maître raton, gras et content, reposait paisiblement, lorsqu’un tapage effrayant monta de la rivière jusqu’à lui et le fit bondir sur ses jambes. C’était le troupeau des oies qui s’envolait en poussant des cris perçants. Les oiseaux tournoyèrent quelque temps sur l’eau pour se mettre en ordre de marche, puis, finalement, au signal de leur chef, cinglèrent droit vers la baie d’Hudson.

Le raton écarquillait les yeux. Il aperçut enfin, au-dessous du nuage blanc des ailes étendues, quelque chose ressemblant à un aéroplane minuscule : un renard suspendu à six ficelles voguant dans l’air vers le grand inconnu.

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