CHAPITRE IV. — LES RÉCOLLETS
Nous avons dit que la pénurie de missionnaires avait forcé les Pères, en 1616, à remettre à plus tard l’évangélisation des Hurons. Le Père Le Caron, cependant, brûlait du désir de rentrer dans sa mission. L’arrivée, en 1623, du Père Nicolas Viel et du Frère Sagarcl lui en fournit les moyens. La traite terminée, les trois Récollets montèrent dans les canots des Sauvages et partirent par la voie de l’Ottawa. Le récit de leurs travaux a été copieusement rapporté dans les deux livres du Frère Gabriel Sagard intitulés : Histoire du Canada , et Grand Voyage au pays des Hurons, ouvrages précieux qui devraient se trouver dans toutes nos bibliothèques.
Au printemps de 1624, le Père Le Caron et le Frère Sagard descendirent à Québec pour se ravitailler, laissant seul en Huronie leur courageux compagnon qu’ils pensaient bientôt revoir. Mais ils comptaient sans la malice des barbares. Et, en effet, le Père Viel ne voyant pas revenir ses confrères, se décida, l’année suivante, à partir avec la flotte de la traite, pour se refaire corporellement et spirituellement parmi les siens.
Ce bon missionnaire avait converti un jeune indien nommé Ahuntsic qui le servait avec un dévouement à toute épreuve. Or, la conversion d’Ahuntsic provoqua chez certains Hurons fanatiques une colère mortelle contre le Récollet. Parvenus en arrière de Montréal, dans la rivière des Prairies, ces misérables assaillirent le religieux et le précipitèrent avec son néophyte, au milieu des rapides qui les engloutirent. (15 juin 1625).
Telle est l’origine du nom du Sault au Récollet demeuré fameux dans nos annales. Deux statues érigées sur la rive rappellent aux passants le souvenir de ce tragique événement.
Ainsi mourut pour la foi le premier de nos missionnaires. Peut-on l’appeler vraiment un martyr ? Il semble bien avoir droit à ce titre. Mais l’absence de documents authentiques est cause que l’Eglise suspend son jugement.
A l’époque où nous sommes parvenus les Récollets n’étaient plus les seuls missionnaires du Canada. Depuis longtemps, déjà, les Jésuites souhaitaient de travailler dans cette vigne du Seigneur. Les Récollets les invitèrent à partager leurs travaux.
Voilà comment, sous la conduite du franciscain Joseph de la Roche d’Aillon, cinq Jésuites débarquèrent à Québec (15 juin 1625). Ils s’appelaient les Pères Lallemant, Massé, Brébœuf, les Frères Charton et Buret.
Les nouveaux venus, mal accueillis par les agents des Compagnies commerciales, trouvèrent un accueil fraternel chez les bons Récollets. Pendant un an les religieux des deux Ordres vécurent sous le même toit. Le 6 avril 1626, les Jésuites s’installèrent enfin dans la petite résidence qu’ils avaient construite.
Quelques jours plus tard, le 14 juillet, les Pères de la Roche d’Aillon, Brébœuf et de la Noue partaient pour le pays des Hurons.
Le Canadahéroïque.
Ici se pose une question. Les efforts des premiers missionnaires en Huronie furent-ils couronnés de succès ? Non.
Autant il est relativement aisé de convertir un individu, autant il est difficile de transformer les mœurs d’un peuple. De fait, les Hurons ne se convertirent en bloc qu’une vingtaine d’années plus tard, à la veille de leur ruine. Mais Dieu ne juge pas les hommes par leurs succès.
D’ailleurs, la catastrophe que Champlain redoutait depuis longtemps était imminente. Québec n’était encore qu’un pauvre village désarmé. En 1629, une flotte anglaise prit la place sans coup férir. Le gouverneur et les missionnaires furent déportés en France. Seuls une trentaine d’habitants, sur le conseil de Champlain, restèrent au pays, attendant le retour des Fleurs de Lis.
On sait que leur confiance ne fut point trompée. Richelieu était alors premier ministre de Louis XIII. Il exigea des Anglais qu’on nous rendît Québec.
Le 22 mai 1633, Champlain rentra triomphant dans la ville qu’il avait fondée.
Mais les Jésuites seuls l’accompagnaient. Des influences mystérieuses retardèrent jusqu’en 1670 le retour des Récollets.