CHAPITRE IV. — LES RÈCOLLETS
Comme, à cette époque, les navires de haut bord n’osaient pas remonter le fleuve, Champlain et ses compagnons se firent conduire en barque jusqu’à Québec. On devine avec quelle joie les trente ou quarante habitants de la ville naissante accueillirent les nouveaux venus.
Il convient, avant de poursuivre notre récit, de donner ici les noms de nos premiers missionnaires. C’étaient les Pères Denis Jamet, Commissaire, Jean Dolbeau, Joseph Le Caron et le Frère Pacifique Duplessis. Ce dernier, pharmacien de son métier, devait rendre à la colonie les plus signalés services.
Le Gouverneur se hâta de faire construire pour les Pères une résidence temporaire et une chapelle, à peu de distance de son propre fort qu’on appelait alors l 'Habitation et qui se trouvait sur la place encore existante actuellement, face au quai de la Traverse de Lévis.
Lorsque, en 1624, le couvent de Notre-Dame des Anges, construit près de la rivière St-Charles, sur l’emplacement actuel de l’Hôpital Général, fut achevé, les Récollets vinrent naturellement s’y établir, et la maison temporaire fut abandonnée. Mais la chapelle continua de servir d’église paroissiale jusqu’à l’arrivée des Anglais (1629).
Les nouveaux missionnaires avaient le cœur trop ardent pour se donner de longs jours de repos ; ils se hâtèrent de se distribuer les rôles dans lesquels se dépenserait leur activité.
Le Père Le Caron obtint la meilleure part. On l’envoya avec Champlain au pays des Hurons pour explorer les lieux, apprendre la langue, faire connaissance avec les gens, en attendant qu’il pût les convertir. Il s’acquitta parfaitement de sa tâche, comme on sait, et demeura dans l’Ontario jusqu’au printemps de 1616. Lorsqu’il rentra à Québec avec le Gouverneur, il renseigna ses confrères en connaissance de cause sur les possibilités de l’apostolat.
Le Père Dolbeau fut moins heureux. Envoyé chez les Montagnais nomades de Tadoussac et du Saguenay, il les suivit pendant deux mois dans leurs chasses, couchant dans leurs huttes. La fumée qui affecta sa vue le força de rentrer à Québec. Quant au Père Jamet, sa charge de supérieur lui traçait sa ligne de conduite. Il garderait la résidence et se résignerait au rôle de curé près des blancs et des sauvages du voisinage. Les vertus et les talents médicaux du bon frère Duplessis lui rendirent facile la conquête de tous les cœurs.
Lorsqu’au printemps de 1616, le retour de Champlain et du Père Le Caron le permit, le gouverneur et les religieux tinrent ensemble un grand conseil, d’où devait dépendre l’avenir de la colonie.
Quel rapport allait-on faire à la Cour de France ? On se trouvait en face d’une double politique, politique d’exploitation et politique de peuplement.
En faveur de la première étaient naturellement ies Compagnies sou-
veraines, composées de marchands, n’ayant d’autres intérêts au Canada que la traite des fourrures, indifférentes au salut des Sauvages, hostiles aux colons dans lesquels elles redoutaient de futurs compétiteurs.
En faveur de la seconde était le seul Champlain, qui rêvait d’un empire français et catholique.
On devine bien que les Récollets n’hésitèrent point un instant. Leurs intérêts et ceux du gouverneur étaient identiques. Voici ce qui fut résolu :
Deux des Pères partiraient immédiatement pour Paris et défendraient de leur mieux la bonne cause, tandis que le troisième se tiendrait alternativement à Québec, à Tadoussac et aux Trois-Rivières.
Quant aux voyages aventureux et aux missions éloignées, on les remettrait à des temps meilleurs.
A Paris, Champlain et ses deux compagnons, les Pères Jamet et Le Caron reçurent un accueil bienveillant ; car la Cour abondait dans leur sens et comprenait les sentiments, élevés qui les animaient. Mais le gouvernement hésitait à s’engager à fond. Les temps étaient troublés, l’opinion publique ne se prononçait pas.
Ce n’est point qu’on ignorât complètement le Canada. On savait bien au contraire, que, chaque printemps, des navires, par centaines, allaient pêcher la morue dans le Golfe, et que les castors abondaient à Tadoussac ; mais on se demandait si un pays où les rivières gelaient, où la neige couvrait la terre pendant sept mois était vraiment colonisable.
Nous donnons ici la liste des Récollets qui, de 1615 à 1629, firent mission au Canada.
Année 1615 PP. Jamet, Dolbeau et Le Caron. Frère Duplessis.
1617 P. P. Huet.
1618 Fr. Mod. Guines.
1619 PP. G. Le Baillif, Guil. Poullain, Fr. Bonaventure.
1620 PP. De la Foyer, Frontiner, Cardon, venus d’Acadie.
1622 PP. Galleran, Prat, Fr. Charles.
1623 P. N. Viel, Fr. Sagard.
1625 P. De la Roche d’Aillon.
1626 Fr. G. Mohier.
1628 PP. Bourcier et Girard, capturés par les Anglais. Soit quinze Pères et six Frères convers.
A cette liste, probablement incomplète, il convient d’ajouter celle des Jésuites, savoir : PP. Lallemant, Massé, Brébœuf, Noyrot, de la Noue et Ragueneau, capturé en mer, plus les frères coadjuteurs, Charton, Buret et Gaufette.
Martyre du Père Nicolas Viel.