‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 3 sur 225 · CHAPITRE I. — PROVINCE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — PROVINCE DE QUÉBEC

à pleins navires, les seigneuries se multiplièrent à l’envi entre Québec et Montréal. Tout prospéra sous l’habile administration de Talon. Le pays se peupla. Il se fût peuplé plus rapidement si les jeunes gens, pris de la fureur du commerce de fourrures, ne se fussent enfuis par milliers dans les forêts. On les appelait coureurs des bois. Quoi qu’il en soit, la colonie, en 1695, comptait 13,639 habitants.

La Providence nous donna pour premier chef religieux un homme plus illustre encore par sa vertu que par sa naissance, le vénérable François de Montmorency-Laval. Nommé vicaire apostolique de la Nouvelle- France, le 3 juin 1658, il débarqua à Québec l’année suivante, et devint, 16 octobre 1674, évêque titulaire de la cité.

Son diocèse comprenait tous les pays sur lesquels la France avait des droits : le Canada, le Mississipi, la Louisiane et tous les territoires inconnus de l’ouest depuis le Mexique jusqu’à l’océan Pacifique. La révolution américaine et la vente de la Louisiane réduisirent, plus tard, ce territoire aux limites canadiennes. Lorsque arriva Monseigneur de Laval, les Jésuites avaient déjà un collège. Il lui adjoignit un séminaire, en faveur des vocations du pays. Bientôt, l’organisation religieuse se compléta par la création d’un chapitre et de paroisses régulières, comme en Europe.

Hélas ! Le malheur voulut, et il fut irréparable, que, pendant tout le règne de Louis XV, au XVIIIe siècle, le Gouvernement français se désintéressât du Canada, au point de vue de la colonisation. Les fonctionnaires français qu’il nous envoya furent presque tous des hommes de grande valeur, mais les colons ne vinrent plus. De fait, on se demande si le nombre des colons français atteignit en tout le chiffre de 10.000 \ C’est donc à l’extraordinaire natalité canadienne que nous dûmes tous nos progrès. Voici, d’ailleurs, les divers recensements qui eurent lieu à cette époque :

24,434 habitants.

Année 1720.

Mais ces chiffres, relativement considérables, étaient peu de chose en comparaison de ceux des colonies anglaises voisines qui s’élevaient, à cette dernière date, à un million et demi. Aussi lorsque, en 1754, la guerre éclata en Amérique, entre l’Angleterre et la France, l’issue du conflit, au point de vue colonial, ne fut pas un instant douteuse. Les Anglais étaient les maîtres de la mer, aucun secours d’Europe ne pouvait nous parvenir, les envahisseurs comptaient plus de soldats qu’il n’y avait au Canada

1. D’après Benjamin Suite, le nombre des Français venus au Canada, de 1608 à 1750, s’élève à 7,005. ( Bulletin des Recherches Historiques, janvier 1921.)

d’hommes, de femmes et d’enfants ; on ne pouvait que succomber. Mais notre chute fut auréolée d’une gloire immortelle, 1760.

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