chapitre v. — lfs capucins
du Tremblay, qui occupait sous Richelieu une position analogue à celle de ministre des Affaires étrangères.
Ce grand homme est universellement admiré en tant que profond politique ; mais beaucoup ignorent qu’il fut également un écrivain mystique, un fondateur d’Ordre, un prédicateur, et le dévoué protecteur des missions à l’étranger. Sous sa forte impulsion les Capucins arrêtèrent en France la propagande protestante qui menaçait de tout envahir, ramenèrent au giron de l’Eglise la province de Languedoc et convertirent dans l’Ouest plus de cent mille huguenots.
Nommé par Rome, en 1623, préfet apostolique des missions capucines françaises, il fonda, dans l’espace de dix ans, les missions d’Angleterre, de Turquie, de Grèce, d’Asie-Mineure, de Syrie, d’Arménie, de Mésopotamie, de Perse, de Palestine, d’Egypte, d’Abyssinie, de Tunis et du Maroc.
Il confia enfin aux Capucins de la province de Paris la mission qui nous occupe dont, en gage de sympathie, il voulut rester le préfet et protecteur officiel jusqu’à sa mort (1638). La mission d’Acadie semble avoir partagé la destinée de ce malheureux pays ; elle souffrit beaucoup comme lui, et, malgré l’héroïsme de ses membres, sombra dans les désastres de la guerre.
Lorsque le traité de Saint-Germain rendit à la France ses colonies d’Amérique (mars 1632), la Cour offrit aux Capucins les missions canadiennes. Mais ces gens simples, trouvant peu séant de récolter dans un champ où d’autres avaient semé, refusèrent. On fit alors une cote mal taillée. Les Jésuites rentrèrent à Québec, et les Capucins furent chargés de l’Acadie.
Le gouverneur de la colonie restaurée, choisi par le Père Joseph, était un chevalier de Malte, le commandeur de Razilly, homme doué de qualités éminentes mais auquel le temps manqua pour donner sa mesure. 11 fréta deux navires : l 'Espérance en Dieu et le Saint-Jean. Trois cents passagers, parmi lesquels six Pères capucins, l’accompagnaient. Après une heureuse traversée il jeta l’ancre dans le port de la Hève (août 1632), à l’ouest d’Halifax, et commença la construction d’un fort. Ses colons s’établirent autour de lui. La Hève devint donc la première capitale de l’Acadie.
Ce ne fut point pour longtemps. Razilly étant mort prématurément, en 1635, son successeur, d’Aulnay, transporta les établissements administratifs au nord de la péninsule, à Port-Royal (Annapolis) où la plupart des émigrants le suivirent.
D’Aulnay n’était point indigne de l’héritage qui lui incombait ; mais, perpétuellement harassé par la rébellion de l’aventurièr Latour et par les incursions des Anglais, il mourut (1650) avant d’avoir parachevé son
œuvre. Après lui ce fut la guerre civile entre Leborgne et Latour (1653), puis une nouvelle apparition des Anglais, la prise de Port-Royal, et la seconde conquête de l’Acadie (1654).
La colonie comptait alors environ cinq cents colons français, et ses établissements jalonnaient la côte du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse jusqu’à Pomaquid (Maine). Ces postes étaient fréquentés, l’été, par de nombreux marins français qui venaient pêcher la morue et repartaient aux premiers froids. Dans l’intérieur, elle s’étendait jusqu’à la rivière Kennebec, peuplée de sauvages Micmacs et Abénaquis.
C’est donc auprès des colons, des sauvages, des pêcheurs et des soldats casernés dans différents postes que les missionnaires capucins travaillèrent.
Qu’ils aient travaillé avec grand zèle, on n’en saurait douter. Nous en avons d’ailleurs un témoignage dans un mémoire officiel adressé à son gouvernement par Razilly : « Les Pères capucins, par leurs exemples, nous ont si bien conduits que, par la grâce de Dieu, le vice ne règne pas dans cette habitation ; et, depuis que j’y suis, je n’ai pas trouvé lieu de châtiment : la charité et l’amitié y sont sans contrainte...
» Quant aux sauvages, ils se soumettent à toutes les lois qu’on veut leur imposer, soit divines soit humaines, reconnaissant Sa Majesté Très Chrétienne pour leur Roi. »
On le voit, les sauvages ne furent point abandonnés. Les Micmacs et les Abénaquis, gagnés de bonne heure à la cause et à la religion des Français, nous sont toujours demeurés fidèles dans la bonne et la mauvaise fortune. Ni l’or des Anglais, ni les séductions des protestants n’ébranlèrent jamais leur constance. Ils ont gardé précieusement le souvenir de leurs premiers missionnaires les pieds nus, ainsi que celui des robes noires, qui firent d’eux des chrétiens.
L’espace nous manque, et aussi les documents, pour déterminer avec certitude les nombreux postes que, sur les côtes et dans l’intérieur des bois, visitaient les missionnaires. 1! suffira de mentionner ici les stations permanentes :
Pori-Royal ; depuis 1632 jusqu’à 1654.
Fort Pentagoet (Castine, Maine), 1632-1654.
Fort Saint-jean (Saint-Jean, Nouveau-Brunswick), 1645-1654.
La Hève, 1632-1640.
Fort Latour, Nouvelle-Ecosse, 1632-1633.
Fort Saint-Pierre, Nouvelle-Ecosse, 1645-1655.
Nipigiquit (Bathurst, Nouveau-Brunswick), 1648-1655.
Les Capucins ne se laissèrent point absorber par leurs tâches multiples d’aumôniers des troupes et des pêcheurs, de curés des colons et de