‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 32 sur 225 · CHAPITRE V. — LES CAPUCINS · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — LES CAPUCINS

missionnaires des sauvages. Ils entrèrent volontiers dans les idées manifestées par la Cour de civiliser les sauvages et de les franciser par l’éducation. On peut même affirmer que leurs efforts dans ce sens furent couronnés d’un succès qui contraste avec les échecs subis ailleurs.

Ils établirent donc ce qu’on appelait alors un séminaire, où l’on recueillit des petits sauvages que l’on instruisait en compagnie des fils des colons.

Cette fondation, amplifiant les modestes écoles inaugurées dès le début, à La Hève d’abord, puis à Port-Royal, fut établie sur de solides bases en cette dernière ville, avec une dotation de Richelieu, en 1640. Les Pères y entretenaient une trentaine de Micmacs et d’Abénaquis, sans compter un certain nombre d’externes français et sauvages. Les Micmacs passaient pour plus dociles que les autres Indiens. C’était d’Aulnay qui faisait les frais de cette institution, comme en font foi les lettres patentes du roi de France, datées de février 1647 : « Nous sommes informé, écrit le jeune Louis XIV, que le sieur d’Aulnay a érigé un séminaire dirigé par plusieurs Capucins pour l’instruction des enfants sauvages. »

Parallèlement à ce collège pour petits garçons, on fonda un pensionnat à l’usage des jeunes sauvagesses.

Ce pensionnat fut confié à une personne de distinction, Madame de Brice, d’Auxerre, mère des Pères Léonard et Pascal, qu’elle avait suivis en Acadie. Madame de Brice se dévoua pendant douze ans à cette œuvre d’apostolat. Elle fut, d’ailleurs, mal récompensée de son dévouement puisque, en 1652, le brutal Leborgne détruisit sa maison, la tint elle-même en prison pendant plusieurs mois et, finalement, la ramena en France. Les Anglais, survenus inopinément en 1654, consommèrent la ruine définitive des deux institutions.

Le séminaire acadien peut donc à bon droit réclamer pour lui l’honneur d’avoir inauguré l’enseignement secondaire dans l’Amérique du Nord.

Hélas ! toutes ces belles œuvres devaient être sans lendemain. La force des armes allait tout détruire. Une expédition, organisée par ordre du protecteur Cromwell, parut soudain devant Port-Royal qui, incapable d’offrir aucune résistance, fut forcé de capituler.

Dans la capitulation, on stipula que les colons français ne seraient point inquiétés et jouiraient de la pleine liberté de conscience. On ajouta que, si les missionnaires se décidaient à demeurer dans le pays, la même liberté leur serait accordée. Mais une clause insérée perfidement dans l’acte annulait cette concession. Il y était dit en effet : « Aussi longtemps que Son Altesse Olivier le jugerait convenable. » La conséquence fut qu’on massacra le Père Léonard de Chartres, supérieur de la mission, et qu’on déporta en France, avec les garnisons françaises, les infortunés missionnaires (1654).

Les années suivantes constituent ce que nous pourrions appeler un vide dans notre histoire. 11 n’en reste aucun souvenii. Si les colons français ne furent pas inquiétés sur leurs terres, c’est que les faibles garnisons anglaises restaient enfermées dans leurs forts, vivant dans la crainte perpétuelle des Indiens. Mais les pauvres catholiques furent privés durant ces longues années de tout secours religieux.

Est-ce à dire qu’ils furent oubliés de leurs pères spirituels ? Nullement. Les Capucins, rentrés à Paris, usèrent d’influences à la Cour et n’eurent de repos que l’Acadie ne nous fût rendue. Dès 1655, ils gagnèrent leur point, du moins en principe, par le traité de Westminster ; mais l’intraitable Cromwell fit traîner les choses d’année en année jusqu’à la paix de Bréda, 1667.

Entre temps, deux d’entre eux, le Père Balthazar, de Paris, et un compagnon dont nous ignorons le nom, réussirent à traverser sous un déguisement les lignes anglaises et à rejoindre dans la forêt leurs sauvages chrétiens (1656). Ils moururent dans l’exercice de leur ministère sans qu’on ait pu jamais retrouver leurs traces.

Après la paix de Bréda, les Capucins ne revinrent plus au pays. Espérons que des documents nouveaux, découverts dans les archives, nous révéleront un jour la cause de cet abandon forcé.

Depuis 1894, les Pères Capucins, jaloux de reprendre l’œuvre trop longtemps interrompue de leurs devanciers, ont accepté la charge de la mission sauvage de Sainte-Anne-de-Ristigouche, dans la Baie des Chaleurs.

L’un d’eux, le Père Pacifique de Valigny, qui s’est spécialisé dans l’étude de la langue des Micmacs et qu’on connaît sous le nom de patriarche de ce peuple, visite périodiquement, avec l’assentiment des évêques, les missions indiennes dispersées sur les côtes du Québec, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Ecosse et de Terreneuve.

Les Capucins de l’Acadie appartenaient, comme nous l’avons dit, à la province de Paris, laquelle comptait, en 1650, sept cent quarante-huit religieux, chiffre considérable même pour l’époque, et d’autant plus remarquable qu’un très grand nombre de ses sujets se distinguaient par leur naissance, leurs talents et leurs vertus.

Nous ne possédons point la série complète des missionnaires d’Acadie. Nous savons seulement que, en 1632, six d’entre eux débarquèrent à la Hève avec le commandeur de Razilly ; qu’en 1643, leur nombre était de

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