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CHAPITRE VI. — LES MARTYRS JÉSUITES

de leurs villages, et dans le désert ainsi formé ils semaient des pois, du tabac, du tournesol et surtout le maïs, graminée indigène à laquelle les premiers colons donnèrent le nom de blé d’Inde. Lorsque l’on parle du blé et de la farine des Sauvages, c’est de la bouillie et des boules de blé d’Inde qu’il s’agit.

L’agriculture, toutefois, ne procurait point aux Hurons une alimentation suffisante ; ils devaient recourir à la pêche et à la chasse. Mais leur imprévoyance était telle que fréquemment ils souffraient de la faim.

Ils ignoraient l’art d’engraisser le sol par le fumier dont ils étaient, d’ailleurs, totalement dépourvus, faute de bestiaux. Et lorsque, après vingt ou trente ans d’exploitation continue, la terre avait perdu sa fécondité, ils transportaient ailleurs leurs pénates. C’est ce qui explique pourquoi, à l’heure actuelle, nous trouvons encore, çà et là, en pleine forêt, des espaces déboisés.

Les Hurons, sédentaires et relativement civilisés, . ne se contentaient point des misérables huttes des nomades. Ils construisaient des villages et des bourgs qui pouvaient abriter des centaines de familles. Ces bourgs étaient protégés par de véritables fortifications formées d’une double ou d’une triple enceinte de pieux solides, bien reliés entre eux, et surmontée d’un chemin de ronde qui dominait les environs.

Les maisons constituaient de vrais phalanstères et ressemblaient fort à ces abris que nos chemins de fer établissent en certains lieux pour se protéger contre les amoncellements de la neige ; ou encore à des tonnelles à plan incliné.

Sur deux rangées de perches solidement fichées en terre, face à face, et inclinées de façon à se rejoindre par le haut, on cousait des écorces superposées à la façon des bardeaux de nos toits modernes. Mais, comme ils ignoraient l’usage des fenêtres et des cheminées, les Hurons se voyaient obligés de laisser à jour, dans toute sa longueur, la ligne de faîte de leur toit, ce qui n’allait pas, on le comprend, sans de graves inconvénients. Car si la fumée des divers foyers s’échappait, tant bien que mal, par cette ouverture, avec la lumière, la pluie, la neige, le vent, le froid prenaient le même chemin.

Ces maisons ou plutôt ces abris étaient considérables, atteignant parfois de grandes dimensions : 150 pieds de longueur sur 35 de largeur. Les familles qui les habitaient vivaient presque en commun. Sur tout le pourtour de l’édifice régnait une large banquette, adossée au mur, et servant de siège, de table et de lit. Dans l’allée du milieu, immédiatement au-dessous de la claire-voie, se trouvaient les âtres ou foyers, distribués de façon à servir, chacun, aux deux familles qui se faisaient vis-à-vis. Les gens s’arrangeaient comme ils pouvaient. Les enfants et les chiens couraient partout, faisant un tintamarre insupportable.

C’est ainsi que vingt, cinquante, cent personnes et plus passaient

leur vie dans la saleté et une honteuse promiscuité, ce qui obligeait les missionnaires à se bâtir des maisons particulières, lesquelles, néanmoins, n’empêchaient pas les curieux, les écornifleurs et les voleurs de les obséder de leurs visites.

Les Hurons ne connaissaient point Dieu et ne pratiquaient point de religion. En revanche ils étaient superstitieux. Ils croyaient en un certain Grand Esprit et en d’autres esprits méchants. Ils aspiraient à d’heureux territoires de chasse. Ils craignaient leurs sorciers, mi-prêtres et mimédecins, lesquels, grâce à leurs jongleries, exerçaient une néfaste influence.

Possédaient-ils un gouvernement ? Oui et non. Point de pouvoirs administratifs, législatifs ou judiciaires. Quelques coutumes, quelques chefs sans influence, des Conseils ou Assemblées, pour les relations avec les étrangers et pour les guerres, présidés par des vieillards. Après quoi nul commandement formel, nulle sanction contre les désobéissances, ce qui précisément fomentait les guerres ; car les engagements pris par les chefs étaient fréquemment violés par les individus. Chacun faisait ce qu’il voulait, depuis les enfants jusqu’aux vieillards. On partait en guerre avec enthousiasme, on se décourageait au moindre échec. Ce n’est pas le courage qui manquait aux Hurons, Ils égalaient en vaillance les Iroquois ; mais ils leur étaient inférieurs en discipline, en conduite dans les affaires, en diplomatie. Ils étaient donc voués fatalement à la ruine, ils finirent par s’en convaincre et se désespérer.

Au reste vantards, perfides, menteurs, égoïstes, ingrats, cruels, immoraux autant que leurs ennemis. Ils cherchèrent plusieurs fois à massacrer leurs missionnaires.

L’unique grande qualité qu’on doive leur reconnaître c’est d’avoir su bien finir. Ajoutons que, une fois chrétiens, ils se conduisirent en vrais martyrs. Tant il est vrai qu’il en coûte souvent moins de bien mourir que de bien vivre.

Le Père Jones estime comme suit la population des Hurons et de leurs voisins : Hurons 25,000 âmes.

Pétuneux 20,000 »

Neutres 35,000 »

Les trois peuples auraient donc pu résister victorieusement aux Iroquois dont le nombre égalait à peine celui des Hurons ; mais ils ne purent jamais s’unir.

Le Père Jones nous a transmis le nom de 68 communautés huronnes. Nous indiquons seulement les plus considérables avec les titulaires chrétiens que leur donnèrent les missionnaires. Les voici :

St-Jean-Baptiste,

St-Joseph,

St-Ignace,

Jean de Brfbœuf S. J.

Missionnaire au Pays des Hurons, martyrisé en

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