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CHAPITRE i. — PROVINCE DE QUÉBEC

de Laprairie, de Beauharnois, de Soulanges et de Vaudreuil. Au sud de Québec, ils envahirent la vallée de la rivière Chaudière et la Beauce. Enfin en bas du fleuve, toujours au sud, ils colonisèrent les seigneuries du Témiscouata et de Rimouski. Cette invasion des terres neuves allait se heurter à des obstacles presque insurmontables.

Les Loyalistes.

Ceux de nos lecteurs qui ont étudié la carte de notre province n’ont pas manqué d’observer que, en arrière de nos seigneuries qui portent les plus beaux noms de France, on ne trouve que des petits carrés géographiques. Or, ces carrés, de dix mille sur chaque face, ont presque tous des noms anglais. On les appelle des townships ou des cantons. Ils furent arpentés et organisés, à la fin du XVIIIe siècle, par le Gouvernement britannique, à l’intention des émigrants anglais et principalement des Loyalistes.

On avait donné le nom de Loyalistes aux colons fidèles qui, pendant les guerres de l’Indépendance, prirent parti pour l’Angleterre contre les Américains révoltés.

Trahis par la fortune et persécutés par les Républicains victorieux, beaucoup d’entre eux se réfugièrent au Canada où ils furent accueillis avec les égards que méritaient leurs malheurs. Le Gouvernement favorisa de toutes les manières leur établissement. L’argent, les vivres, les instruments aratoires et les terres leur furent libéralement distribués, ainsi qu’à tous les membres de leurs familles. Après le traité de Paris, où la paix fut signée, 1783, les Loyalistes affluèrent en plus grand nombre, si bien qu’on en compta bientôt vingt mille dans les Provinces Maritimes, dix mille dans la province de Québec, et dix mille dans la province d’Ontario, sur les rives nord du Saint-Laurent et du lac Ontario. De cette époque date la colonisation de cette nouvelle province, appelée alors Haut-Canada, laquelle devait en moins de cinquante ans dépasser en population notre vieille province de Québec. Mais revenons à notre sujet.

Les premiers Loyalistes commencèrent à émigrer au Canada en 1778. Ils remontèrent le lac Champlain et s’établirent à Saint-Jean-d’Iberville et à Sorel qui prit le nom de William-Henry. Ajoutons que le contact des Canadiens leur déplut et que la plupart quittèrent Sorel pour se diriger plus à l’ouest dans le comté de Huntingdon et dans l’Ontario. D’autres passèrent à l’est, dans la Gaspésie. Cette première émigration fut suivie par une autre plus importante. On établit ces nouveaux venus dans les comtés de l’est et dans les Bois-Francs ; on leur distribua sans compter des terres dans les nouveaux cantons. La plupart de ces terres ne furent jamais occupées. Mais lorsque, un peu plus tard, les Canadiens français

entreprirent de les défricher, ils furent honteusement exploités par les pseudo colons britanniques.

Quelques soldats du général Murray, après la prise de Québec, s’établirent dans le golfe. A partir de 1815, d’autres émigrants vinrent à Laval, à Val-Cartier, à Stoneham et à Sainte-Catherine, au nord ; dans le comté de Dorchester, au sud du fleuve, et sur les côtes de la Gaspésie. Le sol était médiocre et ils n’eurent guère de succès.

Ce fut dans les villes de Québec et de Montréal que les Anglais, maîtres de l’administration et du commerce, atteignirent le plus haut degré de prospérité. Quoi qu’il en soit, le recensement de 1785 donna, pour la province, un chiffre de population de 113,012 âmes, dont 15,000 Anglais et 2,874 Sauvages. Cinq ans plus tard, en 1790, ce chiffre s’élevait à un total de 161,311 âmes, parmi lesquelles étaient comptés 10,000 Indiens et plusieurs milliers d’émigrants anglais d’Ontario. Cet accroissement de la population britannique provoqua la division de la vieille colonie en deux provinces, appelées alors Haut et Bas-Canada et connues, aujourd’hui, sous le nom d’Ontario et de Québec.

Comme nous le disions tout à l’heure, l’afflux d’une énorme émigration des Iles britanniques donna rapidement à l’Ontario une grande importance mais le vieux Québec demeura français et conserva sa langue, ses mœurs, sa religion.

Nous voici parvenus maintenant au XIXe siècle. Au commencement de ce siècle, les Anglais colonisèrent, au nord de la rivière Ottawa, les comtés des Deux-Montagnes et d’Argenteuil. Un peu plus tard, après l’achèvement du canal Rideau, 1830, ils s’établirent sur les rivières du Lièvre et de la Gatineau, et, plus à l’ouest, dans le comté de Pontiac. Ce fut un dernier effort dans notre direction.

Depuis ce temps, les Canadiens n’ont pas cessé de progresser. Ils ont pris le dessus dans les comtés de Labelle et de Wright, dans les cantons de l’Est, en Gaspésie et dans la vallée de la Métapédia, au cours du XIXe siècle. Dans le dernier tiers de ce même siècle, ils ont pénétré dans les régions du lac Saint-Jean, du Nominingue et du Témiscamingue. Les voilà, maintenant, à l’aurore du siècle XXe, lancés sur les pistes du chemin de fer Transcontinental, dans les solitudes de l’Abitibi1.

1. Le développement de l’Abitibi, dans l’extrême nord de la province de Québec, date de quelques années seulement. Cette région désolée donne actuellement les plus belles espérances. Son climat, analogue à celui du lac Saint-Jean, s’améliore à mesure que les défrichements s’étendent. L’Abitibi comptait, en 1913, seulement 329 âmes. Ce chiffre s’est élevé en 1919, à plus de neuf mille. Il est aujourd’hui (mars 1923) de quinze mille habitants. Quinze paroisses organisées, desservies par dix-neuf prêtres, témoignent de la prospérité de la nouvelle colonie.

L’Abitibi appartient au diocèse d’Haileybury ; mais, de l’autre côté de la frontière québécoise, sur le même chemin de fer Transcontinental, le Vicariat apostolique d’Ontario-Nord, récemment créé et comptant déjà plus de dix mille colons catholiques et français, n’est que la continuation de ce riche territoire.

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