CHAPITRE II
Provinces Maritimes.
Les Acadiens.
Souhaitons, qu’un Walter Scott canadien se révèle parmi nous ; il trouvera dans les annales de l’Acadie primitive ample matière à de savoureux romans. Les rivalités des d’Aulnay et des Latour, les exploits d’un Subercase, les aventures d’un Saint-Castin sont autant de sujets capables d’enflammer les natures enthousiastes et les âmes sympathiques aux malheurs d’une Evangéline.
Notre ambition à nous est plus modeste. Nous voulons tout simplement esquisser en quelques pages l’histoire de la naissance et des développements de l’Eglise catholique dans les Provinces Maritimes., Les dimensions forcément limitées d’une notice nous interdisant les longs récits et les réflexions, nous nous contenterons d’offrir au lecteur, en aliment peu attrayant peut-être mais solide, une série de statistiques reliées entre elles par le rapide exposé de la suite des événements nécessaire à leur intelligence.
Chacun sait, parmi ceux qui s’intéressent à l’histoire de notre pays, que le premier établissement permanent des Français au Canada fut fait non à Québec mais dans l’Acadie. Le fort de Port-Royal date en effet de 1605. Il fut construit par Monsieur de Monts et confié à Monsieur de Poutrincourt. Ce dernier y amena d’abord quelques prêtres séculiers, et plus tard, en 1611, des Jésuites. De cette époque datent la conversion du fameux chef sauvage Membertou et les premiers travaux d’évangélisation des Micmacs et des Abénaquis qui devinrent, dans la suite, de bons chrétiens et les fidèles alliés de la France.
Cette première colonie française ne dura malheureusement q.ue quelques années. En 1614, une flotte anglaise commandée par Argall la détruisit de fond en comble.
Mais lorsque, en 1632, le traité de Saint-Germain-en-Laye nous rendit le Canada, le cardinal de Richelieu, en même temps qu’il renvoyait à Québec Champlain et les Jésuites, confia à Razilly et aux Capucins la mission de l’Acadie.
Nous n’avons pas à raconter ici les mémorables querelles qui divisèrent alors entre eux les seigneurs coloniaux d’Aulnay, Latour, Denys, etc., firent couler beaucoup de sang, paralysèrent la colonisation, et furent finalement cause de la chute de Port-Royal qui succomba, en 1654, sous les coups des soldats de Cromwell. Notons seulement que les Capucins y
firent une œuvre dont l’importance vient à peine de nous être révélée : ils y travaillèrent pendant une trentaine d’années, non seulement auprès des Français, mais chez les Sauvages, avec de grands fruits. Le nom de trente-deux missionnaires, parmi lesquels vingt-trois prêtres, nous est actuellement connu. En 1652, ils étaient en Acadie au nombre de seize. Après la chute de Port-Royal, la plupart furent déportés en France ; mais leur supérieur, le Père Léonard, fut massacré par les Anglais, et quelques autres se réfugièrent parmi les Sauvages, où l’un d’eux, le Père Joseph d’Angers, prolongea son héroïque ministère jusqu’au 17 mars 1667, date de sa mort.
A cette même date précisément, 1667, le traité de Bréda était signé qui restituait l’Acadie à la France.
Lorsque le nouveau gouverneur français, Monsieur de Grandfontaine, arriva à Port-Royal, il s’empressa de demander à Monseigneur de Laval des missionnaires. Mais la population était si clairsemée et les prêtres étaient si rares que l’Evêque de Québec éprouva de grandes difficultés pour lui donner satisfaction. Ajoutons, cependant, que ni lui ni ses successeurs n’abandonnèrent l’Acadie. Dès 1676, nous trouvons Monsieur Petit chez les colons, et plus tard Monsieur Bury. Les jésuites visitaient les Sauvages. Après ces premiers missionnaires il faudrait citer des Sulpiciens, des prêtres du Séminaire de Québec, des Pères du Saint-Esprit, des Missions étrangères, des Récollets, etc., etc., qui, jusqu’à la conquête en 1760, exercèrent dans l’Acadie le ministère apostolique avec un dévouement auquel l’histoire a rendu justice.
Quelle était la population de la colonie au XVIIe siècle?
Le premier recensement, opéré en 1671 sur les ordres du gouverneur, releva, en tout, 394 âmes, dont les trois-quarts résidaient à Port-Royal. Celui de 1686 témoigna d’un progrès notable : 885 âmes réparties entre Port-Royal, les Mines, Beaubassin, etc., etc. Celui de 1693 donna le chiffre de 1.068 habitants. Dès cette époque l’émigration de France avait à peu près cessé.
C’est qu’il ne faisait pas bon vivre en Acadie. Dans cette province située à l’extrême frontière du Canada, on récoltait plus de lauriers que de grain. Si le Canada tout entier souffrait des guerres fréquentes avec les colons américains, on en souffrait bien davantage dans la Nouvelle- Ecosse. En 1690, l’amiral Phipps inaugura par la prise de Port-Royal son expédition qui devait finir si malheureusement pour lui sous les murs de Québec. L’année suivante, le gouverneur Villebon rentrait triomphalement dans Port-Royal. Aussi, lorsque, après quatre expéditions désastreuses, les Anglais, conduits par Nicholson, forcèrent enfin l’intrépide Subercase à