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LIVRE II

Depuis 1722 elle habitait Montréal. Les Sulpiciens de la paroisse qui connaissaient ses hautes vertus la dirigèrent dans la voie des bonnes œuvres. Elle travaillait pour vivre, pour élever ses deux enfants, et trouvait encore moyen de secourir les nécessiteux. Elle ne tarda pas à devenir la providence des malheureux.

Bientôt trois jeunes filles, MUes Thaumur de la Source, Cusson et Deniers, se joignirent à elle pour partager ses labeurs charitables. L’année 1738 vit naître l’admirable Institut des Sœurs de la Charité qu’on commença d’appeler Sœurs Grises, à cause de la couleur de leur costume.

En 1745, l’hôpital de Ville-Marie, propriété des Frères Charon, étant tombé en déconfiture, on l’offrit à Madame d’Youville qui l’accepta et lui rendit son ancienne prospérité. Son œuvre était désormais fondée sur des bases inébranlables, jamais une infortune ne la trouva insensible ; elle devint la mère des enfants trouvés, des prisonniers, des filles perdues, des vieills rds, des infirmes, des orphelins. Lorsqu’elle mourut, en 1771, tout Montréal pleura sa perte. Ses filles sont aujourd’hui au nombre de 1,200. L’Eglise, en 1900, l’a proclamée Vénérable.

Mais il est grand temps de revenir à notre sujet qui est l’histoire des origines de Montréal.

Nous avons raconté avec quelle admirable générosité les membres de la Compagnie de Montréal, dont un grand nombre, d’ailleurs, étaient prêtres et sulpiciens, avaient subvenu aux énormes dépenses de la fondation d’une telle colonie. Malgré la prospérité relative du présent, ils n’étaient point sans de graves appréhensions pour l’avenir. Que deviendrait Montréal après leur mort ? Qui soutiendrait une œuvre aussi difficile et aussi coûteuse ? M. Olier, surtout, qui s’était passionné pour cette mission au point d’avoir désiré y mourir, suppliait ses confrères de ne jamais l’abandonner. C’est pour lui donner une suprême consolation que ceux-ci décidèrent, non sans hésitation, de constituer une société de missionnaires cul hoc chargés de la desserte perpétuelle de Ville-Marie. Les quatre premiers prêtres sulpiciens choisis pour cette œuvre, MM. de Queylus, supérieur et vicaire général, Souard, Galinée et Dollet, arrivèrent au Canada en 1657, et prirent, à Montréal, la place que les Jésuites occupaient depuis quinze ans avec tant de dévouement.

Pour consolider le nouvel établissement et lui donner toute la stabilité désirable, la Compagnie de Montréal prit la décision de se dissoudre et de transmettre tous ses droits, seigneuriaux et autres, sur l’île de Montréal aux ecclésiastiques du Séminaire de St-Sulpice (9 mars 1663), par un acte authentique qui reçut la confirmation royale.

Ce n’était point, d’ailleurs, un riche cadeau qu’on faisait aux Sulpiciens. La Compagnie marchait à la ruine. Pour consolider l’œuvre et combler le trou béant, il fallut que MM. de Bretonvilliers, de Queylus, du Bois et plusieurs autres y engloutissent leurs patrimoines, lesquels étaient con-

Madame d’Youville.

Fondatrice des Sœurs de la Charité dites Sœurs Grises. 1701 -1771.

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