CHAPITRE VIII. — LES ORIGINES DE MONTRÉAL
naître Marguerite, que la mort de son vieux père laissait libre. Il lui proposa l’œuvre canadienne. Elle accepta (1653). Elle avait alors 33 ans.
Arrivée à Montréal le 16 novembre, elle dut attendre quatre longues années avant d’ouvrir son école. Les enfants manquaient. Mais elle profita de cette apparente inaction pour se rendre utile aux colons, visitant leurs demeures, leur rendant les plus éminents services, se rendant indispensable. Son influence devint immense.
La première classe fut installée, en 1657, dans une ancienne étable. Ville-Marie comptait alors une cinquantaine de maisons, dispersées autour du fort, et quelques cabanes d’habitants dans la campagne.
L’œuvre, cependant, grandissait. Marguerite Bourgeoys dut passer en France pour recruter des compagnes. Elle réussit au-delà de ses vœux, 1658. Bientôt il fallut rédiger des règlements. La Congrégation de N.-D. de Montréal se trouva fondée. On sait quels merveilleux développements elle a pris et quel rôle important elle a joué dans l’éducation de la jeunesse canadienne. Marguerite Bourgeoys mourut à 78 ans, en 1700, pleine de grâce et de mérites, de la mort des prédestinés. Sa disparition fut un deuil national. Le 7 décembre 1878 un décret de la Congrégation des Rites déclara Vénérable la très humble servante de Dieu, fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal.
Quoique le plan que nous nous sommes tracé en entreprenant cet ouvrage nous interdise de passer outre à la période héroïque de notre histoire, c’est-à-dire aux origines, nous ne pouvons nous empêcher, néanmoins, de mentionner ici une autre noble femme qui naquit précisément lorsque mourait la Vénérable Mère Marguerite Bourgeoys. Nous voulons parler de Madame d’Youville, fondatrice des Sœurs de la Charité du Canada.
Elle naquit à Varennes, le 15 octobre 1701, du mariage du capitaine Christophe Dufrost de la Jemmerais avec Marie Renée de Varennes, tous deux de bonne noblesse, mais de fortune très médiocre. Le père mourut en 1707, laissant sa famille sans autre ressource qu’une pension de cinquante écus. L’enfant fut donc éprouvée de bonne heure. Des protections la firent placer chez les Ursulines de Québec, où, pendant deux ans, elle se distingua par son intelligence et sa vertu. De retour au logis, elle devint comme une seconde mère pour ses cinq frères et sœurs, et fit le bonheur de ceux qui l’entouraient.
Mariée à un jeune gentilhomme, François d’Youville, sieur de la Découverte, elle eut beaucoup à souffrir de la part de son époux qui était volage, dépensier et indifférent. Elle dut travailler pour vivre et faire vivre ses enfants. Lorsque, après huit ans, M. d’Youville mourut, elle le pleura, malgré tout, comme doit faire toute veuve douée du sens chrétien.