‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 55 sur 225 · LIVRE îï · texte numérisé non relu

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l’on peut affirmer que, si finalement, cette œuvre réussit, après un demisiècie d’éoreuves et de revers, c’est à l’héroïsme de ses apôtres et à l’appui d’une élite de chrétiens admirables qu’elle dut son succès.

Le règne de Louis XIII est trop peu connu. Les victoires d’Henri IV et les splendeurs de Louis XIV l’ont tenu dans une ombre injuste. 11 clôtura une ère de guerres civiles, il inaugura une époque triomphale, jamais, depuis le XIIIe siècle, l’Eglise catholique ne fut plus féconde en fruits de sainteté et en institutions religieuses. Jamais la Cour de France ne fut plus riche en personnalités distinguées.

L’œuvre de la colonisation du Canada enthousiasma tout le pays, du moins tout le pays intellectuel ; et tandis que les marchands ne cherchaient, sur les bords du Saint-Laurent, que la traite des fourrures, la Cour, la Noblesse, aussi bien que l’Eglise, eurent, de bonne heure, l’intuition qu’il s’agissait de préparer en Amérique une France nouvelle, un prolongement de la patrie et « l’augmentation » de la foi.

Les Relations annuelles des Pères Jésuites eurent alors un immense retentissement. Tandis que, dans le monde ecclésiastique, tous, clercs et religieux, aspiraient au martyre, dans le monde civil une foule de chrétiens fortunés coopérèrent par leurs aumônes à l’établissement et au succès de l’entreprise.

C’est à la biographie de ces bienfaiteurs laïques que nous consacrons ce chapitre.

Inutile d’observer que nous ferons un choix parmi la multitude et que nous ne mentionnerons point ici ceux dont nous parlons ailleurs. Nous ne nous occuperons pas davantage des précurseurs : de François Ier, de Jacques Cartier et de Lescarbot, qui, tous, chacun à sa façon, travaillèrent à la fondation d’une nouvelle France catholique. Il faut savoir se borner.

1° Madame de Guercheville.

La première bienfaitrice du Canada fut, par ordre d’ancienneté, Madame de Guercheville. Son action s’exerça tout entière en Acadie, dans les premières années du XVIIe siècle, en faveur des Jésuites.

Antoinette de Pons, pieuse et belle, disent les chroniques du temps, s’était fait remarquer au milieu de la cour dissolue d’Henri III et de son successeur, Henri IV, que l’ambassadeur d’Angleterre appelait non sans motif the old profligate. Le marquis de Guercheville, son mari, étant mort, la jeune veuve, vraiment veuve, selon l’expression de saint Paul prit le parti de se retirer dans son château de la Roche Guyon, à dix lieues de ans. On raconte qu’un jour le roi, ayant poussé la chasse trop loin dans cette urection, envoya un gentilhomme lui demander l’hospitalité. Madame de Guercheville l’accueillit avec tous les honneurs, illumina le château, fit

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