CHAPITRE IX. — LES BIENFAITEURS DE LA NOUVELLE FRANCE
préparer un grand festin, déclara au monarque qu’il commandait céans ; après quoi, montant dans son carrosse, elle disparut. L’aventwe fit beaucoup rire à Paris. Le roi, d’ailleurs, ne se formalisa point. Ayant à former la maison de Marie de Médicis, qu’il venait d’épouser, il lui présenta Madame de Guercheville en lui disant : « Madame, je vous donne pour dame d’honneur une véritable femme d’honneur. » (B. Suite.)
Cette grande chrétienne ne se contentait pas de pratiquer la vertu ; elle était douée d’un excellent jugement et d’une volonté que rien ne déconcertait.
Le roi, dans les derniers jours de sa vie, s’était pris d’enthousiasme pour le Canada dont tout le monde parlait et où rien ne se faisait. Il s’aboucha avec Poutrincourt pour l’établissement définitif d’une colonie. Mais un sombre pressentiment l’obsédait. « Je trace l’édifice, dit-il, mon fils le bâtira. » Le poignard de Ravaillac ne tarda pas à lui donner raison.
Marie de Médicis, fidèle aux intentions du roi défunt, résolut de poursuivre vigoureusement l’œuvre entreprise. Madame de Guercheville devint son bras droit dans cet ouvrage. Deux Jésuites, les Pères Biard et Massé, furent désignés pour accompagner Poutrincourt et fonder la mission d’Acadie.
On sait quels déboires attendaient la bienfaitrice et les missionnaires. Celle-ci recueillit à la Cour des sommes considérables qu’elle compléta de ses propres deniers. Elle se heurta, d’abord, à la mauvaise volonté des calvinistes dieppois qui refusèrent d’embarquer les Pères. Indignée, elle cassa cette société, fonda une autre compagnie dont les Jésuites, grâce à ses fonds, devinrent les associés, et fit si bien qu’ils débarquèrent heureusement à Port-Royal (mai 1611). Mais voilà que le fils de Poutrincourt, Biencourt, devenu gouverneur de Port-Royal, se brouilla à son tour avec les missionnaires et que tout resta en suspens. Sans l’incroyable énergie de Madame de Guercheville l’œuvre aurait, dès lors, péri. Elle la soutint de son influence et de ses dons.
Hélas ! son courage et sa fortune se brisèrent contre les destins contraires. En 1613, des corsaires anglais commandés par le capitaine Argall, apparurent devant le fort de Port-Royal, détruisirent la colonie sans défense, et firent prisonniers les malheureux habitants.
Telle fut la fin misérable de la première tentative sérieuse de colonisation du Canada.
2° Le grand Vicaire de Pontoise Charles de Boves \
Lorsque le Récollet Jean Dolbeau débarqua avec Champlain sur les grèves de Québec (2 juin 1615), la ville ne comptait que trente à quarante
1. D’après Y Histoire des Franciscains du Canada, du Père üdoric.