CHAPITRE IX. — LES BIENFAITEURS DE LA NOUVELLE FRANCE
second étage nous avons une belle grande chambre, puis, quatre autres plus petites, avec, dans deux, des cheminées pour les malades.
» La muraille est faite de bonne pierre ; au-dessous est la cave.
» Nous avons aussi fait faire trois guérites sur le toit pour la défense du logis ; nous ferons une demi-lune devant notre porte, avec de grosses pièces de bois, pour repousser l’ennemi (comme il arriva en 1621, c’està-dire l’année suivante).
» Quant à l’assiette du lieu, elle est des plus belles du pays ; car le fond de la terre est très bon et sans pierre ; les arbres y sont clairs et, partant, aisés à déserter. Nous avons du côté du nord, la petite rivière, qui, néanmoins, n’est pas petite quand la mer est pleine ; mais elle se nomme ainsi en comparaison du St-Laurent dans lequel elle se jette. Nous avons, à l’est, un fossé large et profond ; à l’ouest un autre formé de ruisseaux. Les dits fossés se rejoignent presque au sud, ne laissant entre eux qu’une chaussée d’une cinquantaine de pieds, ce qui fait que nous nous trouvons dans une île de fort belle étendue.
» Sur le bord de l’eau, le terrain, une fois débroussaillé, fera des prés où les animaux trouveront leur nourriture. Nous avons amené un âne et une ânesse ; nous nourrissons des pourceaux, un couple d’oies, sept paires de volailles, quatre paires de canes. Quant aux vaches et chèvres, nous attendons à l’an prochain.
» Quand nous débarquâmes nos ânes, les Sauvages accoururent tous sur la grève pour les contempler ; mais lorsque nous réussîmes à les débarquer, ce qui se fit non sans peine, nos bêtes, enchantées de toucher le sol, commencèrent leur ramage et entonnèrent leurs notes qu’elles rehaussaient à l’envi.
» A ce bruit formidable les Sauvages prirent une telle épouvante qu’ils s’enfuirent tous dans les bois, sans qu’aucun regardât derrière pour se défendre de ces démons. « O que voilà de furieuses bêtes, disaient-ils, que les Français nous ont amenées ou pour nous dévorer ou pour nous réjouir de leurs airs musicaux ! »
» Nous avons beaucoup d’ouvriers et nous espérons être à même, dans deux ans, de nourrir douze personnes sans rien mendier en France. Nous prétendons établir alors un séminaire pour les enfants des Sauvages.
» Nous vous prions d’accepter le titre et qualité de syndic et procureur du séminaire du Canada pour nous recueillir les ressources dont nous avons besoin par ici. Chaque année, nous vous écrirons et nous vous tiendrons au courant de nos affaires.
» Quant à nous, nous serions trop heureux si un homme de mérite, comme vous, prenait la qualité de chef de l’entreprise du Canada ; nous croyons qu’à votre exemple plusieurs se rangeraient de notre part, et nous ferions des merveilles avant six ans. »