LIVRE II
Le bon M. Charles de Boves se montra digne de l’espoir que l’on fondait sur lui. Par une lettre datée du 27 revrier 1621, il accepta la charge de syndic des Récollets, et continua, jusqu’à sa mort, qui arriva en janvier 1623, de leur procurer des ressources relativement abondantes.
3° Le duc de Ventadoar.
Parmi les bienfaiteurs du Canada nous ne compterons point les premiers vice-rois, Condé et Montmorency, dont l’administration fut éphémère et traversée de contradictions. Nous citerons, au contraire, le duc de Ventadour. Le duc de Montmorency, qui avait payé la somme de 11000 écus pour dédommager le prince de Condé, en 1620, vendit, cinq ans plus ta'rd, sa vice-royauté à son neveu le duc de Ventadour, lequel, à son tour, ne la garda que deux ans et la passa, en 1627, à Richelieu et à la Compagnie des Cent Associés au prix qu’elle lui avait coûté.
Ce duc, qui appartenait à l’une des plus illustres familles du Midi de la France, avait donné au monde un de ces exemples de conversion qui se multiplièrent dans le cours du XVIIe siècle.
« Dans l’hôtel qu’il occupait, dit Qoyau, au coin de la rue Tournon et de l’actuelle rue St-Sulpice, ce jeune pair menait la vie d’un homme d’œuvres. Tout près de lui, une enfant de quinze ans, Marie Liesse de Luxembourg-Pinei, qu’on lui avait donnée comme femme, deux ans plus tôt. C’était un gracieux ménage auquel la Cour prodiguait ses sourires et que l’on réputait heureux. On les savait riches ; on les disait unis. Unis, ils l’étaient, en effet ; et ce sera l’accord même de leur âme, la convergence de leurs vocations exceptionnelles qui les amènera, plus tard, à se séparer. Marie-Liesse sentira l’attrait du Carmel et y entrera, tandis qu’Henri, lentement, s’acheminera vers le sous-diaconat.
Un capucin de ses amis qui publia un livre intitulé : Le triomphe de l’amour de Dieu dans la conversion d’Hermogène, le Père Philippe d’Angoumois, professait expressément -que « les personnes du monde étaient appelées à servir dans le dehors à tous les ouvrages de piété, et que c’était à leur piété que le succès et la récompense de ces bonnes œuvres étaient réservés. » C’est sous l’impulsion de ces doctrines que Ventadour, quelques années après, fondera la fameuse Compagnie du St-Sacrement. » Or, Ventadour était porté d’un égal amour envers les Récollets et les Jésuites. Il savait que ces derniers brûlaient du désir de s’établir au Canada. Il consentit donc volontiers à la demande des Franciscains de les y avoir pour collègues, en cette mission.
11 fit davantage. Après avoir créé une seigneurie en faveur du premier colon canadien, Hébert, (28 février 1628), il accorda la même faveur aux Pèies Jésuites qui le sollicitaient. Voici le résumé de cet acte :