‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 65 sur 225 · CHAPITRE XII. — DOLLARD DES ORMEAUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DOLLARD DES ORMEAUX

Et ce qui donne cet avantage à l’ennemi, c’est que toutes les habitations de la campagne sont éloignées, les unes des autres, dans l’espace de huit à dix lieues, sur les rives du St-Laurent, n’y ayant, dans chaque maison, que deux ou trois et quatre hommes, et même qu’un, avec sa femme et quantité d’enfants, qui peuvent être tous tués ou enlevés sans qu’on le puisse savoir dans la maison la plus voisine.

Du reste, la façon que tiennent les Iroquois dans leurs guerres est si cachée dans leurs approches, si subite dans leur exécution, si prompte dans leur retraite que, d’ordinaire, l’on apprend plus tôt leur départ que l’on n’a pu savoir leur venue.

Ils viennent en renards dans les bois qui les cachent et qui leur servent de forts inexpugnables. Ils attaquent en lions ; et, comme ils surprennent lorsqu’on y pense le moins, ils ne trouvent point de résistance. Ils fuient en oiseaux, disparaissent plus tôt qu’ils ne paraissent. Un pauvre homme travaillera tout le jour proche de sa maison ; l’ennemi, qui est caché dans la forêt voisine, fait ses approches, comme un chasseur fait de son gibier, et décharge son coup en assurance lorsque celui qui le reçoit se pense plus assuré.

C’est miracle qu’ils n’aient pas encore anéanti la colonie. Mais Dieu n’est pas obligé de continuer sur nous cette providence merveilleuse qui semble n’avoir pour but que de nous laisser subsister jusqu’au temps présent où, la paix étant rétablie en France, l’on pourra nous venir en aide.

Si la France dit seulement : Je le veux, notre salut est assuré ! Qu’estce que cet Iroquois qui fait tant parler de lui ? Deux régiments de braves soldats l’auraient bientôt terrassé. »

Telle était l’extrême nécessité où la colonie se trouvait à cette époque critique de 1660. L’appel suprême fut enfin entendu ; les secours affluèrent; et la Nouvelle-France, revenant à la vie, entra résolument dans la voie que la Providence lui ouvrait.

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