‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 64 sur 225 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

L’état de la Nouvelle-France en 1660.

L’extrait suivant de la Relation des Pères jésuites de 1660 nous donnera une idée exacte de l’état de la colonie à cette époque. Nous abrégeons plusieurs phrases :

« 11 faut avouer que la face de nos colonies françaises serait aimable si la terreur des Iroquois n’en rendait le séjour dangereux. La terre est d’un heureux rapport, et, pourvu que le laboureur qui la cultive y travaille avec soin, en peu d’années il se verra non seulement hors de nécessité mais à son aise, lui, sa femme et ses enfants.

Nous en voyons plusieurs qui, ayant eu une concession de cent ou deux cents arpents, qui ne coûte ici qu’à demander, en moins de cinq ou six ans recueillent du blé abondamment pour se nourrir et même pour en vendre. Ils ont les commodités d’une basse-cour ; ils se voient, en peu de temps, assez riches en bestiaux pour mener une vie exempte d’amertume et pleine de joie.

En peu d’années les familles se multiplient ; car, l’air de ce pays étant très sain, on voit peu d’enfants mourir dans le berceau.

Quoique l’hiver soit long et que les neiges couvrent la terre cinq mois entiers, à quatre ou cinq pieds de profondeur, toutefois, je puis dire que les froids y paraissent souvent plus tolérables qu’ils ne sont dans la France, soit à cause que les hivers ne sont pas ici pluvieux, soit à cause que l’on a le bois à sa perte, et que, plus on en abat, plus on fait de terres nouvelles qui rendent de bons grains.

Souvent l’on a devant sa porte la pêche en abondance, principalement de l’anguille. Dans les mois de septembre et d’octobre, cette pêche d’anguille est si heureuse que tel en prendra, pour sa part, quarante, cinquante, soixante et septante milliers qu’on sale. C’est une manne inconcevable pour le pays.

Durant l’hiver on court les orignaux sur les neiges, et tel de nos Français en a tué, pour sa part, trente ou quarante, dont la chair se garde aisément par la gelée. Les peaux sont encore plus précieuses. Nos gens se sont aussi formés à la chasse du castor qui fait une des grandes richesses du pays.

Mais la guerre des Iroquois traverse toutes nos joies ; et c’est l’unique mal du Canada qui est en danger de se voir tout désolé si, de France, l’on n’y apporte un prompt et puissant secours.

Car pour dire vrai, il n’y a rien de plus aisé à ces barbares que de mettre, quand ils voudront, toutes nos habitations à feu et à sang, à la réserve de Québec qui est en état de défense, mais où l’on mourrait de faim si la campagne était ruinée.

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