LIVRE II
laquelle ils se proposaient de balayer la colonie toute entière. Cette nouvelle jeta partout la consternation, car les moyens nous manquaient totalement pour repousser les barbares.
Dans cette extrémité, un jeune officier, Dollard des Ormeaux, major du fort de Montréal, conçut, au mois d’avril 1660, le dessein de donner sa vie pour le salut du peuple en se portant au-devant de l’ennemi qui s’approchait. Il fit part de son projet à seize compagnons aussi braves que lui, et tous ensemble vinrent demander au gouverneur congé pour quitter leur poste et tenter l’entreprise. M. de Maisonneuve les accueillit comme des martyrs et agréa leur sacrifice. Nos guerriers se préparèrent à la mort. Ils firent leur testament et s’approchèrent des sacrements. Puis, ils s’engagèrent par serment à ne point accepter de quartier.
Après une première rencontre aux portes mêmes de Montréal, dans laquelle ils perdirent trois de leurs compagnons, qui furent aussitôt remplacés, ils repartirent et remontèrent l’Ottawa. Le 1er de mai, ils arrivèrent au pied du Long Saut, à l’endroit, pense-t-on, où se trouve aujourd’hui le quai de Carillon. Un petit fortin en pieux y avait été élevé, l’année précédente, par les Algonquins. C’est dans ce retranchement vermoulu que Dollard s’installa et attendit l’ennemi qui ne devait point tarder à descendre le portage.
Sur ces entrefaites arriva à la rescousse une troupe de Sauvages amis, composée de quarante Hurons et de quatre Algonquins, lesquels supplièrent nos gens de leur permettre de partager leurs dangers et leur gloire. Dollard n’osa pas repousser leur demande, et se résigna à introduire dans son étroit réduit ces alliés incommodes.
Nos éclaireurs ne tardèrent point à signaler l’approche de l’ennemi. Une embuscade fut aussitôt tendue dans laquelle donnèrent deux canots d’Iroquois envoyés en avant-garde. Une décharge générale les abattit presque tous, sauf quelques fuyards qui parvinrent à regagner le gros de leur armée.
Quelques heures plus tard, les Iroquois, au nombre de trois cents, débarquèrent sur le découvert et se déployèrent en face de la redoute des Français.
En inspectant la bicoque dans laquelle ceux-ci s’abritaient, les Sauvages se crurent assurés de l’emporter sans peine, et ils se lancèrent follement à l’assaut. Une telle imprudence les perdit. Les Français ne se laissèrent intimider ni par leurs cris ni par leur nombre. Ils tiraient avec calme sur une masse confuse et tourbillonnante ; aucun coup ne s’égarait, si bien que pas un Iroquois ne parvint à toucher de la main le blockhaus.
Les Sauvages repoussés et laissant sur le terrain des monceaux de cadavres, finirent par se décourager, selon leur habitude, et coururent se cacher, à l’abri des balles, dans le bois voisin. Mais ils n’abandonnèrent point la partie ; et tandis que leurs messagers s’en allèrent chercher des