‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 68 sur 225 · CHAPITRE XII. — DOLLARD DES ORMEAUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DOLLARD DES ORMEAUX

renforts, ils tinrent les nôtres étroitement bloqués, dans leur réduit. Plusieurs jours s’écoulèrent dans cette trêve apparente.

Cependant les Français mouraient de soif dans leur fort. 11 leur ‘allait puiser de 1 eau dans la riviere, à deux cents pas de distance, sous le feu de l’ennemi. Une telle épreuve vint à bout de la constance des Hurons, lesquels, se fiant aux promesses de quartier que leur faisaient à haute voix leurs adversaires, escaladèrent la palissade, et se constituèrent prisonniers. Seuls, leur capitaine Anontaha et les quatre Algonquins demeurèrent fidèles aux Français jusqu’au bout.

Le cinquième jour du siège, le renfort arriva. C’était un corps de cinq cents hommes qui marchaient sur Trois-Rivières et qui durent rebrousser chemin. Aux cris de joie des assiégeants les Canadiens comprirent qu’il ne leur restait plus qu’à mourir. Mais leur sacrifice était fait, âme à Dieu.

Le feu reprit. Durant trois jours, les Iroquois, se relevant d’heure en heure, multiplièrent leurs assauts. Durant trois jours, les Français, après chaque assaut repoussé, tombaient à genoux, recommandant leur

Surpris d’une résistance si extraordinaire, les barbares ne pouvaient s’imaginer qu’ils n’avaient affaire qu’à une poignée d’hommes, comme l’affirmaient les Hurons. Ils furent tentés de lever le siège. Mais, auparavant, ils interrogèrent séparément leurs prisonniers, et constatant que les réponses de ceux-ci concordaient, ils furent bien obligés de se convaincre qu’ils n’avaient que vingt-deux hommes, en tout, devant eux. Alors, transportés de colère, ils jurèrent d’en venir à bout, dussent-ils périr à la tâche.

Quelques-uns de leurs guerriers se dévouèrent, et, attachant sur leur poitrine trois rondins en guise de boucliers, ils se lancèrent dans la direction du fort. Derrière eux, comme derrière un rideau, courait la masse des assiégeants.

Vainement la fusillade des Canadiens en abattit un grand nombre sur la route ; le flot envahisseur atteignit bientôt la palissade et l’enveloppa. Les Iroquois se cramponnaient aux pieux du fort, les ébranlaient ou bondisaient par-dessus. Les Français, hache en main, repoussaient les assaillants. A un moment, Dollard, chargeant un mousqueton jusqu’à la gueule, alluma la mèche et le lança, en guise de grenade, parmi la foule des ennemis. Malheureusement une branche qu’il heurta renvoya dans le fort l’engin qui éclata bientôt et blessa plusieurs Français. A ce spectacle les Sauvages poussèrent des cris de joie, brisèrent les pieux et pénétrèrent de toutes parts dans le retranchement. Les assiégés, sabre ou hache au poing, luttèrent sans se rendre jusqu’à la fin. On rapporte que le dernier survivant acheva ceux qui respiraient encore. Quoi qu’il en soit, les Iroquois triomphants ne trouvèrent que des cadavres, sauf trois blessés qui expirèrent quelques instants après, et un quatrième qui reprit connaissance

Qg le CANADA HEROÏQUE ET PITTORESQUE. — LIVRE II

et qui périt dans d’affreux tourments endurés avec la constance d’un martyr (17 mai 1660). La lutte avait duré dix jours.

Exaspérés, les vainqueurs tournèrent leur fureur contre les lâches Hurons qu’ils distribuèrent dans leurs bourgs et dont ils firent d’horribles festins. Quelques-uns, pourtant, s’échappèrent et portèrent à Montréal la nouvelle de ce glorieux combat. Les pertes de l’ennemi furent énormes. Le tiers de leurs effectifs, paraît-il, c’est-à-dire deux cent soixante-dix guerriers, resta sur le terrain.

Affaiblis et épouvantés, les Iroquois renoncèrent à leur campagne et rentrèrent dans leurs cantons. Plus heureux que Léonidas et ses Grecs, Dollard et ses compagnons avaient, par leur mort, sauvé la colonie.

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