D’après Thomas Chapais
quatre mille hommes, mettraient, je crois, la ville en sûreté. Il n’y a pas d’autre moyen de la défendre que d’empêcher les ennemis d’en approcher; les fortifications en sont si ridicules et si mauvaises qu’elle serait prise aussitôt qu’assiégée. »
Conformément à ces notes, en janvier 1759, l’ingénieur de Pontleroy avait soumis au gouverneur de Vaudreuil les propositions suivantes qui furent adoptées : « Une ligne de redoutes, de la pointe à l’Essay1 à la rivière St-Charles, ces redoutes distantes l’une de l’autre de 250 toises et pouvant contenir de 80 à 100 personnes. La droite appuierait à la rivière St-Charles et la gauche à la pointe de l’Essay, sur la hauteur de laquelle il serait placé deux autres redoutes, comme en seconde ligne, pour soutenir et favoriser une retraite aux troupes qui seraient dans la partie du Sault Montmorency. »
11 fut donc décidé que... on échouerait à l’embouchure de la rivière St-Charles deux navires où l’on monterait du canon ; on construirait en deçà de l’Hôpital Général, au commencement de la Pointe-aux-Lièvres, un pont protégé par un ouvrage à cornes sur la rive gauche et un autre retranchement du côté de Québec.
La côte, jusqu’au Sault, serait bordée de retranchements, avec redoutes et redans, avec batteries aux feux croisés en divers points.
Au mois de mai, Montcalm, qui surveillait ces immenses travaux avec une activité dévorante, insistait pour qu’on courût au plus pressé, c’està-dire à la construction des ponts des rivières St-Charles, Cap Rouge et Jacques, ces derniers nécessaires en cas de malheur ; au barrage de la rivière St-Charles avec les deux navires armés et des estacadcs, après quoi on établira le camp sur les hauteurs de Beauport. Ce grand homme était partout à la fois, au Sault, à Québec, au Cap-Rouge, surveillant les ouvriers, passant des revues, rédigeant des mémoires, aiguillonnant tous les services.
Dans les premiers jours de juin, la Basse-Ville et les deux bords de la rivière St-Charles offraient le spectacle d’un immense chantier.
Montcalm écrivait à son fidèle Bourlamarque : « Nos travaux ne vont pas aussi vite que je le voudrais. Cependant, d’ici dix jours nous aurons trois ponts sur la rivière St-Charles, avec un grand ouvrage pour la défendre... la rivière St-Charles retranchée ; deux bâtiments dunkerquois coulés à son entrée ; redoute à la hauteur des Parents, redoute à la Canardière ; le champ de bataille entre la rivière Beauport et la rivière St-Charles préparé... »
Le 11 juin, les Québécois pouvaient contempler de loin avec admiration les retranchements élevés par nos troupes qui faisaient de Beauport un vaste camp fortifié, et la chaîne de redoutes et de batteries qui bordaient le fleuve.
1. Pointe de 1 Essay est la même pointe que la Délaissée citée plus haut.