LES VOYAGEURS CANADIENS
cette mission célèbre dont il devint, deux ans plus tard, le premier évêque.
Complétons ces renseignements par l’extrait suivant du Scottish Magazine de 1841, dont nous devons la traduction à H. J. Tessier :
« Les voyageurs Canadiens sont peut-être les hommes les plus intrépides, les plus infatigables et, en même temps, les plus joyeux que l’on puisse rencontrer. Leur tâche est de conduire les grands canots d’écorce de la puissante Compagnie qui fait le commerce des fourrures au Nord- Ouest, qu’ils remontent chargés de couvertures de laine, d’eau-de-vie, de poudre, etc. etc... et qu’ils ramènent pleins de ballots de pelleteries du poids de 90 livres, pour qu’un homme puisse les charger sur ses épaules dans les portages.
On fait portage aux rapides infranchissables, ou bien pour prendre un raccourci quand les rivières serpentent. Alors on décharge le canot. Les uns portent les avirons, les armes, les vivres ; d’autres les ballots de marchandises ; d’autres, enfin, le canot lui-même sur leurs épaules, la quille en l’air. Arrivés à l’eau tranquille ils remettent à flot la barque, la rechargent, et vogue la galère ! La chasse et la pêche fournissent au voyageur sa nourriture. A défaut de gibier il entame sa réserve de viande séchée qu’on appelle du pemmican. Les délices des voyageurs sont le Thé fort, sans sucre, avec, de temps en temps, un coup de rhum. C’est le soir qu’on prépare le thé, lorsque le temps vient de camper. Les uns dressent la tente, les autres recueillent le bois sec et font du feu ; d’autres rapportent le gibier qu’ils ont tué, le poisson qu’ils ont pris, et le font griller à la flamme ardente. Le thé chante dans la théière ; c’est le temps du gros rire et des bons mots. On charme la longueur du chemin par des chansons dont le rythme cadencé donne aux coups de rame la mesure.
Après ses longs et pénibles voyages il vient se reposer au village et raconter longuement ses exploits. Cette vie vagabonde qui gâterait tout autre homme, n’a, pour ainsi dire, aucun effet sur lui. Il reste ce qu’il était, bon sujet et bon chrétien, ou, tout au moins, il se convertit dès qu’il s’est marié et établi.
Le canot d’écorce est admirablement adapté à la navigation sur des cours d’eau remplis de rapides et souvent peu profonds. Il cale à peine quelques pouces. Ce sont de minces écorces de bouleau étendues sur une charpente en bois légère et flexible, gommées sur toutes les coutures de façon à le rendre imperméable. Le fond est rond. C’est un tour de force de garder son équilibre et de ne pas verser. On s'y tient à genoux et l’on frappe l’eau, non à la surface comme avec des rames, mais en plongeant, comme avec des pagaies. Le timonier et le guide, aux deux extrémités du canot, conduisent à l’aviron au lieu et place de gouvernail. Rien n’est curieux comme de constater de visu avec quelle habileté ils tournent les obstacles qu’ils rencontrent à chaque instant, les troncs flottants, les
rochers, les remous, etc... Mais il faut les suivre dans les rapides filant comme l’éclair, au milieu de l’écume des récifs. Alors règne un lugubre silence ; les rameurs s’arrêtent, l’homme de l’avant veille à tout ; le timonier, l’oeil attaché sur lui, obéit au moindre signe et donne le coup d’aviron qui fait tourner à point. Le danger mortel passé, un cri perçant à la manière des Sauvages, s’élève et fait bondir le cœur. Alors le meilleur artiste de la bande entonne sa chanson :