‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 96 sur 225 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

réprimant les excès et en exerçant une stricte police, elles toléraient, ou, plutôt, encourageaient la débauche. Les liqueurs fortes dont elles se réservaient le monopole, coulaient à flots, sans que les voyageurs (tel est le nom donné à leurs gens) eussent bourse à délier. On se contentait d’inscrire leurs dépenses à leur nom ; et il arrivait fréquemment que, à leur retour à Montréal, au moment du règlement des comptes, ces malheureux, loin d’avoir de l’argent à retirer, se trouvaient en dettes avec leurs patrons. C’est ainsi que non contentes de la traite des pelleteries, les Compagnies pratiquaient la traite des hommes et réduisaient en une espèce d’esclavage d’honnêtes et dévoués serviteurs. Ces odieuses pratiques étaient motivées non pas tant par l’amour du gain, que par le souci de s’assurer les longs services des vieux voyageurs expérimentés qu’on jugeait indispensables à la formation des novices.

Les deux Compagnies exerçaient leur industrie, non seulement dans l’Ouest, mais aussi bien dans les vieilles provinces de Québec et d’Ontario. A mesure que les défrichements s’étendaient, les bêtes à fourrures et les Indiens s’éloignèrent, et les forts de traite, délaissés, tombèrent en ruines. On n’en trouve guère plus aujourd’hui, que sur les côtes désolées du Labrador et de la Baie d’Hudson.

Les Sauvages apportent leurs fourrures au printemps et reçoivent en paiement, les effets divers dont ils ont besoin pour passer l’année. On conçoit que ce troc exercé par des gens peu scrupuleux, soit éminemment profitable1.

Un fort de traite se compose, d’ordinaire, d’un magasin construit en épaisse maçonnerie, entouré d’une palissade haute de quinze pieds dans lequel les commis se réfugient en cas d’alertes, et de quelques autres maisons et autres constructions ou servitudes, le tout en bois. Autour des dites constructions s’étend généralement un vaste jardin qui procure aux habitants des rafraîchissements bien nécessaires.

La plupart des voyageurs de la Compagnie du Nord-Ouest étaient des Canadiens Français. On les estimait supérieurs à tous les autres peuples pour leurs qualités de force, d’endurance, de souplesse, d’obéissance et de perpétuelle bonne humeur, enfin pour leur facilité à s’adapter aux mœurs des Sauvages chez lesquels ils étaient toujours bienvenus.

Plusieurs de ces Canadiens Français, ainsi que les Ecossais de la Compagnie de la Baie d’Hudson, épousèrent des Sauvagesses et donnèrent naissance à ces fameux métis du Nord-Ouest dont nous reparlerons. Ils habitaient les bords de la Rivière Rouge, au Manitoba, et c’est pour eux, en 1818, que l’abbé Provencher alla fonder, avec ses compagnons,

1. Le colonel Fortune, de la Pointe Fortune, n’avait que deux manières de peser les fourrures : la petite pesée qui était le poing, la grande qui était le pied- Nos Sauvages actuels sont plus instruits.

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